Pendant que le particulier récalcitrant se voit refuser MaPrimeRénov' pour une facture oubliée, la Cour des comptes européenne révèle que 43 milliards d'euros de fonds post-Covid ont été distribués pour isoler les logements sans exigence de résultat, sans suivi des coûts, et avec des économies d'énergie largement fictives. . Deux poids, deux mesures, et c’est toujours le même contribuable qui rembourse.
Le 17 juin dernier, la Cour des comptes européenne a publié son rapport spécial 20/2026, consacré à l'usage des fonds de la Facilité pour la reprise et la résilience (le plan de relance post-Covid) dans la rénovation énergétique des logements. Sur 577 milliards d'euros mobilisés, environ 43 milliards ont été affectés à l’efficacité énergétique des logements privés. Verdict des magistrats : aucune traçabilité fiable jusqu'aux bénéficiaires finaux, et un effet réel sur la consommation d'énergie impossible également à vérifier.
Des subventions, mais sans obligation de résultat
Le problème commence dans la conception même des dispositifs. Sur les 111 mesures de rénovation examinées par les auditeurs, seules trois comportaient un objectif précis d’économie d’énergie. Dans la plupart des cas, les États membres comptabilisent surtout le nombre de logements rénovés ou les surfaces concernées, plutôt que la réduction effective de consommation. Résultat : les projets les plus faciles à financer peuvent progresser plus rapidement que les rénovations lourdes, pourtant capables de produire des gains énergétiques plus importants.

La Cour relève également que le rapport coût-efficacité n’est pas systématiquement suivi. Les économies théoriques reposent notamment sur des méthodes standardisées et des certificats de performance énergétique qui ne permettent pas nécessairement de connaître la consommation réelle des ménages après travaux.
Tous les projets « éligibles » ont été financés, sans évaluation comparative de leur rendement. Résultat prévisible : les mesures qui n’exigent aucun résultat progressent le plus vite. L’argent sort du guichet ; ce qu’il produit, personne ne le mesure vraiment.
Des économies d’énergie purement théoriques
Les « économies » annoncées reposent sur des forfaits arbitraires. Une pompe à chaleur vaut 8 065 kWh économisés par an, quelle que soit la taille réelle du bâtiment. Les calculs s’additionnent sans tenir compte des interactions entre travaux, sur des logements moyens et théoriques.

La Cour a vérifié : pour les bâtiments les moins performants, la consommation estimée dépasse parfois de 400 % la consommation réelle. Dans une région contrôlée, un certificat de performance énergétique sur huit était irrégulier au point de valoir une amende. Le règlement du plan de relance n’impose même aucune obligation de suivre le rapport coût-efficacité.
L’Italie du Superbonus offre la caricature parfaite : remboursement jusqu’à 110 % des travaux, facture estimée à 123 milliards d’euros, coût par kWh économisé multiplié par quatre, selon la Banque d'Italie, 27 % des chantiers auraient été réalisés sans aide publique. La Cour conclut sans détour que la mesure n’était « pas conforme aux principes de bonne gestion financière ».
La Commission européenne propose déjà de reconduire ce financement après 2028, sans attendre les conclusions de sa propre Cour des comptes. Ce schéma illustre une logique bien connue : celui qui décide la dépense n'est jamais celui qui la paie, ni celui qui doit en mesurer l'efficacité. Le rapport Draghi de septembre 2024 pointait déjà le coût énergétique record supporté par l'industrie européenne au nom de la même transition. Entre 1992 et aujourd'hui, les émissions mondiales de CO₂ ont progressé de 67 % malgré des décennies de subventions. Avant de réclamer de nouveaux milliards aux contribuables, une question devrait donc s’imposer : combien d’euros faut-il encore dépenser avant d’exiger enfin de savoir ce qu’ils produisent ?

