Réforme des retraites: le gouvernement marche sur des oeufs


Partager cet article

La réforme des retraites est un dossier toujours aussi empoisonné pour les gouvernements qui se succèdent. Edouard Philippe n’échappe pas à la règle. Alors que le déficit du système actuel est annoncé à 10 milliards d’euros pour 2022, le gouvernement devrait toutefois renoncer à imposer dès 2020 des mesures d’économie paramétrique. Il cède ainsi à une pression de la CFDT qui avait considéré qu’il s’agissait là d’une ligne rouge à ne pas franchir. On attend désormais jeudi prochain que Jean-Paul Delevoye en dévoile son projet.

La réforme des retraites ne sera visiblement pas précédée d’un « round » de mesures paramétriques destinées à limiter le déficit à brève échéance. Alors que, pour éviter un déficit de 10 milliards d’euros en 2022, un allongement de la durée de cotisation semblait inévitable, les menaces de la CFDT ont probablement pesé lourd dans une balance rendue incertaine par un climat politique délétère.

Laurent Berger avait en effet déclaré:

“Si l’annonce est doublée d’une mesure applicable dès 2020, par exemple l’augmentation de la durée de cotisation, la discussion sera terminée pour la CFDT”

Par les temps qui courent, se fâcher avec les organisations syndicales les plus modérées est un luxe que le gouvernement ne peut guère se payer. Et l’argent pas cher que la Banque Centrale permet d’emprunter rend les mesures moins urgentes qu’on ne pourrait le vouloir.

La France, pour éviter la grogne sociale, est donc en route vers un déficit social record pour les années à venir. La reculade du gouvernement sur ce point en dit long sur les craintes que l’opinion inspire au gouvernement. Face au risque d’un automne chaud, et déjà alerté par la crise des Gilets Jaunes qui avait éclaté en novembre 2018, le pouvoir exécutif temporise et sacrifie l’orthodoxie budgétaire et les engagements européens de la France.

Reste à savoir si cette reculade facilitera l’adoption de la réforme systémique projetée par Delevoye. Sur ce point, nous restons pessimiste et nous maintenons notre diagnostic formulé en janvier: en l’état, le pays n’est pas prêt à cette réforme mal expliquée, et le gouvernement ne disposera pas de la légitimité nécessaire pour la faire passer.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite

Le débat sur la constitutionalisation de l'IVG a profondément divisé les partis de droite, Rassemblement National et Républicains à l'Assemblée. Emmanuel Macron peut se réjouir: il a une fois de plus montré qu'il n'avait pas d'adversaire idéologiquement constitué; il a divisé les deux groupes d'opposition de droite; il a tendu un piège, qui a fonctionné, à Marine Le Pen. Cependant le résultat du vote montre qu'être de  droite, c'est précisément ne pas accepter, comme force politique, les diktats


CDS

CDS

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée

"Haro sur l'extrême-droite" est un spectacle qui est bien parti pour rattraper "La Cantatrice Chauve" de Ionesco jouée sans interruption à Paris, au théâtre de la Huchette depuis 1957. En l'occurrence, nous avons affaire à une (mauvaise) comédie politique, jouée sans interruption depuis  le 13 février 1984, jour où Jean-Marie Le Pen était l'invité de L'Heure de Vérité, la célèbre émission politique de l'époque.  Depuis lors, nous avons affaire à un feuilleton ininterrompu d'épisodes, dont l'anal


CDS

CDS

Comment un leader populiste repère ses fans et les manipule, par Elise Rochefort

Comment un leader populiste repère ses fans et les manipule, par Elise Rochefort

Il existe une illusion tenace dans nos démocraties fatiguées : celle que le fanatisme serait l'apanage des fous ou des ignorants. Pourtant, si l'on se penche sur les travaux d'Arie Kruglanski et les modèles de personnalité contemporains, on découvre une réalité bien plus chirurgicale. Les leaders populistes ne sont pas simplement des tribuns ; ce sont des ingénieurs de la "Signifiance". Ils ne cherchent pas à convaincre des esprits, ils cherchent à remplir des vides. Voici comment ces maîtres


Rédaction

Rédaction

Qui tolérerait de la part d'un Musulman les provocations anti-françaises de Meyer Habib?

Qui tolérerait de la part d'un Musulman les provocations anti-françaises de Meyer Habib?

Coiffé de sa kippa, l'ex-député Meyer-Habib, connu pour sa proximité avec Benjamin Netanyahou, vient de publier une vidéo hallucinante où il critique publiquement une décision de la justice française prise en application du droit international et des positions officielles de son pays... Manifestement, Meyer Habib n'aime plus la France, mais enfin, qui tolérerait une telle sortie de route de la part d'un ancien député musulman ? pic.twitter.com/OXuVwkVCmr — Meyer Habib (@Meyer_Habib) February 3


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Le Pen jugée, mais pas neutralisée tout de suite

Le Pen jugée, mais pas neutralisée tout de suite

En appel, le parquet général requiert cinq ans d’inéligibilité contre Marine Le Pen, sans exécution provisoire. Une position qui, tout en alourdissant les peines, laisse ouverte la possibilité d’une candidature en 2027, sous réserve des délais judiciaires. Accusées de détournement de fonds publics, Marine Le Pen et onze autres personnes ont été jugées devant la Cour d’appel le mardi 3 février 2026. Lors du procès, le parquet général a réclamé une peine de cinq ans d’inéligibilité sans exécution


Rédaction

Rédaction

Affaire Epstein: le cirque médiatique qui cache la forêt de l’inefficacité

Affaire Epstein: le cirque médiatique qui cache la forêt de l’inefficacité

À peine les derniers documents Epstein dévoilés, La France Insoumise monte au créneau pour réclamer une commission d’enquête parlementaire « transpartisane ». Le discours est bien rodé: lutte contre le silence, recherche de la vérité sur les réseaux pédocriminels et les possibles ingérences politiques. Un noble objectif, en apparence. Sauf que les députés mélenchonistes tentent surtout de transformer l’Assemblée en tribunal médiatique, une énième opération de communication pour des parlementaire


Rédaction

Rédaction