Algérie : le scandale du pavillon français de Venise… qui fait le procès de la France, par Eric Verhaeghe

Algérie : le scandale du pavillon français de Venise… qui fait le procès de la France, par Eric Verhaeghe


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Nous continuons notre évocation de la Biennale d’art contemporain de Venise en évoquant aujourd’hui le scandale du pavillon français. Les 600.000€ annuels accordés par le contribuable à cette vitrine de notre art contemporain a en effet servi à un procès en règle de la colonisation en Algérie… et à la promotion d’oeuvres algériennes, en réparation de notre racisme présumé. Voilà un élément de plus qui rappelle que l’art est désormais un simple prétexte pour diffuser une propagande mondialisée.

Hier, j’ai évoqué la réduction de l’art contemporain à une simple fonction de propagande, chargé de véhiculer tous les poncifs de la mondialisation. Laurent Puech, dans un excellent article sur ses impressions de la Biennale, nous montre l’étendue de ce désastre.

Mais je tenais à faire un sort particulier au Pavillon français, qui a présenté, aux frais du contribuable, une exposition intitulée « les rêves n’ont pas de titre », exposition… déjà présentée à Marseille en 2011 ! Quel est l’intérêt, me direz-vous, de mobiliser 600.000€ d’argent public, pour exposer dans une Biennale d’art contemporain une oeuvre déjà présentée au public, sur des fonds publics ! dix ans auparavant ?

Il ne s’agit ici que de l’une des moindres questions que soulève ce pavillon.

Zineb Sedira, une artiste installée à Londres…

Cette « oeuvre », qui est un fait une présentation des objets personnels de l’artiste, et une projection d’un film sur lequel nous allons revenir, est proposée par Zineb Sedira.

Le parcours de cette artiste mérite qu’on s’y arrête.

Comme elle l’explique dans un entretien donné au site Formes contemporaines, Zineb Sedira a grandi en France, où son père, militant de l’indépendance algérienne, et sa mère ont émigré, notamment « pour assurer l’éducation de leur enfant ».

On retrouve ici l’habituelle contradiction de la communauté algérienne de France, qui n’en finit pas de vomir la puissance colonisatrice, mais qui aime traverser la Méditerranée pour profiter malgré tout de ses bienfaits. Le statut de victime ouvre des droits éternels à la réparation.

Mon père est donc parti rejoindre ses frères à Gennevilliers et ma mère l’a retrouvé quelques années plus tard. Il travaillait à Gennevilliers et envoyait de l’argent à sa famille, tout en restant fidèle au nationalisme algérien. Il combattait donc pour l’Indépendance de l’Algérie, tout en vivant en France. Il était membre de la Fédération de France qui actait pour le FLN (Front de Libération Nationale, ndlr) sur le sol Français durant la guerre d’Algérie.

En soi, ce parcours n’est ni révolutionnaire ni interdit. On peut simplement se demander si le contribuable français est supposé financer la présentation de cette artiste comme représentante de l’art contemporain de son pays à l’étranger.

Car ce qui pose problème, c’est que l’oeuvre de Zineb Sedira constitue une sorte d’ode au nationalisme algérien en France…

Au demeurant, la même artiste vit à Londres et a créé une résidence artistique en Algérie. Là encore, ce cosmopolitisme n’a rien de choquant. Simplement, on se demande dans quelle mesure le pavillon français est le bon lieu pour présenter cette oeuvre, qui est tout en anglais.

Il me semble que Zineb Sedira a bien résumé le sens de sa nomination comme représentante de la France à Venise dans une interview donnée au site Connaissance des Arts :

En tant que femme arabo-berbère-algérienne-française basée à Londres et représentant la France, j’interprète le choix du gouvernement français comme une déclaration politique. C’est un signal fort de changer ‘l’image’ internationale de la scène artistique contemporaine française ainsi qu’une forme de ‘réconciliation’ avec la communauté d’immigrants désormais multigénérationnelle du pays. C’est enfin une reconnaissance de la vraie diversité de la France.

L’expression « femme arabo-berbère-algérienne-française basée à Londres » annonce clairement la couleur, qui consiste à changer l’image de « la scène artistique française » pour montrer combien elle est désormais mondialisée et coupable d’avoir colonisé une l’Algérie il y a deux cents ans.

Un pavillon mondialisé et surtout très algérien…

Pour l’aider dans cette tâche de changement radical, Zineb Sedira a choisi des commissaires d’exposition… qui vivent en Belgique et en Allemagne, et appartiennent à la mouvance de cette « scène artistique » mondialisée qui se prend très au sérieux, jargonne beaucoup, et produit des oeuvres dont l’intérêt laisse largement perplexe. En l’espèce, ses « commissaires » n’étaient autres que Yasmina Reggad, autrice et performeuse basée à Bruxelles, ainsi que Sam Bardaouil et Till Fellrath, fondateurs de la plateforme artReoriented, à New York et à Munich.

Dans son oeuvre, Zineb Sedira entendait « mettre en valeur des œuvres de l’Algérie post-coloniale, qui a trouvé ses propres moyens d’expression une fois libérée du joug de la puissance française », comme le dit le site Connaissance des Arts. Pour ce faire, elle y présente un film de 1964, Les Mains libres, que Connaissance des Arts présente de la façon suivante :

Réalisé par l’Italien Ennio Lorenzini et présenté au Festival de Cannes en 1964, il s’agissait de la première commande de l’État algérien indépendant qui brossait le portrait d’un pays en transformation.

On croit rêver !

On récapitule donc : le pavillon français à la Biennale d’art contemporain de Venise a utilisé l’argent du contribuable français pour présenter la resucée d’une oeuvre présentée il y a dix ans par une artiste « arabo-berbère-algérienne-française » installée à Londes, qui exprime sa nostalgie pour le combat de ses parents en faveur du nationalisme algérien, mené en France. Dans cette oeuvre, encadrée par des acteurs de la scène artistique dont aucun ne vit en France, l’artiste présente un film commandé à un Italien par le gouvernement algérien en 1964 pour présenter la transformation de l’Algérie libérée du joug français.

Attiser les haines pour dépasser l’histoire ?

Bien entendu, dans cette « oeuvre », il n’y a aucune mention du drame vécu par les Pieds Noirs, ni par les Harkis. L’histoire telle que la « scène artistique » l’invente est binaire et manichéenne. D’un côté les gentils Algériens qui se libèrent, de l’autre les méchants Français qui tuent et massacrent à tour de bras.

Toute forme de nuance relèverait du complotisme ou de l’extrêmisme de droite, voire du racisme. Et nous sommes supposés considérer que cette purée en sachet est la manifestation de l’intelligence humaine et la transformation tant attendue de « la scène artistique contemporaine française ». Ou comment réduire l’intelligence d’un pays et d’une culture millénaire à trois poncifs pour enfant de six ans.

On peut se demander, sur le fond, quel est l’objectif réel de cette façon bornée et simpliste d’aborder l’art contemporain. S’agit-il d’utiliser l’argent du contribuable français pour faire rayonner notre pays, ou s’agit-il simplement de faire feu de tout bois pour imposer une idéologie débile à un peuple dont la grandeur dans l’histoire mérite infiniment mieux que la pauvreté intellectuelle des pédants qui se prétendent artistes ?

Dans tous les cas, ce genre d’endoctrinement sommaire ne peut qu’attiser les haines, et les prétendus artistes qui se gaussent d’appartenir à la « scène artistique internationale » portent une lourde responsabilité dans les conflits communautaires, en prônant avec autant d’arrogance des logiques aussi délétères.

L’oeuvre destructrice de Macron

On comprend l’opération qui est à l’oeuvre. En nommant Eva Nguyen Binh à la tête de l’Institut français qui exerce la tutelle sur le pavillon français à Venise, Macron a pris la lourde responsabilité de diffuser la doxa sectaire du « décolonialisme » dans le réseau culturel français. On voit bien que le sujet désormais obsessif au Ministère de la Culture est de gommer les traditions nationales de notre patrimoine, et d’y appliquer la logique destructrice de la start-up Nation. La culture française doit n’être plus qu’un maillon dans une grande chaîne mondialisée où ce qui ressemble à une Nation est par principe diabolisé comme raciste, et où n’ont plus droit de cité que les clones et clowns de la pédanterie internationale qui pense par approximations et simplifications grotesques.

Que la France disparaisse en tant que telle, qu’elle ne soit plus qu’une tendance à la mode parmi la canaille mondaine et mondiale, bâtie sur les cendres de notre rayonnement historique devenu objet de haine, tel est l’objectif profond du macronisme. Avec l’argent du contribuable, bien entendu.

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