Allemagne: comment Merz utilise l’immigration comme arme électorale
Photo by Daniel Schludi / Unsplash

Allemagne: comment Merz utilise l’immigration comme arme électorale


Partager cet article

Longtemps perçue comme un modérateur dans les débats migratoires européens, l’Allemagne change de posture. Le chancelier Friedrich Merz s’aligne désormais avec les positions les plus dures d’Europe. Pour contrer l’AfD, Berlin mène la croisade anti-migrants. En parallèle, l’Union européenne s’apprête à adopter des mesures plus drastiques afin de réduire le nombre de demandeurs d’asile.  

L’Allemagne a toujours défendu le « système d’asile d’après-guerre ». Mais avec l’arrivée du Chancelier Friedrich Merz au pouvoir, la politique migratoire du pays pourrait changer. Désormais, Berlin veut être à la tête de la lutte anti-immigration en Europe.  

Un changement de position radical pour l’Allemagne

Il y a deux ans, les dirigeants des pays membres de l’Union européenne ont signé un accord historique visant à durcir les règles sur la demande d’asiles en Europe. Les dirigeants européens comptent appliquer des mesures drastiques incluant l’expulsion de migrants vers des pays tiers et la réduction du nombre de demandes d’asiles validées. Certaines propositions sont similaires  à celles figurant dans le projet britannique raté concernant le Rwanda.

 Les gouvernements allemands ont toujours essayé de modérer ou d’atténuer les mesures anti-immigration. Mais désormais sous la direction du chancelier Friedrich Merz, ils ont changé complètement de position. Désormais, Berlin veut être à la tête de la lutte anti-immigration en Europe. Merz a même déclaré que la politique d’asile de Rishi Sunak au Rwanda est un « modèle à suivre ».

Le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a récemment rencontré ses homologues issus des pays européens ayant des positions radicales sur la question migratoire lors d’une réunion à Zugspitze. Ils incluent notamment l’Autriche, la Pologne et le Danemark.

« Nous voulons dire clairement que l’Allemagne n’est plus dans la cabine du freineur lorsqu’il s’agit de questions de migration en Europe, mais qu’elle fait partie de la force motrice »

a indiqué Dobrindt.

Cette décision des gouvernements allemands a été saluée par les pays les plus radicaux de l’Union européenne (UE). « L’Allemagne est en tête de ces discussions très importantes » et « nous nous en réjouissons », a déclaré le ministre danois de l’Immigration, Kaare Dubvad. Bruxelles semble être aussi ravi de cette nouvelle.

« Si l’Allemagne contribue davantage et s’engage davantage, ce sera très positif, car nous progresserons tout simplement plus vite »

a confié Magnus Brunner, le commissaire européen chargé des migrations à POLITICO.  

L'immigration, une stratégie électorale face à la poussée de l’AfD

Pourtant, cette dynamique ne fait pas l’unanimité, ni en Allemagne, ni en Europe. Au sein même de la coalition gouvernementale de Merz, les désaccords sont profonds. Le SPD (Parti social-démocrate), partenaire junior du gouvernement, reste réticent à plusieurs mesures, comme la suspension du programme de réinstallation pour les Afghans vulnérables ou le gel du regroupement familial pour des centaines de milliers de migrants.

« Il n’y a pas une seule personne dans le groupe SPD qui soutient franchement ces mesures axées sur la sécurité »

a souligné la députée Rasha Nasr. Ces fractures pourraient bloquer certaines propositions clés à l’automne, notamment l’extension de la liste des pays dits « sûrs » ou la suppression de l’aide juridique aux migrants en procédure d’expulsion.

À l’échelle européenne, les divergences persistent également : les pays du Sud, comme l’Italie ou la Grèce, réclament plus de solidarité pour gérer les arrivées sur leurs côtes, tandis que les pays du Nord, soutenus par l’Allemagne, veulent surtout limiter les mouvements secondaires à l’intérieur de l’espace Schengen.

Face à la montée de l’AfD, aujourd’hui principale force d’opposition au Bundestag, Merz cherche à récupérer une partie de l’électorat conservateur. Sa stratégie : reprendre ses thèmes, sans adopter son discours radical, et ainsi endiguer la fuite des voix.

Mais ce basculement de Merz aura un coût : l’image humaniste de l’Allemagne post-Merkel s’effrite, et l’unité déjà fragile de la coalition risque de voler en éclats.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
"17/20 et recalé 28 fois…", ces lycéens modèles abandonnés par Parcoursup
Photo by Avery Evans / Unsplash

"17/20 et recalé 28 fois…", ces lycéens modèles abandonnés par Parcoursup

Alors que les premiers résultats de Parcoursup tombaient le 2 juin, des lycéens aux dossiers impeccables découvraient des dizaines de refus. Nikita, 17 de moyenne générale au lycée André-Malraux de Biarritz, 28 vœux rejetés malgré maths-physique, quatre langues et une formation Python. À Toulon, Katya, 16 de moyenne en ST2S, préparée depuis des années pour devenir manipulatrice radio, se retrouve sur liste d’attente tandis que ses vœux infirmiers sont acceptés. Derrière ces cas, révélés par Le P


Rédaction

Rédaction

Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privée
Photo by Masood Aslami / Unsplash

Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privée

La CNIL et son homologue allemande , BfDI, ont posé, le 13 mai, leurs conditions à la confidentialité de l'euro numérique. Le Comité européen de la protection des données exige que la BCE révise sa copie sur trois points critiques. Pendant ce temps, à Bruxelles, la BCE continue de promettre la « liberté de paiement » et le calendrier, lui, ne bouge pas : émission prévue pour 2029. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essen


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

L'humeur de Veerle Daens : Mélenchon à Saint-Denis, la primaire est finie, le décret commence

L'humeur de Veerle Daens : Mélenchon à Saint-Denis, la primaire est finie, le décret commence

Mes chers libertariens de l'Absurdistan, permettez à une Flamande qui prend son café devant le carillon de Saint-Rombaut de vous rapporter ce qui s'est dit dimanche place Victor-Hugo à Saint-Denis, entre une mairie insoumise et une basilique royale — car le décor, déjà, est un programme. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque


CDS

CDS

Sans surprise, fin du cessez-le-feu en Iran

Sans surprise, fin du cessez-le-feu en Iran

par Thibault de Varenne Le cessez-le-feu du 8 avril n'aura tenu ni le détroit, ni le Liban, ni la parole donnée. On l'a salué pourtant. On a parlé de retour à la raison, de désescalade, de fenêtre diplomatique. Deux mois plus tard, comme je l'avais annoncé en son temps, les forces américaines arraisonnent un navire iranien dans le Golfe, frappent une île d'Ormuz, et l'Iran réplique sur un centre de commandement et sur des installations à Bahreïn et au Koweït. LE COURRIER DES STRATÈGES


Rédaction

Rédaction