Plus chère que l’évasion fiscale, l’évasion sociale qui coûte 100 milliards…

Plus chère que l’évasion fiscale, l’évasion sociale qui coûte 100 milliards…


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L’évasion fiscale est l’une des tartes à la crème de la bienpensance officielle. De façon totalement irrationnelle, circule le chiffre de « 80 milliards » d’évasion fiscale chaque année, chiffre, martelons-le, qui ne repose sur aucun élément sérieux. Très sérieusement, en revanche, on peut souligner qu’il existe une « évasion sociale » en France : ce sont les 100 milliards € annuels de protection sociale que la France dépense de plus que ses partenaires européens. Réaffectés à l’économie réelle, ils règleraient bien des problèmes.

L’évasion sociale est très bien décrite par les derniers chiffres de l’INSEE et d’Eurostat. Ils comparent les dépenses de protection sociale entre pays membres de l’Union. Le graphique ci-dessus résume parfaitement la situation : la France dépense 5 points de PIB de plus que la moyenne européenne pour « protéger » sa population. Soit une somme de 100 milliards € annuels, environ, qui sont soustraits à l’économie réelle pour assurer des revenus de remplacement totalement stériles pour la prospérité collective.

La gabegie de l’évasion sociale en France

Si la France consacrait le même effort moyen que ses voisins à sa protection sociale, elle dégagerait immédiatement 100 milliards € (5 points de PIB) pour relancer son activité et laisser respirer ses forces vives. Si elle se contentait de fournir le même effort que l’Allemagne, elle dégagerait immédiatement 60 milliards € d’économie, soit l’équivalent du budget de l’Education Nationale…

Ces chiffres soulignent combien le « modèle social français » est devenu un boulet dont le poids à tirer est insupportable pour les générations futures.

Dans cet ensemble, ce sont évidemment les retraites et les dépenses de santé qui représentent l’essentiel. Les chiffres indiqués sont ceux de 2018, ils n’intègrent donc pas les extravagantes dépenses du Ségur de la santé. Et, en 2018, déjà, les dépenses de santé représentaient 11,3% du PIB (ce qui fait de la France la deuxième puissance sanitaire d’Europe après l’Allemagne, qui est 11,5% du PIB). Si l’on ajoute à cette somme les 14% de PIB consacrés aux retraites, on comprend où se situe le trou d’air qui perturbe la croissance de notre pays.

Entre des dépenses de santé colossales mais mal utilisées, comme l’ont montré nos défaillances dans la gestion du COVID, et des cadeaux ahurissants faits aux retraités, qui ont assez peu cotisé durant leur vie professionnelle et sont partis trop tôt aux frais des jeunes générations (cloîtrées depuis un an pour limiter la mortalité des plus de 70 ans…), la France marche sur la tête et joue socialement à guichets ouverts alors qu’elle n’en a plus les moyens.

On lira sur ce dernier point, avec grand intérêt, l’article de Bertrand Nouel qui mesure clairement comment la protection sociale en France a ralenti, depuis plusieurs décennies, la croissance du PIB et se trouve aujourd’hui disproportionnée par rapport aux moyens réels de notre pays.

100 milliards € à remettre dans l’économie réelle

Si Bercy décidait donc d’arrêter de marcher sur la tête en matraquant toujours un peu plus les forces vives du pays pour financer des dépenses somptuaires, mais au contraire diminuait les dépenses somptuaires (à commencer par les exorbitantes retraites des fonctionnaires) pour encourager la croissance, on mesure immédiatement les effets bénéfiques que cette inversion courageuse des priorités aurait pour la prospérité collective. D’un coup, 100 milliards seraient réinjectés pour favoriser l’investissement, l’innovation et l’emploi. Cette somme correspond au différentiel de compétitivité entre la France et l’Allemagne, qui explique la désindustrialisation progressive de notre pays.

De ce point de vue, la décision d’inverser nos priorités (choisir les forces vives plutôt que la « protection » qui rime si fortement avec bureaucratie) constituerait un signal très fort de volonté de renouer avec la croissance.

Ce signal ne peut être donné qu’en adoptant deux réformes fondamentales :

  • la première consiste à élaguer les couches bureaucratiques qui parasitent les dépenses de santé, notamment dans les hôpitaux publics, en y supprimant au moins 100.000 emplois de bureaux
  • la seconde consiste à chambouler notre système de retraite, avec un report clair et net de l’âge de départ, et un alignement du régime des fonctionnaires sur celui du secteur privé.

Pourquoi la caste craint cette réforme systémique ?

Il est évidemment bien simple de réclamer toujours plus de taxes pour les entreprises et les riches, que de supprimer les dépenses inutiles, qui profitent à une myriade de bureaucrates à l’abri des vicissitudes (et si souvent prompts à se mettre en grève pour réclamer plus de « solidarité » et de « moyens », étant entendu qu’ils sont toujours les seuls à profiter de ce supplémentr d’efforts collectifs). Ce qui est surprenant, c’est la complaisance dont la caste au pouvoir en France fait preuve à l’égard de ces solliciteurs, alors que les pays du Nord de l’Europe ont fait le choix de réformes courageuses.

On ne dira jamais assez le lien « sociologique » et pour ainsi dire endogamique entre les managers publics qui ont pris le pouvoir en France et l’armée de petits fonctionnaires qu’ils ont constituée au nom du « modèle social français » pour tenir le pouvoir. Ces deux groupes sociaux distincts se sont par ailleurs ménagé de nombreux alliés. Ce sont les 7 ou 8 millions de bénéficiaires de minima sociaux, qui survivent vaille-que-vaille dans la France périphérique sans travailler, et ce sont ces dirigeants de grandes entreprises nourries au biberon du capitalisme de connivence, qui ont structurellement besoin de l’Etat pour continuer à faire des affaires.

Cet écosystème de « bénéficiaires » (à Rome, on parlait de « clients ») s’entend à merveille pour tondre la bête année après année, se satisfaisant sans vergogne d’un lent déclin qui permet à chacun de trouver son bonheur en dilapidant progressivement l’héritage. Et s’il fallait interrompre ce cycle toxique, on mesure combien de gens perdraient dans cet arrangement commode, à commencer par les hiérarques de la technostructure eux-mêmes.


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