Quand le gouvernement veut faire le buzz avec une « fraiche spontanéité »

Quand le gouvernement veut faire le buzz avec une « fraiche spontanéité »


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Les émissions avec des influenceurs sur les réseaux sociaux, avec comme alibi bienpensant, la volonté de rappeler l’importance de chaque geste dans la lutte anti-Covid, est en réalité une opération de propagande gouvernementale. Ce que tout le monde a bien compris. Mais le Président Macron va lui-même s’adonner à ce genre de prestation dont le caractère éthiquement discutable doit être interrogé, alors que le porte-parole du gouvernement entend renouveler l’opération une fois par mois…

L’EXECUTIF A LA RECHERCHE D’UN LABEL DE MODERNITE

Emmanuel Macron, en juin de l’année dernière, s’était créé un compte sur TikTok pour féliciter les jeunes bacheliers. Et au mois de décembre, il avait accordé une interview au média en ligne Brut qui a été regardée par plus de 7 millions de personnes. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, organise, depuis la fin octobre, le dimanche soir, des tables rondes thématiques avec des influenceurs. Et il va lancer, à partir de ce soir, toujours sur sa plate-forme personnelle « Twitch » une émission mensuelle, qui va s’appeler « Sans Filtre » au cours de laquelle il fera un debrief du Conseil des Ministres.

Une présence qui en dit long sur l’importance stratégique que revêtent aujourd’hui les plateformes comme YouTube, Twitch ou Instagram aux yeux de l’exécutif.

LES INFLUENCEURS SONT LES HOMMES SANDWICHES DU XXI EME SIECLE.

Les influenceurs comme Mcfly et Carlito, ainsi que les réseaux qu’ils utilisent, sont de plus en plus convoités et investis par le pouvoir exécutif. La raison de cet intérêt tient au fait que ces réseaux et les influenceurs qui les investissent s’adressent essentiellement aux jeunes, entre 15 et 30 ans qui n’écoutent plus les médias mainstream et qui échappent donc aux canaux officiels de communication du pouvoir exécutif. (https://www.causeur.fr/gabriel-attal-enjoy-phoenix-pitres-a-clic-et-club-de-buzz-192433).

Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, s’est ainsi affiché récemment dans des vidéos en direct avec plusieurs influenceurs tels qu’EnjoyPhoenix, Tibo InShape ou encore Emma CakeCup.

Emmanuel Macron fait mine de s’improviser instagrameur dans des selfies, tel celui du défi lancé à Mac Fly et Carlito. Pari gagné : Macron sera la première personnalité politique à figurer au casting du concours d’anecdotes de Macfly et Carlito.

Cela s’inscrit dans le droit fil de la volonté affichée cet été de «se doter à l’Élysée d’une équipe commando, chargée de fournir des résultats, d’améliorer la lisibilité et le récit de l’action publique et de préparer la campagne de 2022 » autour de Clément Leonarduzzi, président de Publicis Consultants, branche Influence du groupe Publicis.

LE COVID 19 OBLIGE A REPENSER LES CANAUX DE COMMUNICATION TRADITIONNELS

Depuis le début de la pandémie, il y a un an, les déplacements du président de la République et des membres du gouvernement ont été réduits et les contacts avec la population se sont raréfiés. Les réseaux sociaux apparaissent donc comme une alternative, c’est aussi une manière de s’affranchir des intermédiaires, des médias traditionnels, et de s’adresser directement à la population. C’est quelque chose qu’il a théorisé et qu’il pratique beaucoup depuis son élection.

Comme en témoigne sa volonté affichée cet été de «se doter à l’Élysée d’une équipe commando, chargée de fournir des résultats, d’améliorer la lisibilité et le récit de l’action publique et de préparer la campagne de 2022 » autour de Clément Leonarduzzi, président de Publicis Consultants, branche Influence du groupe Publicis. Macron remanie (aussi) son équipe à l’Élysée – L’Express

Il y a aussi une intention plus séductrice et prosélyte. Car la jeunesse a, dans sa grande majorité, déserté le champ politique. On ne trouve presque plus de jeunes militants dans les partis, même à la France Insoumise et au Rassemblement National qui, il y a peu encore, faisaient figure de viviers. On l’a vu aux dernières municipales, les jeunes votent de moins en moins aux élections et se méfient beaucoup de la politique.

Emmanuel Macron en particulier, en se rapprochant des influenceurs, essaye de capter un peu de la confiance dont ils bénéficient auprès de leurs abonnés. Pour retrouver un peu de de crédit dans l’opinion qui juge globalement sa gestion de la crise du COVID 19 catastrophique, Il essaie de s’appuyer sur ce lien singulier, ce lien de confiance, qu’a tissé l’influenceur avec ceux qui le suivent.

UNE DEMARCHE QUI N’EST PAS SANS DANGER POUR LA DEMOCRATIE

Avec ce genre de vidéos, les influenceurs aident un candidat à se faire réélire, qu’ils l’assument ou pas, mais on est bien dans le combat politique.

Est-ce une manière de faire bien démocratique lorsque l’on sait que le site de Mcfly et Carlito appartient au groupe WEBMEDIA qui lui-même appartient à FIMALAC le groupe de Marc Ladreit de Lacharrière qui a soutenu Macron.

Le pari des deux influenceurs aurait été largement aidé par des référencements forcés. Qui pourrait avoir intérêt à payer des firmes de « bots » afin d’assurer le succès du défit envoyé par le Président ?

On passe insensiblement d’une communication gouvernementale à une communication partisane qui n’est plus la simple volonté de communiquer sur les gestes barrière. En témoigne l’explosion du budget du SIG dirigé par Marion Burlot qui passe entre janvier et septembre 2020de 14 millions à 26,2 millions sur fond de crise sanitaire ? L’Elysée semble plus prompte à investir dans la communication plutôt que dans la gestion de la crise elle-même.

Enfin Mcfly et Carlito n’étaient pas des inconnus pour notre Président ni pour la première dame. Ils avaient déjà conclu un partenariat en faisant la promotion du « Fond d’urgence Covid » mis en place par la Fondation des Hôpitaux de France, présidée par Madame Macron, et qui avait déjà défrayé la chronique avec la vente aux enchères des biens du Mobilier National très controversée. Mcfly et Carlito ont aussi aidé un syndicat étudiant, la « FAGE » qui aurait négocié en secret avec En Marche pendant la campagne présidentielle ?

Ces collaborations annoncent-elles un profond remaniement de la communication politique à l’approche des élections présidentielles ? Elles sont certainement un bon moyen d’éviter les journalistes indispensables à la démocratie.


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