En trois ans, les réclamations liées aux verbalisations à la RATP ont bondi de 74 %, passant d’environ 3 600 à 6 250 par mois entre mars 2023 et février 2026. Derrière cette explosion, une coïncidence troublante apparaît: elle suit trait pour trait les hausses tarifaires et un système de primes qui récompense les contrôleurs verbalisant les usagers les plus solvables. L’usager qui règle sur place est devenu la cible la plus rentable.
Les contestations d’amendes à la RATP ont bondi de 74 % entre mars 2023 et février 2026. Pic à 7 000 réclamations en juillet 2025, juste après le passage de l’amende de 50 à 70 euros. Un document interne, révélé par le JDD, lie directement les primes des contrôleurs au nombre de PV payés immédiatement.
Une explosion des contestations qui interroge
Les chiffres internes de la RATP, révélés en mars 2026, sont difficiles à ignorer. En trois ans, le nombre mensuel de réclamations liées aux procès-verbaux est passé d’environ 3 600 à 6 250, soit une hausse de 74 %. Des pics ont été enregistrés en 2025, notamment autour des évolutions tarifaires et du durcissement de la lutte contre la fraude.

La RATP relativise toutefois : sur environ 480 000 verbalisations annuelles, les contestations ne représentent qu’une fraction des dossiers, et les réclamations visant spécifiquement le comportement des agents seraient encore plus marginales. Mais cet argument statistique ne répond pas à la question essentielle : pourquoi les contestations progressent-elles aussi rapidement ?
Quand le PV devient un centre de profit
Selon le JDD, les agents chargés des contrôles dans le métro et le RER percevaient 10 % de la recette des amendes dressées par leur équipe et réglées immédiatement. Un dispositif présenté comme pouvant conduire à des primes allant jusqu’à 500 euros mensuels pour certains agents.

Plus troublant encore, un agent cité sous couvert d’anonymat expliquait que les contrôleurs pouvaient privilégier les personnes susceptibles de payer immédiatement. Or, selon les mêmes informations, seulement 60 % des amendes seraient réglées sur place ; parmi les 40 % restantes, le taux de recouvrement ne dépasserait pas 10 %.

Le mécanisme crée donc une incitation potentiellement paradoxale : le fraudeur difficile à recouvrer est moins « rentable » que l'usager solvable, immédiatement sanctionnable. L’usager honnête, identifiable, solvable et soucieux de régler immédiatement son différend peut vite devenir la cible la plus rentable.
La hausse de 74 % des contestations ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’un système abusif. Mais elle constitue un signal d’alerte que le monopole public ne devrait pas traiter comme une simple nuisance administrative. Un contrôleur doit sanctionner une infraction, pas prospecter un client.


