Echec de la taxe Zucman : quand la raison économique l’emporte sur le populisme fiscal

Echec de la taxe Zucman : quand la raison économique l’emporte sur le populisme fiscal


Partager cet article

Rejetée en commission, la taxe Zucman visait à imposer un impôt minimum de 2% aux ultra-riches. Mais derrière le discours de “justice fiscale”, cette mesure aurait surtout pénalisé l’investissement, la création d’entreprises et la compétitivité française.

L’Assemblée nationale a rejeté la fameuse “taxe Zucman”, une proposition défendue par les groupes de gauche et soutenue par l’économiste Gabriel Zucman. Présentée comme une mesure de “justice fiscale” pour faire contribuer davantage les grandes fortunes, cette taxe aurait imposé un impôt minimum de 2% sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, y compris les biens professionnels.
Mais sous couvert d’équité, cette mesure cache une logique profondément punitive et contre-productive. En ciblant les grandes fortunes, c’est tout l’écosystème entrepreneurial français qui risquait d’en payer le prix.

Rejet de la taxe Zucman

La première journée d’examen du budget 2026 par les députés de la commission des Finances de l’Assemblée s’est déroulée le lundi 20 octobre 2025. Les élus ont examiné plusieurs amendements. La taxe Zucman préconisée par l’économiste Gabriel Zucman en faisait partie. A l’issue d’un débat vif, cet impôt pour les riches a été finalement rejeté en commission. Cette décision a beaucoup déçu les quatre groupes de gauche qui ont défendu farouchement ce dispositif fiscal visant à faire payer aux contribuables les plus riches un impôt minimum de 2%.  

La députée du groupe La France Insoumise (LFI), Mathilde Feld a déclaré que « c’est une taxe de justice fiscale (…) pour éviter que nos sociétés deviennent des sociétés totalement inégalitaires ». Mais le rapporteur général Philippe Juvin (LR) ne voit pas les choses de cet angle. Pour lui, la taxe Zucman est une sorte de « repoussoir pour les nouveaux entrepreneurs » qui envisagent de s’installer en France.  

Selon Jean-Philippe Tanchy (RN), cette mesure risque de provoquer « une vague de désindustrialisation ». Notons que le parcours de la taxe Zucman n’est pas encore terminé. Même si elle a été rejetée en commission, elle pourrait encore être adoptée lors du débat dans l’hémicycle, en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu. L’économiste Zucman a déclaré sur X que supprimer définitivement ce dispositif signifie « défendre le droit des milliardaires à payer zéro ».  

L’illusion de la “justice fiscale”

La gauche brandit le slogan de “justice fiscale”, mais il s’agit surtout d’un écran idéologique masquant l’échec de la dépense publique.

Les députés de gauche ont exprimé leurs désarrois face au rejet d’une série d’amendements visant les contribuables les plus fortunés. Les élus ont également supprimé la taxe sur le patrimoine financier des holdings patrimoniales détenant au moins 5 millions d’euros d’actifs. « On a déjà compris. La taxe Zucman  c’est non (…) l’impôt sur les grandes transmissions, c’est non. Le retour de l’ISF, c’est non », a déclaré François Ruffin du groupe écologiste.

La gauche a toutefois réussi à faire adopter « l’exil tax » permettant de lutter contre l’évasion fiscale des entrepreneurs et le retour de la contribution différentielle sur les hauts revenus qui vise à imposer au moins 20% de taxe foyers ayant des revenus excédant les 250.000 euros par an). Une coalition de la gauche a également obtenu la suppression de certaines « mesures clivantes » comme la taxation des indemnités journalières pour affection longue durée et la fin de la réduction d’impôt pour frais de scolarité dans l’enseignement secondaire et supérieur.

A partir de jeudi, la commission des Affaires sociales va examiner le projet de budget de la sécurité sociale. Notons que le gouvernement vise à réduire le déficit public « sous 5% » pour 2026. Il est disposé à réviser certaines dépenses et à faire des compromis pour réaliser des économies. Les députés travaillent sous pression actuellement, car ils sont tenus de respecter le délai constitutionnel pour l’adoption du budget. Si  ce délai est dépassé, le gouvernement peut opter pour la voie par ordonnance.

Le vrai défi fiscal de la France n'est pas de trouver de nouvelles manières de taxer ceux qui créent de la richesse, mais de maîtriser la dépense publique et de réduire le fardeau fiscal global qui étouffe les ménages et les entreprises.

Ce rejet n'est pas un manque de justice ; c'est un acte de saine prudence économique.Le rejet de la taxe Zucman n’est pas une défaite de la “justice fiscale”, mais une victoire du bon sens.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Lithothérapie comme politique sportive? Ferrari distribue des pierres magiques aux Bleus

Lithothérapie comme politique sportive? Ferrari distribue des pierres magiques aux Bleus

Alors que l’équipe de France s’apprête à disputer une compétition internationale majeure, la visite ministérielle organisée à Clairefontaine a viré à la séquence embarrassante. La ministre des Sports, Marina Ferrari, aurait offert aux joueurs des pierres aux prétendues vertus porte-bonheur, sous le regard d’Emmanuel Macron. Une initiative qui interroge. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, passé a


Rédaction

Rédaction

La Justice manque-t-elle vraiment de moyens ? Assez de cette farce...

La Justice manque-t-elle vraiment de moyens ? Assez de cette farce...

par Elise Rochefort La question revient à chaque fait divers, à chaque procès médiatisé, à chaque rapport parlementaire : la justice française serait exsangue, faute de crédits. L'affirmation mérite d'être confrontée aux documents budgétaires. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré. Gratuit. Vous restez libre de


Rédaction

Rédaction

Agde: un chat traîné en justice parce qu’il saute une clôture

Agde: un chat traîné en justice parce qu’il saute une clôture

Cinq années de procédure, des audiences au tribunal judiciaire de Béziers, des avocats mobilisés et une enseignante traînée en justice pour les escapades de son chat Rémi. Le 7 avril 2026, Dominique a été condamnée à verser 100 euros à son voisin, qui réclamait 5 700 euros de dommages et intérêts pour une douzaine de jours de passages félins. Une décision qui reconnaît sa bonne foi tout en illustrant l’absurdité d’une machine judiciaire qui s’acharne sur le quotidien des citoyens ordinaires.


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

ParcoursSup : notre kit gratuit de recours-type à télécharger

ParcoursSup : notre kit gratuit de recours-type à télécharger

par Elise Rochefort Les réponses de la phase principale d'admission Parcoursup sont publiées depuis le 2 juin 2026. Pour les candidats refusés, deux démarches écrites peuvent être engagées dès maintenant : la demande de communication des motifs du refus, ouverte par l'article L. 612-3 du code de l'éducation dans le délai d'un mois suivant la notification, et le recours gracieux, qui sollicite le réexamen du dossier. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUIT


Rédaction

Rédaction