Rassemblement national: le renoncement au marché unique


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Le programme du Rassemblement National traite largement de la question de la préférence nationale et du protectionnisme sous toutes ses formes: migratoire, économique et politique. Dans la pratique, il bat en brèche le principe même du marché unique, qui est désigné comme l’obstacle majeur à la croissance en France. Les propositions du parti conduisent à une disparition de fait de ce marché et à la réinstauration de frontières économiques au sein de l’Union.

Intitulé « pour une Europe des nations et des peuples », le programme du Rassemblement National est à la fois un texte d’hostilité viscérale à l’Union Européenne entendue comme un marché unique, et un étonnant plaidoyer en faveur d’une relance européenne qui mettrait en difficulté la souveraineté des peuples. Il n’est d’ailleurs pas sûr que les rédacteurs du texte aient bien perçu son ambiguïté.

Marché unique: un refus clair et net

La pierre angulaire du programme tient en un mot: la fin du marché unique, considéré comme le principal facteur expliquant l’inflation de normes et la désindustrialisation française. On retiendra donc les slogans du parti:

Mettre fin au dogme de la libre concurrence et priorité aux entreprises françaises dans la commande publique

Reconnaître la responsabilité nationale de l’entreprise (RNE) pour encourager les comportements vertueux (refus des délocalisations, embauche d’une main d’œuvre nationale, incitation à recourir à des fournisseurs ou des produits locaux) et l’intégrer dans les critères d’attribution des marchés publics

Implicitement, le Rassemblement National propose donc de remplacer le corpus européen en matière de droit de la concurrence par un corpus national qui comporterait de nombreuses obligations comme l’embauche d’une main-d’œuvre nationale. La directive sur le travail détaché serait abolie.

Politique monétaire: relance des dettes publiques

Le Rassemblement National ne propose pas de sortir de la zone euro. En revanche, il propose ouvertement une relance de la planche à billets, soi-disant pour tenir compte des « besoins de l’économie réelle » qu’il ne définit pas, par ailleurs.

Il faut donc modifier le fonctionnement de la zone euro afin d’aligner la création monétaire sur les besoins de l’économie réelle, par exemple en augmentant la proportion de la dette nationale que peuvent détenir les banques centrales nationales.

En outre, le Rassemblement National propose d’aligner le mandat de la BCE sur celui de la Réserve Fédérale, en intégrant la création d’emplois dans ses missions.

Suppression de la Commission Européenne

Jugée responsable du caractère technocratique de l’Union, la Commission Européenne ferait les frais d’une renégociation des traités. Elle serait supprimée au bénéfice du Conseil Européen. La formule de l’Europe à la carte se généraliserait. En outre, et c’est une surprise notable, le Rassemblement National propose de promouvoir le Parlement européen:

Le Parlement pourrait ensuite élaborer les textes et charger un secrétariat administratif des dispositions d’application concrète. Les membres du Parlement européen devraient être des parlementaires nationaux délégués par les États membres.

Concrètement, le Rassemblement National propose donc de transformer la Commission Européenne en un « secrétariat administratif » sous l’autorité d’un Parlement composé de parlementaires nationaux.

Immigration: la défense des frontières

Enfin, et sans surprise, le Rassemblement National place la surveillance des frontières au cœur de son programme: surveillance des frontières de l’Union, mais aussi fin de l’espace Schengen et mise en place d’une politique de préférence nationale dans les aides sociales.

Pour assurer la sécurité des peuples, il est urgent de protéger les frontières extérieures de l’Europe par une coopération renforcée entre nos pays. Mais cette politique ne sera pas suffisante si on ne rétablit pas des contrôles aux frontières nationales en respectant les choix des États membres et en sortant de la logique de libre circulation de Schengen.

Parallèlement, une vraie politique de dissuasion de l’immigration doit être engagée  : réserver les aides sociales à nos compatriotes, refuser le laxisme dans l’octroi de l’asile, expulser systématiquement les clandestins, stopper l’immigration légale, cesser le renouvellement automatique des titres de séjour, etc.

On notera donc que, incidemment, l’impact constitutionnel de ces propositions n’est pas neutre. Il remettrait en cause le « pack » sur l’égalité des droits contenu dans les traités.


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