Ukraine vs Turquie : les Américains jouent contre les pays de la Mer Noire, par Émile Boyev

Ukraine vs Turquie : les Américains jouent contre les pays de la Mer Noire, par Émile Boyev


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La Turquie et l’Ukraine étaient passionnément amies jusqu’à l’été 2022. L’Ukraine avait gracieusement accordé à la Turquie une liberté d’action presque absolue sur la péninsule de Crimée, et les Turcs chérissaient les Tatars de Crimée mieux que leurs sujets turcs natifs. Ukrainiens et Turcs formaient une alliance joyeuse contre les Russes. Mais ensuite, les choses ont changé…

Cet article initialement publié sur Politika.ru n’engage pas la ligne éditoriale du Courrier

Il est difficile de dire comment Nezalezhnaya (autre nom de l’Ukraine) prévoyait alors de partager la Crimée avec Erdogan. Mais l’Ukraine n’avait pas interféré avec le travail de l’Assemblée des Tatars de Crimée (Mejlis) et du leader du « Mouvement national des Tatars de Crimée » en Ukraine, Refat Chubarov. Elle a même accueilli leurs activités de toutes les manières possibles, jusqu’à la création de « bataillons spéciaux de Crimée Tatars ». Et c’est la Turquie qui a formé et équipé ces guerriers.

« Frères pour toujours » …

Puis, après février 2022, avec une certaine audace, la Turquie a commencé à fournir à l’Ukraine ses drones « Bayraktar », qui ont fait sensation partout. Et c’est ainsi que les Turcs et les Ukrainiens sont devenus amis : frères pour toujours ! L’amitié de l’Ukraine avec une puissance importante de la mer Noire était plus que justifiée : il n’y a plus de partenaire, sur la côte de cette mer, comme contrepoids à la Russie. Surtout après une tentative désespérée (jusqu’en 2014) d’isoler la Crimée de la Russie, même au prix de sa « turquification ». Et l’OTAN, avec les Anglo-Saxons, a pleinement fait confiance à la capacité du « partenaire d’Erdogan » à rétablir l’ordre nécessaire dans la région de la mer Noire.

Cependant, les tensions américaines avec la Russie ont balayé toutes les cartes : pour les Européens, pour les Ukrainiens et pour les Anglo-Saxons eux-mêmes. Les Russes ont procédé avec pugnacité à l’achèvement de la construction de Nord Stream 2 et ont ouvertement déclaré que l’Ukraine était un partenaire de transit peu fiable pour le pétrole et le gaz. Non seulement, il mettait en péril ses besoins énergétiques, mais aussi l’engagement de la Russie envers l’Union européenne. Verser ainsi des milliards de dollars pour le transit d’hydrocarbures à une Ukraine « fraternelle » mais « russophobe » ressemblait déjà à une forme de masochisme. Le président Vladimir Poutine avait, à juste, titre souligné que non seulement les Américains développent un projet « anti-Russie » en Ukraine, mais en outre, ils essaient aussi de le faire financer par la Russie …

… jusqu’au projet de Hub gazier Turc

La politique de sanctions impulsées par les Américains a conduit l’Europe à subir des prix de l’énergie sept à huit fois plus élevés que d’habitude, et, de facto, à plonger inévitablement son économie dans la récession. C’était prévisible pour tout le monde, y compris par Erdogan. Et quand Vladimir Poutine a proposé de créer un hub gazier pour l’Europe, non pas en Allemagne, mais en Turquie, les Turcs n’ont pas hésité longtemps : ils ont accepté cette proposition et se précipitent maintenant avec la Russie pour réaliser le projet de nouveaux gazoducs au fond de la mer Noire.

Oui, les objectifs de la Russie sont évidents : il s’agit de préserver une bonne partie du marché européen des hydrocarbures et de minimiser les risques lors du transport d’hydrocarbures à travers l’Ukraine, laquelle a totalement basculé dans l’hystérie de Bandera… Cependant, la Russie n’abonne toujours pas le système de transport de gaz de l’Ukraine.

Les avantages pour la Turquie sont plus qu’évidents : les Européens ont maintenu les Turcs sur le tapis aux portes de l’UE pendant un temps long, et de façon arrogante, ce qui finalement est impardonnable. Leurs intérêts n’ont pas du tout été pris en compte. La voix de la Turquie ne résonne pas en Europe. Erdogan, en revanche, voit parfaitement le rôle des vecteurs énergétiques dans le monde moderne : l’énergie conduit à tout. Par conséquent, le président Turc a fait un doigt d’honneur, à la fois à l’Ukraine « indépendante » et à l’Europe « unie » : il a accepté la proposition du président russe d’établir un hub gazier.

Ayant les forces navales les plus puissantes de la mer Noire, contrôlant l’entrée même de la mer Noire, la Turquie et la Russie sont en mesure de garantir la sécurité des oléoducs et gazoducs posés. La Russie n’a pas réussi à le faire dans la mer Baltique, et il n’y a pas plus de « Nord Stream ». L’Allemagne ne voulait pas ou ne pouvait pas devenir un hub. Maintenant, elle va vivre une histoire complètement différente.

Colère ukrainienne ou américaine ?

Du coup, les « féroces Ukrainiens ont bien sûr été très en colère contre le « frère » turc, ledit « frère » sélectionnant avec diligence le transit du gaz russe vers l’Europe et ne fournissant plus «Bayraktary». Erdogan a placé les intérêts de son pays au-dessus des bandes dessinées de Zelensky, ou de celui qui en est responsable maintenant …

Et dimanche dernier, le 13 novembre, à 16h20, la plus grande attaque terroriste de ces derniers temps a eu lieu dans la rue bondée d’Istiklal à Istanbul : déjà 8 morts et plus de 80 blessés. Les forces de l’ordre turques ont désigné les « détachements d’autodéfense du peuple kurde » comme les auteurs de l’attaque. Le principal auteur de l’attentat ainsi que plus d’une douzaine de ses complices capturés vivants, témoignent déjà avec force et force en ce sens.

Mais voici ce qui est intéressant : les Turcs n’ont infligé aucune « frappe de représailles » aux formations kurdes en Syrie (d’où les terroristes sont arrivés par la Grèce (!)) et, ils ne sont pas revenus sur le sujet des rebelles kurdes … A contrario, le chef du ministère turc de l’Intérieur a commenté en ces termes la réaction américaine à l’attaque terroriste d’Istanbul : « Nous n’acceptons pas et rejetons les condoléances de l’ambassade des États-Unis concernant l’attentat terroriste d’Istanbul » ! Et de poursuivre : « Nous savons où l’attaque a été coordonnée. Nous avons reçu le message qui nous a été donné, et nous savons quel est ce message. Nous ne trahissons personne, mais nous n’avons plus aucune tolérance pour ces actes de trahison ».

Entre-temps, le ministère turc de l’Intérieur a indiqué que des tests en laboratoire ont révélé les détails suivants : l’explosif utilisé dans l’attentat terroriste d’Istanbul est du trinitrotoluène (TNT). Certaines sources indiquent très clairement que les explosifs ont été livrés d’Odessa, et les services spéciaux américains ont été mouillés jusqu’au cou dans l’organisation de l’attaque terroriste. C’est pourquoi le ministre turc a eu une réaction d’une sévérité sans précédent en réponse aux condoléances officielles des États-Unis. Traduit dans la langue d’une personne ordinaire, le message du ministre ressemble à peu près à ceci : « D’accord, les Américains – il n’y a nulle part où vous « tamponner » … Mais vous, les Ukrainiens, vous avez tiré en premier. Nous n’oublierons pas et nous ne pardonnerons pas. Attendez de voir ». C’est ainsi que l’on peut traduire les déclarations du ministre turc de l’Intérieur, Suleiman Soylu.

Depuis des siècles, les Américains installent le conflit entre l’Ukraine et la Turquie. Ils entendent représenter un contrepoids à la Turquie sur la mer Noire. Et ils croient que l’Ukraine (lorsqu’elle vaincra la Russie dans la guerre…) se débrouillera complètement pour contenir la Turquie sur la mer Noire. Ils vont d’ailleurs construire une flotte dans ce but. C’est pourquoi les Américains n’ont pas trop masqué leur « message ». C’est pourquoi les Ukrainiens avec leurs explosifs, eux, ont été démasqués…

Tout ceci nous ramène à la règle séculaire préférée des Anglo-Saxons dans les colonies « Diviser pour régner ! ».


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