L’Histoire a parfois le sens du théâtre, mais rarement elle ne s’écrit avec une telle brutalité cinématographique. Au petit matin du 3 janvier 2026, alors que Caracas dormait encore sous la moiteur tropicale, le monde a changé d'époque. L’opération Absolute Resolve n’a pas seulement exfiltré Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores vers une prison fédérale de New York ; elle a acté la mort clinique du « droit international » tel que nous le connaissions depuis 1945.

Pendant des décennies, les États-Unis ont endossé le costume du shériff global : une puissance qui, bien qu'hégémonique, cherchait à draper ses interventions dans la légalité onusienne ou les coalitions internationales. Ce 3 janvier, le shériff a rendu son insigne. Il a été remplacé par le cow-boy. Un cow-boy qui ne s'embarrasse plus de mandats internationaux, qui dégaine le premier, et qui déclare sans fard, en parlant des ressources d'un pays souverain : « Nous les voulons en retour » (We want it back).

Cette chronique se propose de disséquer, avec précision et sans passion, les mécanismes de ce basculement. Derrière l'acte d'accusation pour « narco-terrorisme » se cache une partie d'échecs tridimensionnelle où s'entremêlent la chimie lourde du pétrole, la rivalité sino-américaine et la sécurité existentielle d'Israël.
L'insigne de légalité : la construction du « Narco-État »
Pour justifier une intervention militaire directe contre un chef d'État en exercice, l'administration Trump a dû construire un édifice juridique inédit. Il ne s'agissait pas de déclarer la guerre au Venezuela, mais de mener une opération de police contre une « entreprise criminelle ».
La criminalisation de l'exécutif
Dès le 3 janvier, l'Attorney General Pamela Bondi a dévoilé un acte d'accusation (superseding indictment) devant le tribunal du district sud de New York. Nicolás Maduro n'y est pas désigné comme président, mais comme le chef du Cártel de los Soles (le Cartel des Soleils). Les charges sont lourdes : conspiration de narco-terrorisme, importation massive de cocaïne et possession d'armes de guerre. Selon le Département de la Justice, Maduro aurait transformé les institutions vénézuéliennes en une plateforme logistique pour le trafic de drogue, inondant les États-Unis de cocaïne en collaboration avec les dissidents des FARC colombiens.

