Réforme Delevoye: entrepreneurs, indépendants et dirigeants mis en coupe réglée


Partager cet article

L’AFP a publié les premiers éléments que la réforme Delevoye des retraites devrait comporter pour les travailleurs indépendants et les cadres supérieurs. Conformément aux craintes exposées notamment par la CPME, dont nous avons rendu compte, ceux-ci seront littéralement matraqués, particulièrement pour les plus petits d’entre eux, dans le futur système. En outre, des entorses à la philosophie de la réforme seront prévues pour les salaires supérieurs à 10.000 euros. Jamais la France n’avait construit une telle usine à gaz étatiste débouchant sur une socialisation aussi intense des revenus.

La réforme Delevoye n’épargnera que les grands actionnaires. Les petits patrons et les cadres dirigeants rémunérés à plus de 10.000 euros seront pour leur part mis en coupe réglée. Selon les informations distillées par l’AFP sur le rapport Delevoye attendu pour la mi-juillet, des annonces particulièrement douloureuses devraient frapper les petits entrepreneurs.

Comment la réforme Delevoye va assommer les petits entrepreneurs

Selon toute vraisemblance, la réforme imposera un alignement des travailleurs non salariés sur le régime des salariés pour la tranche A, c’est-à-dire sous 40.000 euros de revenus bruts annuels. Dans la pratique, cette mesure supposera un alignement des assiettes de cotisations entre ces deux catégories pourtant très hétérogènes. Le COR avait, en son temps, simulé l’impact de cette mesure. On sait déjà que, autour de 1,6 SMIC, l’alignement produira un véritable matraquage de cotisations. Le COR avait noté que, faute d’un dispositif dégressif sur les cotisations comme il en existe pour les salariés, les travailleurs indépendants cotiseront proportionnellement plus que ceux-ci.

Les Échos, 18 décembre 2018, Solveig Godeluck

Originellement, la réforme devait poser un principe d’égalité et encourager au travail. Dans la pratique, elle conduira à pénaliser les preneurs de risque pour favoriser les salariés les plus protégés. Une vraie désincitation à l’entreprise.

La réforme crée une nouvelle taxe

Autre particularité, les contributions au régime ne seraient pas plafonnées à 10.000 euros mensuels comme on le pensait jusqu’ici. Les 1 ou 2% de salariés qui perçoivent une rémunération supérieure à 10.000 euros devront finalement participer à l’effort par le biais d’une « cotisation déplafonnée non créatrice de droits ». Autrement dit, au-delà de 10.000 euros, il faudra contribuer au système sans pour autant capitaliser des points de retraite. Là encore, et comme nous l’écrivons désormais régulièrement, la compatibilité de ce dispositif avec le droit communautaire paraît très contestable. En attendant, il est acquis que la réforme des retraites frappera durement le secteur privé, et épargnera globalement le secteur public.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite

Le débat sur la constitutionalisation de l'IVG a profondément divisé les partis de droite, Rassemblement National et Républicains à l'Assemblée. Emmanuel Macron peut se réjouir: il a une fois de plus montré qu'il n'avait pas d'adversaire idéologiquement constitué; il a divisé les deux groupes d'opposition de droite; il a tendu un piège, qui a fonctionné, à Marine Le Pen. Cependant le résultat du vote montre qu'être de  droite, c'est précisément ne pas accepter, comme force politique, les diktats


CDS

CDS

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée

"Haro sur l'extrême-droite" est un spectacle qui est bien parti pour rattraper "La Cantatrice Chauve" de Ionesco jouée sans interruption à Paris, au théâtre de la Huchette depuis 1957. En l'occurrence, nous avons affaire à une (mauvaise) comédie politique, jouée sans interruption depuis  le 13 février 1984, jour où Jean-Marie Le Pen était l'invité de L'Heure de Vérité, la célèbre émission politique de l'époque.  Depuis lors, nous avons affaire à un feuilleton ininterrompu d'épisodes, dont l'anal


CDS

CDS

Médicaments : dès le 1er septembre, refuser un traitement de substitution vous coûtera cher
Photo by Roberto Sorin / Unsplash

Médicaments : dès le 1er septembre, refuser un traitement de substitution vous coûtera cher

À partir du 1er septembre 2026, refuser sans justification médicale un médicament hybride ou biosimilaire proposé par le pharmacien fera perdre le bénéfice du tiers payant. Le patient devra avancer la totalité du prix et pourra, dans certains cas, être remboursé sur la base d’un produit moins cher. Une décision technique en apparence, lourde de conséquences pour des millions d'assurés. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Retards SNCF : 70 millions d'euros d'indemnités que personne ne réclame
Photo by Loukian Jacquet / Unsplash

Retards SNCF : 70 millions d'euros d'indemnités que personne ne réclame

En 2023, 119 millions d’euros auraient dû être versés par le groupe SNCF au titre des retards, mais seuls 49 millions ont été réclamés par les voyageurs. Soit environ 70 millions d’euros laissés de côté, alors même que les procédures de compensation sont censées garantir les droits des usagers. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte,


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

283 milliards à dépenser avant la fin du mois : la panique bruxelloise
Photo by Christian Lue / Unsplash

283 milliards à dépenser avant la fin du mois : la panique bruxelloise

À quelques semaines de l’échéance de la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR), Bruxelles voit les États membres accélérer leurs dépenses pour ne pas perdre les crédits disponibles. Sur une enveloppe de 650 milliards d’euros, seulement 367 milliards avaient été versés, tandis que seulement 40 % des objectifs prévus pour août 2026 avaient été atteints. La Cour des comptes européenne redoute qu’une telle course au décaissement multiplie les erreurs. LE COURRIER DES STRATÈGES Rest


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany