Par Vincent Clairmont
L'obligation d'État française à trente ans a touché 4,73 % le 16 juillet, son plus haut niveau depuis 2008 ; le dix ans a franchi 4,06 % le 23 juillet, du jamais-vu depuis juin 2009. Ces chiffres paraissent lointains. Ils ne le sont pas : ils concernent directement les quelque 2 000 milliards d'euros que les Français détiennent en assurance-vie, dont environ les trois quarts logés dans les fonds en euros — lesquels sont, pour l'essentiel, des portefeuilles d'obligations d'État françaises. Quand le taux de l'OAT monte, la valeur de ce que votre assureur détient baisse. Le mécanisme mérite d'être compris, car il est simple, mécanique, et presque toujours mal expliqué.

Le mécanisme : pourquoi un taux qui monte fait baisser une obligation
Une obligation est une promesse figée. Prenons un titre acheté 100 euros en 2020, qui promet 0,5 % par an pendant dix ans : le contrat est signé, le coupon n'augmentera jamais. Supposons maintenant que l'État émette aujourd'hui des titres neufs qui rapportent 4 %. Qui accepterait de racheter votre titre à 0,5 % pour 100 euros, alors que le guichet d'à côté sert 4 % ? Personne. Votre titre ne trouvera preneur qu'à un prix suffisamment décoté pour que l'acheteur, coupon faible compris, retrouve du 4 %. Pour un titre auquel il reste dix ans de vie, cette décote est de l'ordre du quart de la valeur. C'est toute la relation entre taux et prix obligataire : elle est inverse, et elle est arithmétique. La sensibilité de cette relation s'appelle la duration — plus l'échéance du titre est lointaine, plus son prix réagit violemment à une variation des taux. Une obligation à trente ans est, à cet égard, un amplificateur.
Or les assureurs français ont fait le plein d'OAT précisément pendant les années de taux nuls, entre 2015 et 2021. Chaque hausse du taux de marché depuis 2022 a creusé la moins-value latente de ces portefeuilles — latente, c'est-à-dire réelle économiquement mais non constatée comptablement tant que les titres ne sont pas vendus.
Pourquoi vous ne le voyez pas sur votre relevé
Le fonds en euros comporte une garantie du capital, et l'assureur comptabilise ses obligations au coût d'acquisition, pas au prix de marché. Votre relevé n'affichera donc jamais « −25 % ». La pénalité prend trois formes moins visibles.
Un, le rendement servi traîne : 2,65 % en moyenne en 2025, quand les émissions neuves du même État rapportent 4 % — vous portez le stock ancien, pas le taux nouveau.
