Réforme des retraites: un report à 64 ans décidé en 2019?


Partager cet article

La réforme des retraites s’enlise. Alors que la CPME fourbit ses armes contre les projets de Jean-Paul Delevoye, le gouvernement pourrait reporter la réforme systémique à l’après 2020 et prendre des décisions lourdes dès cette année. Les perspectives financières à très court terme du régime sont en effet catastrophiques, avec une menace de déficit de 10 milliards en 2022 si rien ne change (Marisol Touraine affirmait pourtant en avoir fini, en 2016, avec les déficits des comptes sociaux…). L’addition pourrait être très salée dès le PLFSS 2019.

Le gouvernement va-t-il anticiper la réforme des retraites par des mesures paramétriques dès 2019? Tout indique que le projet de loi de financement de la sécurité sociale pourrait comporter d’importants changements pour rétablir les équilibres sans attendre le passage aux « points » sur lequel Jean-Paul Delevoye travaille depuis plusieurs mois.

La réforme des retraites sous contrainte financière

La réforme systémique prévue par Emmanuel Macron se révèle bien plus compliquée que prévu. Comme nous l’indiquions hier, des points de vue émergent pour contester les projets gouvernementaux, qui buteront, quoi qu’il arrive sur le problème difficilement soluble de l’équité pour les fonctionnaires. Le gouvernement évoque désormais la possibilité de reporter le projet de loi à l’après 2022.

En attendant, la course au déficit reprend, sous le poids d’un déséquilibre démographique connu de longue date. Avec une faible croissance et une insuffisante expansion de la masse salariale, le système français de retraite ne peut soutenir dans la durée l’allongement progressif de l’espérance de vie. On annonce un déficit de 10 milliards € dès 2022 si rien n’est fait. En cette année électorale, l’affichage d’une aussi forte dégradation des comptes publics durant le quinquennat Macron ne serait pas bon pour la réélection de l’actuel président.

Il faut donc agir dès maintenant pour éviter la catastrophe imminente.

Le nouveau monde reprend les vieilles recettes

Concrètement, le gouvernement doit trouver des remèdes rapides à la situation. Ceux-ci sont parfaitement connus, et depuis longtemps. Il suffit de reporter l’âge de départ à la retraite (en bougeant l’âge légal, par exemple) ou d’allonger immédiatement la durée de cotisation pour réduire dans les mois qui suivent le flot incessant des arrivées de nouveaux retraités.

Comme la désindexation des retraites paraît difficile à remettre sur le tapis après la crise des Gilets Jaunes, il est donc très probable que l’une de ces deux mesures: report de l’âge légal (contre lequel la FFA avait combattu) et allongement de la durée de cotisations, voire les deux, soient mobilisés dès le début de l’année 2020.

On attendait la start-up nation, et ce fut retour vers le futur!


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite

Le débat sur la constitutionalisation de l'IVG a profondément divisé les partis de droite, Rassemblement National et Républicains à l'Assemblée. Emmanuel Macron peut se réjouir: il a une fois de plus montré qu'il n'avait pas d'adversaire idéologiquement constitué; il a divisé les deux groupes d'opposition de droite; il a tendu un piège, qui a fonctionné, à Marine Le Pen. Cependant le résultat du vote montre qu'être de  droite, c'est précisément ne pas accepter, comme force politique, les diktats


CDS

CDS

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée

"Haro sur l'extrême-droite" est un spectacle qui est bien parti pour rattraper "La Cantatrice Chauve" de Ionesco jouée sans interruption à Paris, au théâtre de la Huchette depuis 1957. En l'occurrence, nous avons affaire à une (mauvaise) comédie politique, jouée sans interruption depuis  le 13 février 1984, jour où Jean-Marie Le Pen était l'invité de L'Heure de Vérité, la célèbre émission politique de l'époque.  Depuis lors, nous avons affaire à un feuilleton ininterrompu d'épisodes, dont l'anal


CDS

CDS

Médicaments : dès le 1er septembre, refuser un traitement de substitution vous coûtera cher
Photo by Roberto Sorin / Unsplash

Médicaments : dès le 1er septembre, refuser un traitement de substitution vous coûtera cher

À partir du 1er septembre 2026, refuser sans justification médicale un médicament hybride ou biosimilaire proposé par le pharmacien fera perdre le bénéfice du tiers payant. Le patient devra avancer la totalité du prix et pourra, dans certains cas, être remboursé sur la base d’un produit moins cher. Une décision technique en apparence, lourde de conséquences pour des millions d'assurés. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Retards SNCF : 70 millions d'euros d'indemnités que personne ne réclame
Photo by Loukian Jacquet / Unsplash

Retards SNCF : 70 millions d'euros d'indemnités que personne ne réclame

En 2023, 119 millions d’euros auraient dû être versés par le groupe SNCF au titre des retards, mais seuls 49 millions ont été réclamés par les voyageurs. Soit environ 70 millions d’euros laissés de côté, alors même que les procédures de compensation sont censées garantir les droits des usagers. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte,


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

283 milliards à dépenser avant la fin du mois : la panique bruxelloise
Photo by Christian Lue / Unsplash

283 milliards à dépenser avant la fin du mois : la panique bruxelloise

À quelques semaines de l’échéance de la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR), Bruxelles voit les États membres accélérer leurs dépenses pour ne pas perdre les crédits disponibles. Sur une enveloppe de 650 milliards d’euros, seulement 367 milliards avaient été versés, tandis que seulement 40 % des objectifs prévus pour août 2026 avaient été atteints. La Cour des comptes européenne redoute qu’une telle course au décaissement multiplie les erreurs. LE COURRIER DES STRATÈGES Rest


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany