Si Marine Le Pen gagne, une pluie de sauterelles s’abattra-t-elle sur la France ?

Si Marine Le Pen gagne, une pluie de sauterelles s’abattra-t-elle sur la France ?


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Comme promis, je passe aujourd’hui en revue l’impact politique qu’une victoire de Marine Le Pen aurait sur la société française. Si l’on en croit la Macronie, cette victoire est désormais plausible (ce qui ne signifie ni qu’elle est acquise, ni qu’elle est certaine). D’où cette multiplication d’annonces catastrophistes si l’hypothèse se réalisait. À en croire les ténors de la majorité, une pluie de sauterelles pourrait s’abattre sur la France en cas de victoire du RN. Est-ce bien raisonnable ?

Si Marine le Pen est élue, dans moins d’un mois, nous aurons décidé sans débat de ruiner l’économie française, de sortir de l’Union Européenne, et de nous allier avec le Kremlin contre l’OTAN.https://t.co/g0EBxthlIM

— Jacques Attali (@jattali) March 31, 2022

Le message de Jacques Attali que nous reproduisons en dit long sur les procédés irrationnels (un peu moisis, reconnaissons-le) utilisés pour contrer le vote en faveur du Rassemblement National. La technique est connue : si Marine Le Pen est élue, l’économie française sera ruinée, la France sortira de l’Europe et de l’OTAN.

Longtemps utilisée pour assurer une confortable victoire au candidat du « système », la méthode commence toutefois à toucher ses limites, dans la mesure où la situation financière du pays est désormais catastrophique sans qu’il soit besoin de faire intervenir le Rassemblement National, et dans la mesure où les organes multilatéraux comme l’Union Européenne ou l’OTAN apparaissent de plus en plus liberticides ou menaçants pour nos libertés.

Sur le fond, les affirmations catastrophistes de Jacques Attali reposent-elles sur un quelconque fondement ? La question donne l’occasion d’examiner en trois volets les réactions (et les conséquences) possibles à une victoire de Marine Le Pen.

Un programme peu chiffré, mais « inoffensif »

Premier point à marteler : le programme de Marine Le Pen n’a rien d’un épouvantail. Sa rondeur est telle que le journal de Xavier Niel, Le Monde, a dû sortir la cavalerie lourde pour y voir un programme d’extrême droite, avec un titre racoleur : « Marine Le Pen : un programme fondamentalement d’extrême droite derrière une image adoucie ».

Voilà ce qui s’appelle une exécution en beauté, agrémentée d’un :

« Ce que Marine Le Pen propose, c’est une sorte de coup d’Etat ! », s’indigne le constitutionnaliste Dominique Rousseau.

Rien que ça !

En réalité, le programme de Marine Le Pen est surtout en conflit avec les valeurs de la mondialisation et de la caste qui la promeut, mais ne comporte guère de mesure qui provoquerait un choc économique ou systémique immédiat.

En particulier, elle ne propose aucune mesure majeure de réduction des dépenses publiques, et tendrait plutôt à les augmenter (avec un budget de 55 milliards pour l’armée à l’horizon 2027, et un soutien d’urgence de 20 milliards pour la santé).

Ces chiffres sont importants, mais on n’y voit aucune mesure totalement disproportionnée, de nature à affaiblir la signature française.

Nous reviendrons demain sur les conséquences économiques de cette stratégie.

Un choc politique majeur

En réalité, une victoire de Marine Le Pen aurait un impact politique majeur à la fois pour la fraction de l’opinion publique française qui n’a pas voté pour elle, et pour les partenaires européens qui ne partagent pas son programme.

Il n’est pas inutile d’interroger ici le poids que chacune de ces oppositions pourrait avoir pour l’ordre public.

Une situation intérieure plus calme qu’annoncée

Il fut un temps où une victoire de Marine Le Pen aurait déclenché une guerre civile, ou presque.

La stratégie clivante de Macron suivie durant tout le quinquennat a beaucoup changé la donne, dans la mesure où s’est constitué un « Tout sauf Macron » qui repose sur une dédiabolisation du Rassemblement National. En particulier, l’idée « d’emmerder les Français », cultivée et propagée bien imprudemment début janvier par le Président sortant a fini de convaincre une part importante de l’opinion qu’il fallait coûte-que-coûte empêcher sa réélection.

Face à cette manie de la division, Marine Le Pen arrive à passer pour une oie blanche, ce qu’elle n’est pas. Mais elle a eu l’intelligence de le faire oublier en centrant sa campagne sur la question du pouvoir d’achat, sujet absurdement abandonné par un Emmanuel Macron hautain et sans programme précis.

Autrement dit, le Tout sauf Macron a remplacé le Tout sauf Le Pen, et la macronie ne l’a senti que très tardivement.

De nombreux Français voteront donc Le Pen au second tour en étant persuadé qu’un épisode Rassemblement National sera moins toxique qu’une reconduction du sortant.

De ce fait, le risque de troubles dans les rues à l’annonce des résultats paraît faible.

Attention aux banlieues et à l’Islam

Dans la mesure où Marine Le Pen annonce dans son programme un referendum sur l’immigration et une politique déterminée face à l’Islam radical, on peut toutefois présumer que, dans certaines banlieues, la tension va monter.

En revanche, il n’est pas certain que cette tension soit immédiatement élevée. Il faudra peut-être attendre quelques semaines (notamment les élections législatives) pour que les résistances s’affirment.

Un problème européen majeur

Après la victoire de Viktor Orban dimanche, une victoire de Marine Le Pen sonnerait un sacré coup de tonnerre pour la construction européenne, déjà affaiblie par le Brexit.

Dans un monde à peu près normal, le bon sens voudrait que les partenaires européens de la France prenne acte de cette vague « populiste » ou souverainiste et entame une réflexion de fond sur les raisons pour lesquelles la construction communautaire fait l’objet d’un rejet.

Mais la personnalité d’Ursula von der Leyen (et de Christine Lagarde, à la BCE), le poids de la caste mondialisée dans la technostructure européenne, laissent à penser qu’une même stratégie de confrontation avec la France, comme celle qui a prévalu avec la Grande-Bretagne, aiguisera les oppositions.

De notre point de vue, le danger le plus imminent (nous approfondirons ce point demain) pour Marine Le Pen se nichera plutôt dans la réaction européenne à sa victoire, qui sera perçue comme l’installation d’une tendance centripète menaçante pour l’Europe.

Une absence d’état de grâce européen

Autant Emmanuel Macron avait pu séduire une partie de l’Europe avec ses airs de petit génie, ce qui l’a autorisé à professer des délires sur une intégration européenne plus profonde sans être clairement recadré par nos partenaires, autant Marine Le Pen ne connaître guère d’état de grâce, notamment en Allemagne et dans les pays radins (Pays-Bas, Autriche, Danemark, en particulier), pas plus qu’en Italie où Mario Draghi joue le rôle de bon élève de la mondialisation.

Les uns ne manqueront pas de crier au loup contre le programme dépensier de la nouvelle Présidente, les autres dénonceront la régression européenne de la France.

Marine Le Pen devra donc très vite dévoiler son jeu européen. Cette accélération sera d’autant plus nécessaire que la France exerce la présidence de l’Union jusqu’en juillet. En tant que Présidente de l’Europe, Marine Le Pen n’aura pas le choix : elle devra abattre ses cartes.

Là encore, on mesure le poids symbolique de cette opération : l’accession immédiate d’une Marine Le Pen à la tête de l’Union Européenne apparaîtrait comme un revers majeur pour l’ensemble des européistes.

On peut donc s’attendre à une réaction globalement dure de nos partenaires.

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