Menaces douanières de Trump: l’UE se prépare au pire

Menaces douanières de Trump: l’UE se prépare au pire


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Menacé par des droits de douane imposés par Donald Trump à partir du 1er août, Bruxelles intensifie ses négociations avec les États-Unis. L’UE envisage à tout prix un accord pour éviter une guerre commerciale, tout en préparant en parallèle un arsenal de contre-mesures.

Donald Trump a menacé d’appliquer des droits de douane de 30% pour toutes les exportations de l’Union Européenne (UE) à partir du 1er août. Les responsables de Bruxelles viennent d’entamer une semaine de négociations intensives en vue de conclure un accord commercial avec les Etats-Unis. Ils se préparent au pire.Mais selon des sources proches du dossier, les discussions n’ont pas encore permis de débloquer une solution viable. L’UE se dit prête à accepter un accord partiellement déséquilibré – en faveur des États-Unis. Voilà pourquoi, les préparatifs de riposte en cas d’absence d’accord sont déjà lancés.

Les négociations en cours, les résultats incertains

Dans une lettre adressée à l’UE au début du mois de Juillet, Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane de 30% sur divers produits européens à compter du 1er août. A part la taxe universelle, un tarif douanier de 25% sera appliqué sur les voitures et les pièces détachées auto. Le double sera en vigueur sur l’acier et l’aluminium. Le président américain a aussi menacé d’imposer des tarifs douaniers importants sur les produits pharmaceutiques.

Selon l’estimation des responsables bruxellois, les droits américains couvrent déjà environ 70% des exportations en Europe, soit un montant total de 380 milliards d’euros.  Depuis la semaine dernière, l’UE est en pourparlers avec les Etats-Unis afin de trouver un accord commercial raisonnable avant la date butoir. Les deux parties n’ont pas encore réussi à trouver un compromis. Cette semaine, les négociations se sont intensifiées à Washington.

Selon des sources, les discussions sont basées sur l’application d’un taux universel de 10% sur l’ensemble de tous les produits en provenance de l’UE. Il se trouve que les responsables américains sont peu enclins à accorder des exemptions. Ces sources ont également indiqué que les deux parties cherchent à définir un plafond pour certains secteurs et des quotas pour l’acier l’aluminium.

Le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, reste optimiste :

« Je suis convaincu que nous obtiendrons un accord. Mieux vaut ouvrir les marchés aux États-Unis que d’être frappés par des taxes punitives. »

En coulisse, les Européens craignent une stratégie de pression maximale de la part de Trump, à la veille de l’échéance, pour forcer des concessions majeures.

Un plan de riposte déjà prêt

Si l’UE se montre flexible, c’est aussi parce qu’elle craint une escalade incontrôlable et cherche à obtenir un accord. Cette approche fait débat entre États membres. Certains, comme la France, se disent prêts à répondre fermement, d’autres plaident pour la prudence afin de protéger les secteurs industriels clés.

Le ministre français des Finances, Éric Lombard, prévient :

« Si aucun accord équilibré n’est trouvé, nous prendrons des contre-mesures ciblées et proportionnées pour défendre les intérêts de l’UE. »

Bruxelles se prépare activement à un scénario de non-accord. Les États membres pourraient rapidement activer des droits de douane sur 21 milliards de dollars de produits américains, et jusqu’à 72 milliards si Trump déclenche la guerre commerciale.

Les cibles ? Des secteurs politiquement sensibles :

Au-delà des droits de douane, Bruxelles envisage aussi des restrictions sur les marchés publics et des contrôles à l’exportation. Les industriels, eux, s’inquiètent. Roland Busch, PDG de Siemens, dénonce l’instabilité :

« Il faut sortir de cette incertitude. Des droits trop élevés seraient catastrophiques pour les investissements. »

L’entreprise Stellantis, par exemple, a déjà annoncé une perte de 2,3 milliards de dollars au premier semestre, dont 300 millions imputables aux taxes américaines.

Selon un rapport de Bloomberg, de nombreux Etats membres de l’UE souhaitent activer l’ACI ou l’anti-coercition. Il s’agit d’un instrument commercial puissant qui donne aux autorités le pouvoir d’adopter des mesures de rétorsion, comme l’application de nouvelles taxes sur les géants de la technologie américains ou bien les restrictions des investissements américains dans l’UE. L’ACI peut donc faire office d’outil de dissuasion efficace pour empêcher Trump de mettre en vigueur ses menaces tarifaires. Notons que le porte-parole de la Commission européenne chargé de gérer les questions commerciales n’a pas voulu faire des commentaires sur les négociations en cours.

L’accord reste possible, mais l’Europe avance sur un fil. Entre le risque d’un pacte déséquilibré et la menace d’un conflit commercial ouvert avec l’administration Trump. Bruxelles devra jouer une double stratégie : tendre la main tout en gardant le poing fermé.

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