Mercosur: l'hypocrisie d'un gouvernement qui négocie ce qu'il dénonce

Mercosur: l'hypocrisie d'un gouvernement qui négocie ce qu'il dénonce


Partager cet article

L'administration Macron s'oppose à l'application provisoire du traité Mercosur, qualifiant cela de "viol démocratique". Une posture hypocrite d'un exécutif pro-UE. Derrière cette indignation , se cache pourtant l’impuissance programmée d’un gouvernement français qui a lui-même forgé les outils de sa propre dépossession souveraine.

Alors que les eurodéputés ont choisi de saisir la Cour de justice de l’Union européenne (UE) pour vérifier la conformité de l’accord sur le Mercosur avec le droit européen, la Commission européenne envisage d’appliquer le traité à titre provisoire. Le gouvernement s’oppose férocement à cette décision.

Une forme de viol démocratique

Réunis à Strasbourg le mercredi 21 janvier dernier, les eurodéputés ont voté pour la saisine de la Cour de justice de l’UE afin de vérifier la conformité de l’accord commercial UE-Mercosur avec le droit européen, une décision saluée par les agriculteurs.

Mais la Commission européenne a déclaré que Bruxelles est prête à appliquer le traité à titre provisoire et qu’elle a le droit de procéder ainsi.  Jeudi matin, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement français, a sorti le grand jeu. Elle a dénoncé sur Europe 1 et CNews une potentielle application provisoire du traité de libre-échange UE-Mercosur comme un "viol démocratique".

Mercosur : chronique d’une soumission annoncée, par Veerle Daens
Le spectacle est rodé, les costumes sont de sortie et la mise en scène est impeccable. À Paris, on assiste à une tragédie grecque jouée par des acteurs de boulevard : le grand « Non » français au Mercosur. On sort les fourches, on bloque les routes, et les ministres se succèdent sur

Cette réaction suit la saisine de la Cour de justice de l'UE (CJUE) par le Parlement européen, qui pourrait retarder de 18 mois la ratification complète. Pourtant, Bruxelles exprime sa "profonde déception" face au vote serré, insistant sur l'urgence face aux menaces douanières de Donald Trump.

Bregeon n'a pas mâché ses mots : imposer le traité provisoirement serait "profondément délétère" pour le lien entre peuples et UE. Elle attaque von der Leyen, affirmant que celle-ci n'incarne pas l'UE, réservée aux eurodéputés, chefs d'État et peuples.

Libre-échange avec le MERCOSUR : par-delà la mythologie, par Elise Rochefort
Certains débats transcendent les clivages politiques et révèlent les tensions profondes de notre époque. Celui sur le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur en fait partie. Signé en 2019, révisé en 2024, cet accord cristallise les espoirs des uns et les craintes des autres, entre ceux

De son côté, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, en visite dans la Manche, qualifie cela de "trahison" et "déni démocratique", refusant que la Commission ou le Conseil appliquent le texte même si légalement possible. Ces propos font écho à l'opposition française, craignant des importations agricoles bon marché d'Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay, menaçant les fermiers locaux.

Déclarations choc et hypocrisie flagrante

Le mécanisme est bien huilé : on divise l'accord en deux (le fameux "splitting"). La partie commerciale, de compétence exclusive de l’UE, peut être appliquée sans l’aval des États membres.

Mercosur : Macron joue double jeu au profit de Bruxelles
Sous couvert d’attendre la “finalisation” de la Commission européenne, Emmanuel Macron semble préparer un revirement sur l’accord UE-Mercosur. En 2019, à Osaka (G20) , il promettait un “accord équilibré”. En 2025, il semble prêt à le valider, quitte à sacrifier les agriculteurs. Le mardi 28 octobre, 44 organisations de

Cette situation n’est pas sans rappeler le traitement réservé au rejet du traité constitutionnel européen par les Français en 2005. Le « non » clair avait été suivi par l’adoption du traité de Lisbonne, reprenant l’essentiel du texte initial.

Aujourd’hui, le mécanisme est similaire : face à des résistances politiques et populaires, l’exécutif européen brandit la possibilité d’une application provisoire pour imposer un accord dont les conséquences restent controversées. Bruxelles « regrette » le vote du Parlement mais n’exclut pas de passer en force, invoquant des retards « déraisonnables ».

Si la France n’est pas écoutée, une conclusion s’impose : il faut partir de l’Europe. De toute façon, on avait voté « non » pour y rentrer. Le bras de fer actuel sur le Mercosur est symptomatique d’une Union européenne qui privilégie l’agenda commercial au détriment de la souveraineté démocratique des nations. La seule réponse cohérente est le retour à l’autodétermination nationale.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
L'axe israélo-américain appelle Poutine au secours pour éviter une grave récession mondiale, par Thibault de Varenne

L'axe israélo-américain appelle Poutine au secours pour éviter une grave récession mondiale, par Thibault de Varenne

L'administration Trump, après avoir embrasé le Moyen-Orient dans une opération conjointe avec Israël contre l'Iran, se voit contrainte à une manœuvre d'un cynisme achevé : réclamer l'oxygène du pétrole russe pour ne pas étouffer l'économie américaine et mondiale avant les élections de mi-mandat. OPTIMISATION FISCALE 2026 - UN GUIDE À NE PAS MANQUER Dites adieu au Pinel et maîtrisez la nouvelle ère de l’investissement locatif! Avec l’entrée en vigueur du dispositif Jeanbrun le 2


Rédaction

Rédaction

ALERTE : Mojtaba Khamenei peut-être gravement blessé par les Israélo-américains, par Elise Rochefort

ALERTE : Mojtaba Khamenei peut-être gravement blessé par les Israélo-américains, par Elise Rochefort

Le secrétaire à la Défense américain, Pete Hegseth, a jeté un pavé dans la mare ce vendredi en affirmant que Mojtaba Khamenei, fraîchement nommé Guide suprême de l'Iran, serait « blessé et probablement défiguré ». Les points clés de l'annonce : * Une absence suspecte : Hegseth souligne que le nouveau leader n’est apparu dans aucune vidéo ni message audio depuis sa prise de fonction, se contentant d'un communiqué écrit jeudi. « L'Iran ne manque pourtant pas de caméras », a ironisé le chef


Rédaction

Rédaction

L’IA et le droit : quels métiers vont disparaître, quels métiers vont apparaître?

L’IA et le droit : quels métiers vont disparaître, quels métiers vont apparaître?

Un « Great Reset » frappe désormais de plein fouet l'un des derniers bastions de la classe moyenne intellectuelle : les professions du droit. Aujourd'hui, je passe en revue les transformations, positives et négatives, que l'IA va produire dans ce domaine. La fin des « scribes » : ce que la machine va dévorer Le premier choc est celui de la productivité brute. On estime que 44 % des tâches juridiques actuelles sont automatisables. Pour le dire sans détour, le modèle économique fondé sur la fac


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

L'humeur de Veerle Daens : expatriés à Dubaï, l'indécence jusqu'à plus soif !

L'humeur de Veerle Daens : expatriés à Dubaï, l'indécence jusqu'à plus soif !

Mes chers amis, posez vos flûtes de champagne de seconde zone, car le spectacle qui se joue sous nos yeux est d’une drôlerie qui confine au sublime de l'avachissement, comme dit Eric Verhaeghe. On frôle l’art abstrait, ou plutôt l’art de l’absence : l’absence totale de décence, de logique et, surtout, de mémoire. Avez-vous lu les complaintes déchirantes de nos « expatriés » de luxe au Moyen-Orient ? Ces braves gens, partis avec tambours et valises vers des cieux où l’impôt sur le revenu est une


CDS

CDS