{PAYANT] Les droites de Husson n°56 – Toutes ces questions que les droites ne traitent pas pendant qu’elles se laissent enfermer dans les débats du microcosme parisien
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

{PAYANT] Les droites de Husson n°56 – Toutes ces questions que les droites ne traitent pas pendant qu’elles se laissent enfermer dans les débats du microcosme parisien


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Les droites sont indécrottables. Ayant accepté depuis quarante ans les termes du débat imposés par la gauche, elles n'en finissent pas de se morfondre de ce sparadrap qui leur colle au doigt, l'accusation de "racisme". Alors que Marine Le Pen avait bien mené sa barque depuis les législatives, elle va payer, avec le scandale de Fournal, son obsession de respectabilité. Eric Zemmour tourne en rond sans comprendre qu'il n'a pas dépassé 8% pour une raison simple: il n'est pas allé à la rencontre de la majorité des Français, ceux qui n'habitent ni à Paris ni dans les métropoles. En réalité, cela fait longtemps que le corps électoral français a tranché en faveur d'une politique stricte d'immigration contrôlée. Nicolas Sarkozy l'avait compris en 2007 mais il n'aurait pas supporté de ne plus être aimé par le "microcosme". Marine Le Pen le sait mais n'arrive pas à en faire un levier parce qu'elle n'est pas capable d'occuper tous les autres terrains où elle pourrait tailler des croupières aux macronistes et aux mélenchoniens. Qaunt aux Républicains, faut-il encore en parler quand ils ont voté, à l'unisson de NUPES et des macronistes  la sanction d'exclusion de Grégoire de Fournas?

Tempête dans le microcosme

Cette affaire va se retourner comme une crêpe. Victimisation du #RN sur une phrase brutale, mais non raciste, et à laquelle souscrivent les 2/3 des Français. Illustration exemplaire du divorce entre élite mediatico-politique et opinion publique. https://t.co/xbn9ezGgTw

— Christophe de Voogd (@chdevoogd) November 4, 2022

Patatras ! La machine était tellement bien huilée: le Rassemblement National avait fait un sans faute depuis les élections législatives. Et puis Grégoire de Fournas pousse un cri comme l’Assemblée Nationale en connaît tellement depuis ses origines; mais ce qu’il dit n’a pas l’heure de plaire à la bien-pensance qui règne sur la France depuis les années 1980, et qui se nourrit de la moindre occasion….Et voilà que notre député écope d’une exclusion de quinze jours! Surtout, comme l’analysait Eric Verhaeghe hier, la saillie d’un député vient au plus mauvais moment: le gouvernement était sur la défensive; le Rassemblement National s’apprêtait à élire son nouveau président. Marine Le Pen était en train de s’affirmer comme le chef incontestable de l’opposition à Macron. 

J’en connais, chez Reconquête, qui ricanent: il y a quinze jours, on reprochait au parti d’Eric Zemmour d’en faire trop sur le meurtre de Lola. (au fait, qui en parle encore?). 

Et puis, chez (ce qui reste de) LR, on se réjouit aussi, à l’unisson de la macronie et de NUPES: on vous l’avait bien dit. Le RN est infréquentable. Nous avons bien raison de continuer à chuter dans les sondages comme nous faisons! 

Les Parisiens ne savent pas qu'une politique de contrôle de l'immigration et de défense de l'identité rassemble 35% des Français au premier tour

Quand on doit prendre le bus avec les mémés pour aller à la piscine municipale de Carmaux (notre photo) on ne vote pas pour le type qui a un abonnement de 7000 euros annuels au bassin du Ritz (notre photo) surtout quand le type répond qu’il n’a pas l’intention de changer de vie pic.twitter.com/2TmdCiAFkW

— Campagnol tvl (@TvlCampagnol) September 22, 2022

En réalité, ce sont les trois composantes principales de la droite qui se trompent.

Le Rassemblement National ne voit pas que ce qui lui assure sa force, c’est son enracinement dans les milieux populaires. Et cet électorat ne se pose même pas la question de savoir ce qui est « raciste » ou non. Cela fait quarante ans que les Le Pen attirent en vain l’attention sur l’immigration abusive, légale ou illégale. Ces électeurs-là n’ont absolument pas fait attention à la « nouvelle respectabilité » de Madame Le Pen. Cet enjeu n’intéresse que « le microcosme », comme disait Raymond Barre. 

Chez Reconquête, on se demande si on ne s’est pas enfermé dans les questions d’immigration et d’identité. Ou bien on ne comprend pas qu’elles n’intéressent pas plus les Français. Mais là aussi, c’est une erreur. Zemmour a fait 7,5% grâce à un fort enracinement dans les classes moyennes supérieures alors même qu’il axait toute sa campagne, en effet, sur l’identité. Etant donné que le candidat a négligé quasi-totalement la presse régionale et que sa façon de faire campagne a consisté, entre deux séances de piscines au Ritz, à écumer, si l’on ose dire, les studios de télévision parisiens et sauter une fois par semaine dans le TGV pour aller prononcer un discours (du reste toujours excellent) devant un public acquis à sa cause, on ne peut que constater combien la bourgeoisie est maintenant à l’unisson du peuple: si l’on additionne les électorats de droite, on a un bloc représentant le tiers de l’électorat au premier tout qui est acquis – depuis longtemps (voir Sarkozy 2007) – à l’idée que l’immigration doit être contrôlée, que cette absence de contrôle est un facteur majeur de l’insécurité et que l’identité française est en danger. 

Chez Les Républicains, on ne l’a pas compris: mais parce qu’on n’a jamais analysé les vraies raisons de l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 et dse sa défaite en 2012. Entre 2007 et 2021, le parti avait perdu 1% par an, en moyenne, dans l’opinion. L’élection présidentielle de 2022, du fait de la candidature d’Eric Zemmour, a accéléré la chute, ringardisant définitivement le parti héritier du chiraquisme et du giscardisme. 

Il est donc essentiel de comprendre que Grégoire de Fournas ne fera perdre aucun électeur à Madame Le Pen. La fermeté sur les questions identitaires et le contrôle de l’immigration est une condition nécessaire pour rassembler à droite. Et l’électorat qui l’attend n’est pas effrayé par les positions qui mobilisent un front du refus ou par des propos qui causent un lynchage à l’Assemblée: contrairement à beaucoup, je pense que le problème de la proposition de Zemmour sur l’obligation de donner un premier prénom pris dans la tradition française n’était pas son radicalisme mais son irréalisme. Elle n’a pas fait perdre une voix à Zemmour. Ce qui l’a fait empêché de confirmer sa montée à 16% dans les sondages mi-février, c’est de n’être jamais allé dans les petites et moyennes villes dire aux habitants qu’il savait que la réinstallation administrative d’étrangers récemment immigrés était une réalité et qu’il souhaitait inverser cette tendance. 

Tous ces sujets que les droites n'imposent pas dans le débat national

En réalité, l’enjeu n’est plus de savoir si l’on « récupère » le meurtre de Lola ou si telle interjection à l’Assemblée déclenche le bal des Tartuffe. Il est dans tous les sujets que les droites ne traitent pas pendant qu’elles se laissent accaparer par les polémiques du microcosme.  Je les liste sans hiérarchisation; mais je toutes les familles de droite se retrouveront sur la majorité des items dans la liste. L’enjeu est de tous les traiter, en se rassemblant, chacun avec ses forces et ses affinités:  Une fois que l’on a dit que la lutte contre l’immigration incontrôlée, l’insécurité, l’emprise de l’islamisme, l’emprise idéologique du gauchisme sur la justice, l’insécurité, le manque de places de prison font nécessairement partie d’un programme de droite, il reste tous les autres sujets que les droites n’amènent pas suffisamment dans le débat public: 

  • le renoncement de nos gouvernements à défendre la langue et la culture française dans le monde alors que notre langue a tous les atouts pour être apprise comme « la langue de la liberté ».
  • la négligence de l’entretien du patrimoine alors que l’épargne des Français pourrait être mobilisée intelligemment.
  • Le déclin de notre effort de recherche scientifique alors qu’il serait urgent de faire revenir nos jeunes talents scientifiques et d’attirer les meilleurs étrangers.
  • l’effondrement de l’école de la République tuée par une administration « soviétique ». 
  • …et son revers, l’ingérence toujours plus prononcée de l’Etat dans l’éducation des enfants, ses contenus et ses normes. Alors que la famille devrait être considérée comme un sanctuaire des libertés. 
  • la fin de l’école comme lieu privilégié de l’assimilation des étrangers à notre nations de citoyens libres. 
  • l’absence de formation de notre jeunesse aux métiers de l’industrie, à la maîtrise active des outils numériques, à un entrepreneuriat productif.
  • la désindustrialisation en général.
  • l’obsolescence de notre dissuasion nucléaire face aux progrès russes (armes hypersoniques, Poséidon). 
  • notre déclin militaire. 
  • notre soumission à l’OTAN.
  • la dérive fédéraliste des institutions européennes.
  • l’emprise démesurée des grandes organisations internationales et de normes qui n’ont rien à voir avec la liberté d’échanger, de produire, de circuler, d’investir.  
  • l’incapacité de nos gouvernements à accepter, depuis quinze ans, la fin des relations privilégiées entre la France et l’Allemagne et à penser une politique étrangère équilibrée où l’Union Européenne absorbe au maximum 1/3 de notre action extérieure.  
  • notre absence de facto des décisions stratégiques, militaires, économiques concernant la Méditerranée. 
  • la rupture civilisationnelle, scientifique, militaire, économique, du reste de l’Europe avec la Russie. 
  • le danger de l’emprise néo-totalitaire chinoise sur nos économies et nos sociétés.
  • le capitalisme de surveillance.
  • l’absence de souveraineté numérique française. 
  • la négligence de nos territoires d’outre-mer, qui sont l’un des atouts de notre puissance au XXIè siècle.
  • le déclin  accéléré de notre influence en Afrique. 
  • l’absence de maîtrise de nos frontières. 
  • l’obésité du secteur public dans la part des emplois en France.
  • la dette publique. 
  • le capitalisme de connivence et son revers, le mépris des PME.
  • le matraquage fiscal
  • la bureaucratie centrale ou locale.
  • la prolifération législative.
  • la centralisation excessive.
  • la pauvreté croissante, d’autant plus impossible à éradiquer que le macronisme aggrave chaque jour ses causes: obésité de l’Etat, mondialisation sans protection des Français etc….
  • l’inflation et la perte de pouvoir d’achat monétaire.
  • la censure et toutes les atteintes à la liberté d’expression.
  • l’idéologisation du service public d’information.
  • l’emprise de l’individualisme nihiliste appelé souvent « wokisme ».
  • l’écologie punitive et, d’une manière générale, tous les produits idéologiques frelatés du Forum Economique mondial. 

Cette liste n’est certainement pas exhaustive. 

Beaucoup, à droite, travaillent sur ces sujets. Mais quand nos représentants politiques en feront-ils des sujets de discussion, en imposant enfin au macrono-mélenchonisme les termes du débat? 


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