2019: l’année où Macron a transformé la France en Etat policier

2019: l’année où Macron a transformé la France en Etat policier


Partager cet article

Il existe deux façons de créer un Etat policier (non exclusives l’une de l’autre). La première consiste à mener un coup d’Etat brutal et direct, qui permet de confier le pouvoir à la police. La seconde consiste à procéder par petites touches, par flashs successifs, qui diluent la perception qu’on a de la réalité… et qui rend celle-ci plus acceptable. Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron procède régulièrement de la sorte, en franchissant chaque fois une étape supplémentaire dans l’affaiblissement des libertés publiques face à la répression policière.

Dans le brouhaha des Gilets Jaunes, et de leurs écarts ou de leurs dérives, des gens de bonne volonté ont pu ne pas voir la réalité du pouvoir politique. Alors qu’Emmanuel Macron n’a répondu qu’une seule fois aux revendications des Gilets Jaunes, la répression policière a été de tous les instants, disproportionnées et plus ou moins délibérée pour juguler la révolte.

D’où des centaines de gueules cassées sur lesquelles l’IGPN n’a à ce stade donné aucune réponse. Rien n’exclut qu’un jour ces éborgnés et ces manchots ne réclament une réparation judiciaire contre l’Etat… et contre les élus qui ont donné les ordres de tirer sur la foule.

Mais de cette dérive, on a pu ne pas prendre conscience, convaincus que certains pouvaient être qu’au fond, les Gilets Jaunes posaient un problème politique nouveau qui supposait des méthodes nouvelles pour être réglé.

L’inquiétante politisation du parquet

Les mêmes ont obstinément refusé de voir combien, dans cette dérive, la justice, et singulièrement le Parquet, avaient accepté d’être inféodés au pouvoir. Mais la politisation du parquet ne s’est pas limitée aux réquisitions extrêmement sévères qui ont visé les Gilets Jaunes depuis plusieurs semaines (le contrôle judiciaire du journaliste Gaspard Glanz ayant d’ailleurs été levé pour un excès de sévérité).

Le réquisitoire contre Bernard Tapie, demandant cinq ans de réclusion pour une affaire extrêmement discutable et discutée montre que, dans l’esprit des procureurs soumis au pouvoir, le doute ne doit plus profiter aux accusés.

Le siège et ses méthodes expéditives

Un incident gravissime est survenu cette semaine au tribunal de grande instance de Paris, qui illustre la dérive autoritaire du siège. Une magistrate a demandé l’expulsion par la force d’une avocate dans l’exercice de ses fonctions. Cette décision hallucinante montre bien que, en démocratie, l’équilibre des pouvoirs n’est jamais gagné d’avance.

Conscient qu’il s’agissait là d’une dangereuse boulette, le président du tribunal a fait une mise au point énergique:

« En aucun cas, il ne peut être recouru au concours des forces de l’ordre, à l’égard d’un avocat, dans l’exercice de ses fonctions »: le président du TGI de Paris a adressé jeudi

un sévère rappel à l’ordre après l’expulsion d’une avocate d’une audience.

Néanmoins, le mal est fait. Preuve est donnée que des magistrats du siège peuvent décider de fouler aux pieds les droits de la défense.

La liberté de la presse dans tous ses émois

Mais la palme de la dérive autoritaire sous Emmanuel Macron revient à nos services de la sécurité intérieure, qui ont manifestement décidé de trucider la liberté de la presse.

Nous avions récemment rapporté le cas de ces journalistes convoqués pour confier à nos grandes moustaches le nom des sources qui les renseignaient sur les ventes d’armes à l’Arabie Saoudite. Ce que nous pensions alors être une exception est en réalité une pratique bien ancrée: les journalistes trop curieux font désormais l’objet d’intimidations ouvertes de la part de la police.

Ainsi, coup sur coup, on a appris qu’une journaliste du Quotidien avait été interrogée, après avoir déplu à la ministre des Armées, par la même DCRI, puis qu’Ariane Chemin elle-même, journaliste d’investigation au Monde, faisait l’objet d’une même procédure pour ses écrits sur l’affaire Benalla.

On s’amusera de l’opposition binaire, cultivée par Emmanuel Macron, entre la démocratie du progrès et la barbarie du nationalisme. Il n’empêche que sa démocratie à lui traite bien mal la liberté de la presse et le secret des sources, mais aussi la séparation des pouvoirs.

Tout cela commence à faire vraiment beaucoup.


Ne manquez pas nos autres articles (sur abonnement de 9,90 euro mensuels, résiliable à tout instant):


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Israël accuse l'UE d'être antisémite après avoir sanctionné la colonisation illégale de la Palestine, par Thibault de Varenne

Israël accuse l'UE d'être antisémite après avoir sanctionné la colonisation illégale de la Palestine, par Thibault de Varenne

Pendant que l'Iran capte l'attention, Israël intensifie ses violations du droit international en appliquant la Loi Fondamentale de 2018, qui place la colonisation illégale de la Palestine au coeur de l'identité sioniste. L'UE vient d'annoncer des sanctions qui suscitent de fortes réactions du côté des suprémacistes juifs. L'Union européenne a intensifié sa politique de sanctions à l'égard de certains colons israéliens et organisations actives en Cisjordanie, particulièrement avec un nouvel acco


Rédaction

Rédaction

Ex-ministre condamnée : onze millions dissimulés, dix mois avec sursis

Ex-ministre condamnée : onze millions dissimulés, dix mois avec sursis

Caroline Cayeux, ministre déléguée aux Collectivités territoriales de juillet à novembre 2022, a été condamnée le 1er avril pour fraude fiscale et déclaration mensongère de patrimoine. Elle avait minoré ses biens de 11,7 millions d'euros sur un actif net reconstitué de plus de 20 millions. Dix mois avec sursis, 100 000 euros d'amende, deux ans d'inéligibilité : l’ancienne ministre de Macron échappe à la prison. Retour sur un système où l’élite politique joue, perd, mais ne paie jamais vraiment.


Rédaction

Rédaction

OQTF : Arno Klarsfeld blanchi après ses propos sur les "grandes rafles"

OQTF : Arno Klarsfeld blanchi après ses propos sur les "grandes rafles"

Le parquet de Paris a classé sans suite l’enquête préliminaire ouverte en février contre Arno Klarsfeld pour ses propos sur les OQTF tenus sur CNews en janvier. Le fils des célèbres chasseurs de nazis Beate et Serge Klarsfeld avait évoqué la nécessité d’« organiser des sortes de grandes rafles » pour rendre effectives les obligations de quitter le territoire français, sur le modèle de l’agence ICE américaine. Motif du classement : infraction insuffisamment caractérisée. Une décision qui met en l


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

La France surréagit-elle à l'épidémie d'hantavirus? par Elise Rochefort

La France surréagit-elle à l'épidémie d'hantavirus? par Elise Rochefort

Posons la question qui fâche : la France est-elle en train de céder à une panique administrative ou applique-t-elle, avec une rigueur salutaire, les leçons de l'histoire? Quarante-deux jours. C’est le temps de la quarantaine — record en Europe — imposée par le décret du 10 mai 2026 à tout passager du MV Hondius foulant le sol français. À Paris, le rythme s’est emballé : deux réunions interministérielles par jour. Matignon et Beauvau sont en état de siège permanent pour suivre un virus qui, pour


Rédaction

Rédaction