À 80 ans, Jean-Didier Geyer, retraité de Bouxwiller, doit multiplier les démarches pour obtenir une nouvelle carte d’identité française. Né à Stuttgart en 1946, ancien militaire et contribuable toute sa vie, il se retrouve désormais confronté à une administration qui lui demande notamment un certificat de nationalité française.
Un octogénaire doit démontrer sa nationalité à l'État qui l'a incorporé sous les drapeaux et imposé pendant six décennies. Jean-Didier Geyer, menuisier de formation et ancien salarié de l'entreprise Kuhn, a pourtant tout le profil du Français ordinaire. Dix-huit mois de service militaire effectués. Des impôts payés « toujours », selon ses propres mots, et une carte d'identité française qu'il a déjà détenue par le passé.
Quand l’état civil devient une épreuve de nationalité
L’affaire commence à l’été 2025, après le décès de son épouse Annette. En prenant en charge les démarches administratives liées à la succession, sa fille Nathalie découvre que son père ne possède plus de carte d’identité à jour. Elle entreprend donc les formalités pour lui en faire délivrer une nouvelle.

C’est alors que la mécanique administrative s’enclenche. La naissance de Jean-Didier Geyer à Stuttgart, en Allemagne, en 1946 devient l’élément déterminant du dossier. Privé d’une partie de ses papiers familiaux, l’octogénaire doit fournir des justificatifs supplémentaires et finit par engager une démarche pour obtenir un certificat de nationalité française.
Cet homme vit depuis l’essentiel de son existence en Alsace, a exercé le métier de menuisier, travaillé notamment chez Kuhn, effectué 18 mois de service militaire et affirme avoir toujours payé ses impôts. Il avait par ailleurs déjà possédé une carte d’identité française.

À 80 ans, Jean-Didier Geyer ne demande pas à l’administration de lui accorder une nationalité. Il cherche à renouveler un document d’identité qu’il avait déjà détenu. Pourtant, son lieu de naissance suffit à transformer une démarche ordinaire en parcours administratif de plus d’un an.
Une administration qui ne connaît pas les personnes
Alors que la bureaucratie moderne prétend sécuriser les droits par la multiplication des contrôles, cependant chaque contrôle supplémentaire transfère aussi la charge de la preuve sur le citoyen.

Le cas Geyer montre une contradiction : l’État dispose d’innombrables traces administratives d’une vie entière, mais peut encore demander à un octogénaire de reconstituer lui-même la preuve documentaire de son appartenance nationale. La machine à titres, elle, ne connaît pas les vies. Elle connaît les cases. Et lorsque le dossier ne rentre plus dans la bonne case, c’est souvent au citoyen de démontrer qu’il existe bien. Un an d'attente pour un octogénaire, c'est déjà un an de trop.


