Marine Le Pen veut «un fonds souverain au service des entreprises françaises»

Marine Le Pen veut «un fonds souverain au service des entreprises françaises»

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Lors de son discours au Zénith d’Orléans, le 25 octobre 2026, Marine Le Pen a promis aux entrepreneurs une dispense d’« impôts sur les revenus », l’abrogation de la « stupide loi Hulot » sur les hydrocarbures et la création d’un « fonds souverain au service des entreprises françaises ». Derrière la promesse fiscale, une autre ambition se dessine : faire de l’État un investisseur qui sélectionne les entreprises bénéficiaires de l’argent public.

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Devant plus de 8 500 militants réunis au Zénith d’Orléans, Marine Le Pen a lancé sa campagne présidentielle en plaçant son discours sous le signe de la « renaissance » française. Au chapitre économique, la candidate du RN a déroulé une série de promesses fiscales : part fiscale pleine dès le deuxième enfant, exonération d’impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans, suppression de la contribution à l’Union européenne et coupes dans l’aide au développement pour financer 140 milliards d’euros d’économies nettes d’ici 2032. Mais c’est une autre annonce, glissée dans le même discours, qui mérite l’attention : la création d’« un fonds souverain au service des entreprises françaises ». L’État-actionnaire, qui décidera quelles sociétés méritent l’argent public, est de retour , sous les applaudissements d’un parti qui se réclame de la liberté d’entreprendre.Le programme économique présenté par la candidate du Rassemblement national associe ainsi allégement fiscal et intervention publique. Libérer les entrepreneurs de la pression fiscale est une chose ; leur proposer de dépendre demain des arbitrages d’un fonds piloté par l’État en est une autre.

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Un fonds souverain qui rappelle une vieille histoire

L’idée n’a rien d’inédit. Elle porte même un nom : le Fonds stratégique d’investissement (FSI), créé en 2008 par Nicolas Sarkozy, fusionné en 2012 dans Bpifrance. Vingt milliards d’euros de capital public y ont été engloutis. La performance depuis la création de l’ensemble, selon la Fondation iFRAP, est d’environ moins 13 %. Les actionnaires ,à savoir l’État et la Caisse des dépôt, ont apporté vingt milliards ; le rendement, lui, est resté dans les limbes.

Bpifrance, de son côté, a certes réalisé quelques jolies opérations, comme sa sortie du capital de CMA CGM avec 435 millions d’euros récupérés pour 150 millions investis. Mais ces coups d’éclat masquent une réalité plus prosaïque : un État qui sélectionne les entreprises à soutenir est un État qui dispose d’un pouvoir discrétionnaire sur la destinée industrielle du pays. Marine Le Pen ne dit pas un mot, dans son discours, sur les critères qui présideront à ces choix, ni sur la gouvernance du fonds, ni sur les garanties d’indépendance vis-à-vis du pouvoir politique.

Le précédent le plus récent devrait pourtant inciter à la prudence. Le plan France 2030, doté de 54 milliards d’euros, a fait l’objet d’un premier bilan à mi-parcours rendu public par la Cour des comptes le 27 octobre 2026, soit deux jours après le meeting d’Orléans. Les magistrats de la rue Cambon ont examiné les 7 377 projets contractualisés à la fin de 2025, pour une enveloppe de 33,4 milliards d’euros, dont 14 milliards déjà décaissés. Leur conclusion est sans appel : selon l’enquête du Secrétariat général pour l’investissement citée dans le rapport, « un peu moins de la moitié des projets financés aurait vu le jour » sans le soutien de l’État. En d’autres termes, des entreprises ont encaissé des subventions publiques pour des investissements qu’elles auraient réalisés de toute façon. L’effet d’aubaine n’est pas une hypothèse : il est documenté, chiffré, publié.

La « libération » fiscale, carburant du guichet

L’articulation entre les deux promesses : exonération d’impôt et fonds souverain, mérite d’être soulignée. Marine Le Pen propose de priver l’État d’une recette fiscale, évaluée à 2 milliards d’euros par an pour la seule dispense d’impôt sur le revenu des moins de 30 ans.

Dans le même mouvement, elle confie à ce même État la mission de distribuer des capitaux aux entreprises. Les entrepreneurs se verraient donc allégés d’un côté, mais placés de l’autre sous la dépendance d’un guichet dont l’accès dépendra de l’appréciation politique du moment. Le « fonds souverain » n’est pas un instrument de liberté économique ; c’est un instrument de pouvoir économique. Il permet à l’exécutif de dire qui est un « champion national » et qui ne l’est pas, qui mérite d’être sauvé et qui peut disparaître.

La Cour des comptes a d’ailleurs relevé un mécanisme qui devrait alerter : les entreprises bénéficiaires les plus importantes, « pourtant dotées de moyens financiers conséquents, sollicitent paradoxalement le plus d’aides publiques ». Les magistrats expliquent qu’elles sont « plus internationalisées, ce qui leur permet de mettre les États en concurrence et de conditionner l’implantation de leurs activités à l’octroi de conditions avantageuses, comme l’attribution de subventions ». C’est le capitalisme de connivence en version institutionnelle, avec ses jurys, ses cabinets de conseil et ses grandes entreprises rompues à l’exercice

À cette architecture s’ajoute l’abrogation promise de « la stupide loi Hulot » de 2017, qui interdisait la délivrance de nouveaux permis de recherche d’hydrocarbures. La candidate du RN promet de « valoriser toutes nos ressources, naturelles ou industrielles ». Soit. Mais la France ne produit que 1 % de sa consommation d’hydrocarbures, et les 64 gisements encore actifs en 2024 sont pour l’essentiel des puits matures du Bassin aquitain et du Bassin parisien. Les forages exploratoires de TotalEnergies en Guyane n’ont rien donné de concluant. La « libération » énergétique relève, elle aussi, d’un volontarisme politique qui ignore les contraintes géologiques. Elle flatte un récit — la France possesseur de trésors cachés — sans établir la moindre démonstration économique.

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Ce que « libérer » veut dire

Il y a, dans ce discours d’Orléans, une contradiction , qui ne dit pas son nom : promettre moins d’impôts tout en étendant le pouvoir de sélection de l’administration. L’entrepreneur y est célébré comme force vive de la nation, mais simultanément invité à venir chercher son dû auprès d’un fonds public. L’impôt est présenté comme une spoliation, mais la subvention devient un droit.

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La liberté d’entreprendre, ici, n’est plus l’autonomie de la décision économique ; mais l’accès à une rente organisée par l’État. Les 2 milliards d’euros rendus aux jeunes actifs d’un côté seront repris de l’autre par un mécanisme de sélection administrative des entreprises. Plutôt que de laisser l’argent à ceux qui l’ont gagné, on le prélève, puis on le redistribue sous conditions. Un entrepreneur qui pouvait réinvestir librement son revenu devra plaider sa cause devant un guichet. Un pouvoir qui détient la clé du capital détient aussi de quoi récompenser ses amis.

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Les défenseurs du projet répondront qu’un fonds souverain à la norvégienne protégerait des fleurons stratégiques contre les prédateurs étrangers, et que l’État actionnaire a parfois sauvé des filières. L’argument se défend. Mais la Cour des comptes vient de rappeler qu’un euro public distribué ne vaut pas un euro bien investi, et qu’une liberté fiscale réelle aurait suffi à faire le travail.


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