Pourquoi la désindustrialisation ? un patron alsacien répond !

Pourquoi la désindustrialisation ? un patron alsacien répond !


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Olivier Ringenbach, patron dans le textile, a bien voulu nous dire pour quelle raison, selon lui ! la France perd ses usines. Un témoignage de "terrain" qui rappelle des vérités prémières?

La désindustrialisation n'est pas un simple déclin économique, mais bien le symptôme d'une pathologie profonde et systémique de notre modèle économique. L'analyse se détourne des explications conventionnelles (coût du travail, concurrence étrangère) pour se concentrer sur des causes structurelles, souvent invisibles, qui rendent ce déclin inévitable.

Le premier grand coupable identifié est la financiarisation de l'économie. Depuis plusieurs décennies, l'objectif des grandes entreprises n'est plus la croissance à long terme, l'innovation ou le bien-être des salariés, mais la maximisation à court terme de la "valeur pour l'actionnaire". Cette doctrine impose aux dirigeants une tyrannie des résultats trimestriels. Pour satisfaire les marchés financiers, il devient plus rentable de procéder à des rachats d'actions (qui augmentent artificiellement la valeur du titre) ou de verser des dividendes généreux que d'investir dans la modernisation d'une usine, la recherche et développement ou la formation.Le capital, au lieu d'irriguer l'économie réelle, est ainsi aspiré par une ingénierie financière déconnectée de la production. 

Cette logique est amplifiée par l'inefficience fondamentale des marchés financiers. Contrairement à la théorie, le cours d'une action ne reflète pas la valeur réelle d'une entreprise, mais les "anticipations" collectives et souvent irrationnelles des investisseurs. Pour qu'un cours continue de monter, il ne suffit pas qu'une entreprise soit rentable ; il faut qu'elle surpasse constamment les attentes, une exigence mathématiquement intenable. Ce système pousse les dirigeants à privilégier le court terme et à extraire le maximum de valeur de l'outil industriel avant de le laisser péricliter. L'industrie n'est donc pas simplement délaissée, elle est activement "vidée" de sa substance par un système financier qui fonctionne mal et récompense l'extraction plutôt que la création de valeur durable. 

Enfin, l'analyse élargit la perspective à une crise biophysique. Le modèle industriel hérité du XXe siècle repose sur le postulat d'une croissance matérielle infinie sur une planète aux ressources finies. Cette contradiction fondamentale est devenue intenable. La poursuite de la croissance à tout prix mène mathématiquement à l'épuisement des ressources et à une pollution qui finit par paralyser le système productif lui-même. La logique du capitalisme, qui consiste à externaliser les coûts environnementaux pour maximiser les profits, est un mécanisme d'autodestruction. Dans ce cadre, la désindustrialisation des pays riches n'est pas un accident, mais un signe avant-coureur de la saturation du système mondial. Le "vrai problème" n'est donc pas de savoir comment relancer la vieille machine industrielle, mais de reconnaître que ce modèle est arrivé à ses limites physiques et qu'il faut en inventer un nouveau.  

Les quatre raisons fondamentales de la désindustrialisation

En s'appuyant sur ce diagnostic, on peut synthétiser les causes de la désindustrialisation française en quatre crises interdépendantes qui se renforcent mutuellement.

1. La crise financière et corporative : l'extraction de valeur

Le moteur principal est la transformation de la gouvernance d'entreprise. La primauté absolue accordée à la valeur actionnariale a détourné les entreprises de leur mission productive. Les bénéfices, au lieu d'être réinvestis dans l'outil de production, la R&D et les compétences, ont été massivement redirigés vers les actionnaires via des dividendes et des rachats d'actions. Ce court-termisme imposé par les marchés financiers a provoqué un sous-investissement chronique, rendant le tissu industriel français de moins en moins compétitif. L'industrie a été traitée non pas comme un actif à développer, mais comme une "vache à lait" financière à exploiter jusqu'à l'épuisement. 

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