Dans les Landes, un incident discret mais explosif secoue les relations entre la préfecture et les forces de l’ordre. Agnès Mazin-Bottier, directrice départementale de la police nationale, a quitté ses fonctions fin janvier 2026 dans un contexte polémique. Officiellement un départ à la retraite anticipée après 38 ans de carrière, mais le syndicat des commissaires de police nationale (SCPN) dénonce un limogeage arbitraire et illégal orchestré par le préfet Gilles Clavreul.

Dans les Landes, le départ d’Agnès Mazin-Bottier, directrice départementale de la police nationale, n’a rien d’anodin. Officiellement présentée comme une retraite anticipée, l’affaire prend une tout autre tournure à la lumière des accusations portées par le syndicat des commissaires de police. En cause : la manière dont le préfet Gilles Clavreul aurait exigé une répression plus ferme des agriculteurs.
Le conflit : la négociation face à la répression
Tout part des manifestations agricoles du 11 janvier janvier. Bloquages, démontage d’un portail de la DDTM par la FNSEA et les JA, dégradations dénoncées par la préfecture qui porte plainte pour vol aggravé et dégradations de biens publics. Face à ces actions, le préfet attendait une réponse musclée.

Mais la commissaire Mazin-Bottier applique un principe de base de maintien de l'ordre suivant les consignes du ministre de l’Intérieur, qui privilégie la négociation et le dialogue pacifique plutôt qu’une intervention répressive immédiate.

Pour le SCPN, le préfet Gilles Clavreul y aurait perçu dans cet acte, une forme de désobéissance et de faiblesse.
Résultat : retrait de commandement, puis départ forcé. Le SCPN parle d’abus de pouvoir flagrant, d’une décision qui bafoue la hiérarchie policière. Selon Frédéric Lauze, secrétaire général du SCPN, le préfet Clavreul aurait littéralement explosé au téléphone face à Agnès Mazin-Bottier, exigeant une répression immédiate : « Dégagez-les, interpellez-les ! ».
Devant le refus de la commissaire, la sentence serait tombée par un laconique SMS : « Vous m’avez désobéi, vous êtes démise de vos fonctions ». Pour le SCPN, cette affaire est une attaque directe contre l'indépendance professionnelle de la police.
Fracture interne et crise de confiance
Gilles Clavreul conteste vigoureusement et tente de jouer sur les mots . Il reconnaît avoir retiré le commandement à la commissaire pour une « instruction non exécutée », mais nie tout limogeage.

« Grossièrement inexact », rétorque-t-il aux accusations, affirmant agir dans ses prérogatives légales. Pas de sanction disciplinaire formelle, mais un départ précipité.

Le malaise est désormais ouvert. Le SCPN a saisi le ministère de l’Intérieur, dénonçant une dérive grave dans les relations entre autorité préfectorale et hiérarchie policière. Fait rare, l’ensemble de la chaîne locale semble s’être liguée contre le préfet, symptôme d’une crise de confiance profonde.
L’affaire des Landes dépasse le cadre d’un conflit local. Elle illustre un État sous tension, prompt à la coercition face aux corps intermédiaires. À force de confondre autorité et autoritarisme, le pouvoir fragilise ses propres fondations. Et révèle, au grand jour, les fissures d’un système à bout de souffle.




