Après les municipales, Macron contraint de céder à l’écologie punitive…


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Les élections municipales ont montré, signe parmi tant d’autres, la préférence désormais clairement affichée par les classes bourgeoises urbaines pour l’écologie punitive. Alors que ces classes avaient assuré une élection sur le fil à Emmanuel Macron, elles ont envoyé un signal clair au Président ce week-end : s’il veut renouveler son mandat en 2022, il sait dans quelle direction aller désormais. Nous devrions glisser vers un régime de plus en plus oppressant moralement et fiscalement !

L’écologie punitive a triomphé aux élections municipales de dimanche, celle qui fonctionne par interdit, par exclusions et par taxes empilées les unes sur les autres, pour faire payer les réfractaires et récompenser les vertueux qui achètent bio, local et éthique. Dans les près de 5.000 communes où un second tour avait lieu (soit 15% des communes, mais avec 1.400 communes de plus de 1.000 habitants), l’abstention a atteint des records (60%). Sur les 16 millions d’électeurs appelés à voter, un peu plus de 7 millions se sont déplacés pour exprimer leur suffrage.

C’est dans de contexte de désaffection pour la démocratie qu’on parle de poussée écologiste. Et c’est dans ce contexte restreint qu’il faut l’interpréter…

Aux municipales, l’abstention triomphe

Globalement, l’impression dégagée par les médias mainstream hier était celle d’une poussée écologiste claire et nette. On vient de dire le faible poids réel, démographiquement, du phénomène. L’abstention minore en effet fortement la signification des résultats.

Les raisons de cette abstention sont bien connues, et ont été décortiquées par Didier Picot dans nos colonnes. La loi Notre a coupé les conseils municipaux de leur base citoyenne, et elle a promu des constructions « communautaires » opaques,  indirectes, technostructurelles, qui ne donnent plus guère envie de voter, puisque le vote n’y est que d’une utilité limitée.

Ce phénomène est particulièrement vrai dans les grandes métropoles qui votaient hier, et dont plus personne ne sait exactement comment elles fonctionnent. D’une certaine façon, l’épisode Hollande, qui a autorisé la surveillance massive du citoyen par l’État, a aussi déraciné les édifices communaux en y diluant les votes citoyens dans les vastes chaudrons des intercommunalités et autres conseils communautaires où la transparence est le mot tabou par excellence.

Résultat : le fait démocratique n’intéresse plus personne, puisque plus personne n’y a d’utilité.

Nous souhaitons aussi jouer aussi sur le diesel. En 2026, il n’y aura plus de diesel sur la ville et je l’espère aussi sur la Métropole. Nous pouvons trouver d’autres alternatives avec les modes doux : la marche ou le vélo. Il faut savoir aujourd’hui que 30% des déplacements à Lyon font moins de trois kilomètres. Il y a un gain énorme à aller chercher sur ce créneau-là.    

Grégory Doucet, Lyon

Les bourgeoisies urbaines aiment l’écologie punitive

Donc, parmi les 7 millions d’électeurs (sur un corps électoral global de plus de 45 millions d’inscrits) qui ont voté dimanche, les écologistes ont remporté quelques millions de voix. Il est difficile de dire combien. À Paris, la liste conduite par Anne Hidalgo a recueilli 230.000 voix sur 1,3 million d’inscrits, et elle ne se limitait pas aux écologistes. À Lyon, Grégory Doucet est élu avec 18% des inscrits. À Bordeaux, Pierre Hurmic est élu avec 26.500 voix sur plus de 150.000 inscrits. À Marseille, Michèle Rubirola serait élue avec 65.000 voix sur 500.000 inscrits.

Autant dire que les électeurs qui se sont déplacés peuvent difficilement arguer d’une victoire démocratique significative. Leur représentativité est faible. Dans cet ensemble, on peut donc considérer que ceux qui ont exprimé leur voix sont des mordus de l’écologie punitive, en vogue dans les milieux bourgeois urbanisés, et assez éloignés du profil sociologique des Gaulois réfractaires si souvent raillés par Emmanuel Macron.

On ajoutera que ceux qui ont voté pour les écologistes dimanche avaient souvent voté Macron en 2017.

Le gauchissement inévitable d’Emmanuel Macron

Il ne faut pas énormément de flair politique quand on s’appelle Emmanuel Macron pour comprendre que l’élection de 2022 se jouera sur ce segment d’électorat. Les bourgeois bobo qui ont peur pour la planète, et qui rêvent encore plus de fermer leur centre-ville à tous les extérieurs, et spécialement aux horribles banlieusards qui fument des clopes et roulent en diesel, ont donné une sérieuse claque au parti présidentiel ce dimanche. Nulle part ou presque, LREM ne s’est imposé en France, sauf au Havre (nous y reviendrons).

Le message est donc simple à comprendre : si Macron veut gagner en 2022, il doit lâcher du lest à gauche en intégrant les thématiques de l’écologie punitive : des taxes, des interdits, des entraves en tous genres. Face au fantasme d’une disparition prochaine de la planète, les bourgeois de gauche ont besoin de se rassurer en expiant leur soif de consommation, et en sacrifiant au dieu sombre de la décroissance. Ces classes dominantes sont à la recherche d’un nouvel apartheid où elles pourraient jouir à vélo de leurs beaux quartiers, sans être dérangés par « les autres ».

Tel sera le prix à payer pour une reconquête de son socle électoral.

Le projet des écologistes est par nature de redistribuer les ressources et les richesses. C’est l’accaparement des richesses et des ressources et notre modèle basé sur la compétition entre tous qui nous met dos au mur. Je défends un modèle de société basé sur la coopération. Je ne dis pas qu’il ne peut pas y avoir un peu d’émulation dans certains domaines, je ne dis pas qu’il faut passer à un régime communiste. Qu’il y ait une dose de compétition sur certains domaines cela me va, mais pas sur le commun et pas sur tout. Ce qui domine comme système doit être la coopération.   

Grégory Doucet

L’imminence d’une revanche sur les Gilets Jaunes

Pour le Président, l’équation n’est pas simple à résoudre, si l’on se souvient que l’instauration d’une taxe sur le carburant lui a valu l’éruption des Gilets Jaunes, où se mélangeait un ras-le-bol fiscal, un rejet de la domination des campagnes par les métropoles, et un épuisement face au carcan qu’impose une bourgeoisie salariée et mondialisée au reste du pays, beaucoup plus terrien et libertarien. C’est cette bourgeoisie salariée et mondialisée qui a pris sa revanche sur les Gilets Jaunes hier, et qui entend bien imposer sa loi jusqu’en 2022. Et même au-delà.

Macron sait quel risque il encourt à finasser avec ces écologistes. Mais il sait aussi quel risque il encourt à trop écraser la France profonde avec qui il est définitivement fâché. Comme l’a brillamment écrit dans nos colonnes Michel Maffesoli, le peuple a fait sécession, il l’a encore prouvé hier en n’allant pas voter. Son maniement trop brutal expose à des réactions épidermiques compliquées….

L’hypothèque Édouard Philippe

Pour ne rien simplifier, Emmanuel Macron est confronté à une autre difficulté : Édouard Philippe s’est habilement relégitimé au Havre, en gagnant l’élection municipale avec une large majorité. Dans le couple exécutif, le Premier Ministre semble faire course en-tête désormais, et le bon sens serait qu’il choisisse de retourner au Havre pour la fin du quinquennat. Il dispose d’une vraie légitimité pour conduire la droite en 2022, et il gênera forcément Emmanuel Macron.

C’est embarrassant car, de deux choses l’une : soit Emmanuel Macron se déporte trop à gauche, et il lui laisse un couloir large pour mener une belle course dans deux ans. Soit il choisit de fermer l’horizon à Philippe en conservant une ligne droitière… et il sait désormais qu’un candidat verdi peut contester son élection en 2022.


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