????Comment Véran prépare la suppression de tous les contre-pouvoirs à la caste sanitaire

????Comment Véran prépare la suppression de tous les contre-pouvoirs à la caste sanitaire


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Devons-nous nous préparer à la fin des organismes complémentaires en santé et à la domination sans partage d’une caste sanitaire qui s’appuiera sur la sécurité sociale pour imposer sa domination sans partage au pays ? Olivier Véran a en tout cas posé les prémices de ce projet cet été, et rien n’exclut qu’il soit au coeur du débat présidentiel. Ce scénario dont il a en réalité toujours rêvé risque donc de devenir une réalité, malgré une année de gestion sanitaire calamiteuse par le ministère de la Santé.

Olivier Véran a toujours rêvé (sans forcément oser le dire), à l’unisson de nombreux médecins hospitaliers, d’un système où une sécurité sociale à la ramasse des hôpitaux règnerait sans partage sur la santé publique, baptisée en France de façon très révélatrice « assurance-maladie ». Et, dans ce système, toute forme de contre-pouvoir serait abolie. Seules subsisteraient les décisions d’une caste sanitaire qui ferait du libre choix en santé sa chose et son jouet.

Dans la fureur du passe sanitaire et de la quasi-obligation vaccinale déclenchée cet été par Emmanuel Macron, le lancement de ce projet par Olivier Véran est quasiment passé inaperçu. Il est pourtant très lourd de sens, et risque de se solder par de très sèches pertes pour de nombreux professionnels.

Quand Véran veut supprimer tous les contre-pouvoirs

Il fallait donc lire la presse spécialisée, cet été, pour anticiper la pelote qu’Olivier Véran s’apprête à dérouler. On pouvait notamment y lire ceci :

Le ministre de la Santé Olivier Véran a demandé au Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance-maladie (HCAAM) de mener « un travail technique approfondi avec l’appui d’un groupe de travail inter-administratif » sur plusieurs scénarios d’amélioration de l’articulation entre assurance-maladie de base et complémentaire, révèlent Les Echos , mercredi 28 juillet. (…) Selon le quotidien économique, qui a pu consulter le courrier envoyé par le ministre au HCAAM, quatre pistes sont à l’étude, de l’extension du champ d’intervention de la Sécurité sociale sur tout ou partie des risques aujourd’hui assurés par les organismes privés, jusqu’à l’extrême inverse , ce que certains nomment la « Sécurité sociale universelle » ou la « grande Sécu ».

Ce n’est évidemment pas la première fois que la comitologie sanitaire, avec sa profusion de « hauts conseils » est mise à contribution pour « emballer » l’opinion dominante dans la caste, selon laquelle la santé est un champ réservé dont la concurrence devrait être bannie. Mais jamais un ministre n’avait ouvertement demandé la mise sous le boisseau d’un secteur économique entier, qui représente tout de même 30 milliards € de chiffres d’affaires.

Et c’est pourtant à quoi pourrait servir cette comitologie d’État : à justifier la suppression de toute forme de contre-pouvoir et de concurrence à un monopole public, dont les ratés ont pourtant été nombreux cette année.

Plus ça rate, plus on le protège

Cette ambition de supprimer tous les contre-pouvoirs à la caste sanitaire qui a magnifiquement raté la gestion du COVID en France laisse pourtant perplexe. Faut-il rappeler ici les loupés sur les masques, sur les tests, sur la vaccination ? Et cette obsession de combattre les traitements, qui a fait le jeu de la dramatisation hospitalière, depuis la lutte farouche contre l’hydroxychloroquine jusqu’à l’impasse sur l’ivermectine, dont l’efficacité est pourtant reconnue ?

Il est stupéfiant de voir que l’année qui vient de s’écouler a mis en lumière tant de défaillances d’un système sanitaire hypercentralisé… que le pouvoir en place rêve de centraliser encore, en éradiquant les ultimes éléments de contre-pouvoir en son sein.

C’est son paradoxe, et en même temps sa réaction de défense : face aux menaces qui pèsent désormais sur un jacobinisme sanitaire destructeur, les acteurs de ce système se coalisent pour le sauver coûte-que-coûte.

Coup de semonce de la Cour des Comptes

Sur ce chemin vers la toute-puissance, le ministre Véran devrait pouvoir compter sur l’aide de la Cour des Comptes, qui a dit tout le mal qu’elle pensait des organismes complémentaires en santé. Dans la pratique, la Cour reproche aux organismes complémentaires de mal gérer une usine à gaz imposée absurdement par l’Etat, appelée « la complémentaire santé solidaire ».

Ce dispositif avait été voulu par Marisol Touraine pour diminuer les prétendues inégalités de traitement dont seraient victimes les plus pauvres en matière de santé. Les mutuelles, fidèles à leur habitude, avaient pensé qu’elles tireraient leur épingle du jeu en fonçant tête baissée dans un dispositif qui se révèle aujourd’hui être un magnifique piège.

Pour justifier ses évaluations négatives, la Cour des Comptes a repris à son compte les critères d’analyse d’une certaine presse de « consommateurs ». Quand, dans un pays, l’évaluation des politiques publiques marche à ce point sur la tête, plus besoin de se poser de question : on sait tous que la Cour « exécute un contrat » dont l’objectif est de torpiller les organismes complémentaires pour le plus grand bénéfice des médecins hospitaliers.

Résignation des organisations professionnelles

Face à la vigueur de l’attaque, seule la FNMF a tenté de défendre son bout de gras. Les autres chambres professionnelles, à commencer par celle des assureurs santé et des courtiers d’assurance, ont respecté un silence religieux. Très occupés sans doute à préparer leur vacances sous l’égide d’un passe sanitaire qui semble les ravir, ces organisations ont déserté l’arène.

Mais on en dira autant des institutions paritaires de prévoyance qui n’ont pas fait entendre leur voix.

Au fond, tout se passe comme si ces univers étaient hypnotisés par le pouvoir et avaient renoncé par avance à la défense de leurs intérêts. Peut-être même sont-ils convaincus que la sécurité sociale fera mieux qu’eux, et que la santé en France sera mieux gérée et plus efficace si la caste sanitaire les balaie.

Face à une telle résignation, on en reste confondus.

Le triomphe de la maladie sur la santé

Les conséquences durables de cette stratégie sont pourtant d’ores et déjà connues. Les médecins hospitaliers veulent disposer d’une large base de financement pour remplir leurs lits et leurs salles d’attente. C’est la fameuse préférence française pour la maladie plutôt que pour la santé, selon laquelle un système de santé est réputé efficace s’il soigne beaucoup de malades, plutôt que s’il maintient les gens en bonne santé.

Plus que jamais, donc, la prévention devrait être reléguée aux oubliettes, et plus que jamais, à terme, la dépendance aux pilules en tous genres prescrites à tour de bras comme preuve de l’efficacité de notre système devrait s’accroître.

Il est vrai que les médecins tirent leur pouvoir de la maladie et non de la santé. Voilà donc une bonne nouvelle pour la caste sanitaire, mais une triste perspective pour notre santé.


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