L'humeur de Veerle Daens : expatriés à Dubaï, l'indécence jusqu'à plus soif !

L'humeur de Veerle Daens : expatriés à Dubaï, l'indécence jusqu'à plus soif !

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Mes chers amis, posez vos flûtes de champagne de seconde zone, car le spectacle qui se joue sous nos yeux est d’une drôlerie qui confine au sublime de l'avachissement, comme dit Eric Verhaeghe. On frôle l’art abstrait, ou plutôt l’art de l’absence : l’absence totale de décence, de logique et, surtout, de mémoire.

Avez-vous lu les complaintes déchirantes de nos « expatriés » de luxe au Moyen-Orient ? Ces braves gens, partis avec tambours et valises vers des cieux où l’impôt sur le revenu est une légende urbaine et où la solidarité nationale est un concept aussi exotique qu’un flocon de neige, tombent des nues. Les voilà « bloqués », les pauvres agneaux, alors que le ciel gronde. Et là, soudain, le miracle : ils se souviennent qu’ils sont Français !

J'ai bien entendu que certains n'auraient eu d'autre choix que de s'exiler dans ce territoire sans impôt, la mort dans l'âme. Mais quelles que soient les raisons qui les ont poussés là-bas, il est un fait que ce désagréable exil leur a évité de payer des impôts colossaux. Il n'y a pas de petit profit ! et aucun d'eux, à ma connaissance, ne s'en est plaint. Aucun d'eux n'a demandé au ministre des Finances ou des Comptes Publics la grâce de pouvoir payer des impôts en France par amour de la patrie.

C’est d'ailleurs fascinant, cette géographie à géométrie variable. Quand il s'agit de déclarer ses revenus, Dubaï est à l'autre bout de la galaxie, hors de portée des griffes du fisc tricolore. Mais quand le premier missile passe un peu trop près de la piscine à débordement, la France devient soudainement la porte d'à côté, et l’État, ce « monstre froid » qu’ils fuyaient, se transforme en maman protectrice devant fournir un doudou-avion.

Le clou du spectacle, c’est bien sûr le prix du billet. On nous rapporte que certains s’offusquent de devoir débourser quelques centaines d’euros pour un rapatriement organisé par le Quai d’Orsay. « Quoi ? Payer ? Mais on pensait que l'État allait nous ramener gratuitement ! » s’exclament-ils, la main sur le cœur et l’autre sur leur portefeuille en cuir d'autruche.

C’est le paradoxe ultime du libertarien de pacotille : il veut l’État minimum pour ses taxes, mais l’État Providence pour ses vacances ou son exil qui tournent mal. Ils ont passé des années à expliquer, entre deux brunchs, que le service public français est une relique poussiéreuse et coûteuse (ce qui n'est pas faux, mais ils ont préféré fuir plutôt que se battre au pays pour changer les choses). Mais face à l’imprévu, ils exigent que ce même service public affrète un Airbus pour les extraire du pétrin, et tout cela aux frais du contribuable resté sagement à Nanterre ou à Roubaix pour payer sa TVA et son impôt foncier.

Le billet est à 5% ou 10% du prix du marché (500€ avec Air Gouvernement, au lieu de 10.000€ avec Emirates, excusez du peu) ? C’est encore trop cher pour celui qui a confondu « citoyenneté » et « abonnement Netflix avec option résiliation gratuite ». Ils voulaient le beurre, l’argent du beurre, et le sourire de la diplomate qui leur tend une bouteille d’eau sur le tarmac.

Ma petite recommandation, chers expatriés fâchés avec l'arithmétique : la prochaine fois que vous choisirez un paradis fiscal, vérifiez s’il y a une option « sauvetage VIP inclus en cas d'interruption du rêve par les méchants Iraniens ». Sinon, apprenez à nager, ou alors, plus radical encore : assumez le coût de votre liberté. Car la liberté, la vraie, celle que l'on chérit, commence par ne pas demander à ceux que l'on méprise de payer pour nos erreurs de casting.

Allez, bon vol, et n'oubliez pas de laisser un pourboire à la République en passant la douane. Ah non, c'est vrai, vous n'aimez pas les prélèvements.


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