Pourquoi l’enjeu du nucléaire est-il vital pour la France ? par Jean Goychman

Pourquoi l’enjeu du nucléaire est-il vital pour la France ? par Jean Goychman


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Alors qu’en 1975 la France était la deuxième économie mondiale, elle est maintenant reléguée en septième position. Notre industrie, déjà crépusculaire, va-t-elle pouvoir survivre à cette crise de l’énergie qui s’annonce comme majeure ?

Nos gouvernants ne semblent pas percevoir ni prendre la mesure de la menace qui pèse sur nous, préférant « faire de la communication » pour justifier leurs actions pourtant contradictoires. Cette politique qui tient à la fois « de l’autruche » et « du fil de l’eau » n’est pas à la hauteur des enjeux véritables. Le flou (qui n’a rien d’artistique) qui entoure les décisions (ou plutôt l’absence de décisions) sur des sujets aussi vitaux que le nucléaire, n’est pas rassurant quant à la maîtrise, voire la simple connaissance que nos dirigeants politiques ont dans ces domaines.

Réduire la production d’énergie est devenu un mode de gouvernement

La mécanisation et l’énergie nécessaire au fonctionnement des machines sont à l’origine des révolutions industrielles. Diminuer l’offre énergétique avec en corollaire l’augmentation de son coût est un moyen très efficace pour désindustrialiser un pays. Il est frappant de constater que, depuis plus d’une décennie, les gouvernements successifs se sont appuyés sur la menace d’un réchauffement climatique anthropique pour diminuer les ressources énergétiques de notre pays.

Après avoir préparé les esprits à la nocivité des hydrocarbures pendant plusieurs années de campagnes de communication, c’est en 2017 que la France est devenue le premier pays à interdire sur son sol la recherche et l’exploitation des produits pétroliers. Pourtant, les premières recherches concernant les éventuels gisements de gaz et de pétrole de schiste s’avéraient très prometteuses.

Avec le recul, on peut s’étonner aujourd’hui d’une telle décision lorsque nous nous apprêtons à acheter à grands frais du pétrole américain provenant de l’exploitation des schistes ? Où est la logique ?

La loi portant sur la « transition énergétique » adoptée en 2015 était du même tonneau. Toujours moins d’énergie et toujours plus chère. Sous des habits écologiques, cette loi dite « de croissance verte » s’en prenait également, on peut se demander pourquoi, à l’énergie nucléaire.

Cette énergie, abondante et très bon marché, fournissait 75% de la production d’électricité nationale

et elle devait être ramenée à 50% en 2030 sans raison évidente. C’est un indice manifeste qu’il y avait bien autre chose derrière ce paravent.

Pourquoi nier cette évidence ?

La France avait jusque-là fait un « sans faute » en faisant du nucléaire la colonne vertébrale de notre production énergétique et, jusqu’à un passé récent, était même exportatrice d’électricité auprès de nos voisins. La mise à mort de cette filière nucléaire a commencé sans bruit en 1997 avec l’arrêt du programme « Super-phénix ». La revue des anciens élèves de l’école polytechnique « La jaune et la rouge » avait qualifié à juste titre cette décision d’ « exécution sans jugement » dans un remarquable article de Georges Vendryes, lui-même issu de cette prestigieuse école.

Anodin en apparence, l’arrêt de ce programme condamnait à terme toute la filière, car c’était l’élément qui permettait de refermer le cycle. Dans un premier temps, on enrichissait l’uranium civil afin de l’utiliser comme combustible pour les réacteurs à fission. Cette fission laissait des produits résiduels, souvent qualifiés de « déchets radio-actifs ». Or, ces fameux déchets fournissaient un argument de poids aux anti-nucléaires, qui avaient centré sur lui leurs campagnes de dénigrement. En réalité, ces produits étaient le combustible des futurs réacteurs dits de quatrième génération, utilisant la filière dite « à neutrons rapides ». Cela devait être l’aboutissement du programme nucléaire, qui nous conférerait une véritable autonomie énergétique puisque aujourd’hui, on estime que ces produits de fission pourraient fournir environ 10 siècles de production électrique, tout en résolvant le problème de ces résidus radio-actifs de longue période.

On voit bien l’importance quasi-vitale de cette décision purement politique. Plus récemment, le gouvernement d’Emmanuel Macron a enterré les programmes Astrid. Ce programme dit « de quatrième génération » reprenait les bases du super-phénix et aurait permis de retraiter plusieurs fois le plutonium et même d’en produire davantage que celui qu’il consommait.

L’abandon sans raison sérieuse de ce projet a démotivé tous les secteurs, mais peut-être était-ce le but recherché ?

Autre difficulté : la vente d’Alstom à GE a entraîné la cession de la société Arabelle. Cette cession, anodine en apparence, présentait pourtant un énorme danger sur le plan stratégique, car cette entreprise produisait toutes les turbines entraînées par des générateurs de vapeur d’origine nucléaire. Elles équipaient non seulement le parc des réacteurs de nos centrales, mais également celles des réacteurs « embarqués » sur nos sous-marins ou sur le porte-avion Charles de Gaulle. EDF, après avoir trainé les pieds, doit maintenant à tout prix racheter cette entreprise qui détient tous les brevets qu’elle exploite et la facture risque d’être « salée », car on ne connaît pas les conditions dans lesquelles l’exploitation des brevets se poursuivra.

Une communication « à sens unique »

Tous les arguments qui pouvaient servir à dénigrer le nucléaire, quelquefois même contraires à la vérité, ont été utilisés. Par contre, tout ce qui pouvait lui être favorable était passé sous silence.

C’est ainsi que le prix Nobel de physique décerné à Gérard Mourou pour ses travaux sur la transmutation des déchets radio-actifs produits de la fission nucléaire n’a strictement aucun écho dans les médias « mainstream ». Seuls « La tribune » et « l’usine nouvelle » et peut-être quelques autres parutions spécialisées, s’en étaient fait l’écho. Pourtant, ses travaux ouvraient également la voie vers une solution pour le traitement des déchets radio-actifs de période longue.

Cela donne l’impression d’un processus méthodique mis en place afin de justifier l’abandon du nucléaire dans l’indifférence générale. Et c’est que qui s’est passé. Dès l’instant où le gouvernement avait décidé à terme de réduire avant de cesser l’activité des centrales nucléaires, un certain nombre de décisions opérationnelles s’imposaient, parmi lesquelles l’arrêt programmé des opérations d’entretien des réacteurs. Et cela ne tarda pas à porter ses fruits.

L’incohérence de la fermeture de Fessenheim et de l’arrêt d’Astrid

La décision d’arrêt Fesseinhem a été prise au titre de l’absence de maintenance effectuée, aux dires de la ministre Prunier-Renacher, alors que les travaux nécessaires à la prolongation de l’exploitation de cette centrale demandée par l’Agence de Sécurité Nucléaire avaient été réalisés et payés par EDF. L’équipe de programme d’Eric Zemmour, composée de spécialistes de très haut niveau et très au fait de la situation, avait vu cette incohérence et avait préparé une lettre moratoire à signer par le candidat, et demandant le report de la décision d’arrêt. Aucune suite ne fut donnée par l’équipe rapprochée d’Eric Zemmour. Marine Le Pen essaya également, mais sans succès d’obtenir un moratoire. La sénatrice LR Sophie Primas fit une intervention dans le même sens, mais rien n’y fit. On constate aujourd’hui combien les deux réacteurs de cette centrale nous font défaut.

Le futur n’est guère plus engageant

On parle de démarrer six nouvelles tranches d’EPR, dont l’amortissement prendra plusieurs décennies alors que tout porte à croire que le processus de fusion qui rendra caduque une bonne partie des réacteurs à fission arrivera d’ici une quinzaine d’années. Là encore, trop tard. Quel contretemps et quelle incohérence !

Par contre, le programme « Astrid » qui aurait permis d’utiliser un combustible non seulement totalement gratuit, mais de plus en plus coûteux à conserver, semble définitivement enterré.

Pourquoi nos dirigeants font-ils preuve d’une telle opiniâtreté dans l’erreur ?

Pourtant, beaucoup de voix se sont élevées, et non des moindres, comme celle de Jean Bernard Lévy, pour tenter de les ramener à une vision plus conforme à l’intérêt du pays, mais rien ni personne ne semble avoir la moindre prise sur eux. Ils apparaissent comme « murés dans leur certitude ».

Très récemment, des personnalités comme Yves Brechet ou Loïc Le Floch Prigent sont sorties de leur réserve, avec des arguments pourtant incontournables, mais se sont vues opposer une fin de non-recevoir de la part de ce gouvernement qui continue plus que jamais à nier les évidences.


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