Après l’arrestation pour « russophilie » d’un de nos contributeurs, que deviennent les libertés?

Après l’arrestation pour « russophilie » d’un de nos contributeurs, que deviennent les libertés?


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John Laughland a été retenu pendant deux heures, vendredi soir 7 octobre, à l'aéroport de Gatwick et son ordinateur lui a été confisqué. Il est citoyen britannique mais la police de son propre pays avait pour ordre de l'interroger sur la période où il a dirigé à Paris l'Institut pour la Démocratie et la Coopération, lieu de rencontre, pendant dix ans, entre Européens, Russes et non-Russes.  On voulait l'interroger aussi sur son relations de travail avec des personnalités politiques européennes qui ont le tort - pour le système actuel - de ne pas être russophobes. Officiellement ni la Grande-Bretagne ni l'Union Européenne ne sont en guerre avec la Russie. Cela fait d'autant mieux ressortir le caractère liberticide des politiques mises en place depuis plusieurs années. Après celle d'Eric Verhaeghe le mois dernier, la "mésaventure" de John Laughland nous fait comprendre que le système en place - que j'appelle "fascisme gris" - est passé du stade de la dénonciation à celui de l'intimidation des empêcheurs de tourner en rond

John Laughland le racontait hier dans nos colonnes : il a été retenu deux heures, vendredi soir 7 octobre, à son arrivée à Londres, par la police de son propre pays. On lui a confisqué son ordinateur. Et on l’a cuisiné sur ses activités « russophiles ». 

Vouloir une Europe « de l’Atlantique à l’Oural » est aujourd’hui un crime

John a été en effet l’infatigable animateur, entre 2008 et 2018, de l’Institut pour la Démocratie et la Coopération, qui était situé rue de Varennes à Paris et organisait plusieurs fois par semaine des conférences ou des débats sur la Russie, sa culture, le dialogue entre la France et la Russie, les perspectives politiques d’une « Europe de l’Atlantique à l’Oural ». 

J’ai participé plusieurs fois à des débats ou colloques passionnants de l’IDC. Evidemment,  tous les thèmes qui fâchent aujourd’hui étaient abordés: non seulement les thèmes chers au Général de Gaulle et à toute la tradition diplomatique française depuis Chateaubriand, suffisamment lucide pour savoir que la France n’a jamais eu, au fond, qu’un seul allié fiable en Europe, la Russie – ce qui ne nous a pas empêché de l’attaquer en 1812, en 1853 (Guerre de Crimée) ou d’aider l’Ukraine contre elle aujourd’hui. Mais à l’IDC, on abordait avec prémonition des thèmes très actuels: par exemple le révisionnisme historique du Parlement Européen, où, sous la pression, en particulier, des pays baltes, l’histoire était réécrite pour justifier la collaboration avec l’Allemagne nazie dans la guerre contre l’URSS. 

La souveraineté nationale est la seule garantie de la pérennité de l’état de droit

Je connais John depuis 1997. Ce philosophe de formation est un impitoyable traqueur des impostures contemporaines. J’ai traduit en France son ouvrage sur les compromissions de « l’idée européenne » avec les fascistes et les nazis.  Mais vous devriez lire aussi son étude du Grand Reset. Et puis, en anglais, son histoire des procès politiques

John est un des derniers, en Grande-Bretagne, à incarner l’alliance intime entre conservatisme et libertés, dans la tradition d’Edmund Burke et de Benjamin Disraeli. 

C’est au nom de cet héritage qu’il avait profondément critiqué la guerre du Kosovo; et qu’il ne cesse de combattre, depuis trente ans, contre la manière dont la « supranationalité » vide l’état de droit, « le rule of law », de sa substance. C’est l’idée la plus constante dans l’oeuvre de philosophie politique de John: seule la nation protège l’état de droit. 

Le « fascisme gris » ne s’arrêtera pas à l’intimidation

Comme il le dit, avec un humour qui ne doit pas dissimuler la brutalité de ce qui lui est arrivé,  John Laughland avait annoncé depuis longtemps que tous les textes législatifs pris au nom de l’UE et de la collaboration transatlantique, conduiraient à la destruction du « rule of law ». Il vient d’en faire directement l’expérience. 

Défendre les libertés devient périlleux à l’ère du « fascisme gris ». Pour l’instant, « la caste » qui défend ses privilèges et son droit de faire la guerre où elle veut, quand elle veut, à qui elle veut (une définition simple et précise du fascisme) en reste au stade de l’intimidation vis-à-vis de ceux qui dénoncent l’imposture: Eric Verhaeghe, le mois dernier; John Laughland la semaine dernière, viennent de l’éprouver concrètement. 

Mais nous pouvons avoir une certitude: le propre des politiques liberticides, c’est qu’elles se radicalisent. Tout pouvoir sans garde-fous prend goût à la violence.  Ce qu’Eric ou John ont vécu récemment n’est que le début d’un potentiel basculement, qui ressemble beaucoup ç l’Italie des années 1922-1925 ou à l’Europe centrale des années 1945-1948. 


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