Loi Sécurité globale : le Conseil Constitutionnel met le gouvernement encore plus en porte-à-faux avec la police

Loi Sécurité globale : le Conseil Constitutionnel met le gouvernement encore plus en porte-à-faux avec la police


Partager cet article

Le Conseil Constitutionnel, dernier rempart avant le passage effectif d’une loi, avait été saisi par des députés et sénateurs pour poser des limites au texte de loi concernant la Sécurité globale. Il est intervenu en particulier sur les articles qui avaient le plus prêté à contestation, pour en limiter la portée. Une défaite de plus pour le gouvernement dans un climat social tendu. On se réjouira du rôle de gardien des libertés fondamentales que joue le Conseil des Sages. Mais cet arbitrage intervient dans un climat de tension croissante entre le gouvernement et le secteur régalien de l'Etat.

Le Conseil Constitutionnel a rendu sa décision, le 20 mai, sur la loi dite  « sécurité globale ».

Le conseil a étudié les articles de la loi au regard :

  • de la Constitution,
  • du règlement du Parlement européen, principalement concernant le règlement général de protection des données,
  • des codes concernés tels que celui de la sécurité intérieure ou du code pénal
  • mais aussi de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés.

La plupart des articles – quinze sur vingt-deux – de loi ont été retenus ; d’autres, avec réserve ; d’autres enfin, rejetés ou simplement censurés car non conformes à la Constitution et jugés « cavaliers législatifs ».

Oui…

Parmi les mesures retenues, il est à noter que les inspections visuelles et fouilles sont permises à la police municipale lors de toute manifestation sportive ou culturelle, par exemple. La loi étend également aux agents de sécurité privés la possibilité de fouille ainsi que la détection de drones, sur le périmètre protégé.

De plus, des dispositions seront prises pour la vidéosurveillance élargie et accessible à la police municipale et aux agents de la Ville de Paris.

La réduction de peine a été diminuée lorsque l’infraction touche à un élu ou des représentants de la force et de l’autorité publiques.

Enfin, il est admis « que l’accès à un établissement recevant du public ne peut pas être refusé à un fonctionnaire de la police nationale ou à un gendarme au motif qu’il porte son arme hors service ».

Mais le Conseil démolit l'article emblématique de l'affrontement entre le gouvernement et la société civile

Certains articles ont été déclarés à clarifier car sujet à interprétation et arbitrage. Le principal point de condition soulevé est que les personnes opérant des missions de sécurité doivent être légalement mandatées et se limiter dans le cadre de leurs missions. Et les vidéosurveillances dans les cellules d’isolement doivent se faire selon certaines conditions.

Les « Sages » ont considérablement réduit la portée de l’article 24 devenu 52 qui, à l’origine, visait à interdire la diffusion d’images de policiers afin de nuire à leur intégrité physique ou psychique. destiné à protéger les membres des forces de l’ordre, objets de menaces démultipliées par la puissance des réseaux sociaux, il punissait de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende toute diffusion d’informations permettant l’identification d’un policier ou d’un gendarme « dans le but manifeste » de porter atteinte « à son intégrité physique ou psychique ». On se rappelle qu’il s’en était suivi une énorme mobilisation.

Et il rend en pratique impossible l'utilisation de drones par les forces de l'ordre

Le communiqué de presse de la décision du Conseil Constitutionnel précise cependant que les caméras individuelles ne sont pas permises. La police municipale et les gardes champêtres ne peuvent exercer les attributions de la police judiciaire.  Mais le second revers le plus important pour le gouvernement, c’est l’interdiction des drônes de surveillance telle que l’imaginait l’article 47. Or, jugent les Sages, « ces appareils sont susceptibles de capter, en tout lieu et sans que leur présence soit détectée, des images d’un nombre très important de personnes et de suivre leurs déplacements dans un vaste périmètre ». Ils ne peuvent laisser l’article en l’état.

En somme, le Conseil Constitutionnel a joué un rôle de gardien des libertés fondamentales. On ne peut que s’en réjouir. Cependant, on peut juger que la défaite du gouvernement sur des mesures affichées spectaculairement par Gérard Darmanin est une mauvaise nouvelle pour le pouvoir exécutif en ces temps de grogne policière.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Pourquoi le cours de l'or a baissé aujourd'hui, par Vincent Clairmont

Pourquoi le cours de l'or a baissé aujourd'hui, par Vincent Clairmont

La chute du cours de l'or observée aujourd'hui, le 30 janvier 2026, est directement liée à la nomination de Kevin Warsh par le président Donald Trump pour succéder à Jerome Powell à la tête de la Réserve fédérale (Fed). Cette baisse s'explique par trois mécanismes financiers majeurs déclenchés par ce choix : 1. Le profil "Hawkish" (Faucon) de Kevin Warsh Kevin Warsh est perçu par les marchés comme un "faucon", c'est-à-dire un responsable favorable à une politique monétaire plus stricte po


Rédaction

Rédaction

Arno Klarsfeld en rajoute une louche dans la concurrence victimaire de la Shoah

Arno Klarsfeld en rajoute une louche dans la concurrence victimaire de la Shoah

L'actualité nous offre une nouvelle séquence dont la mise en scène frise l'indécence. Arno Klarsfeld, figure médiatique et héritier d'un combat mémoriel nécessaire, a décidé de porter plainte pour « incitation à la haine » suite à des tweets qualifiés d'« abjects ». Au cœur du litige : ses propos sur l'utilisation du terme « rafles » pour qualifier les interpellations d'étrangers en situation irrégulière. Si l'on peut, par principe, condamner la violence numérique des réseaux sociaux, il est


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

En plein regain diplomatique, Bruxelles cherche son salut à Hanoï

En plein regain diplomatique, Bruxelles cherche son salut à Hanoï

L'Union européenne a officialisé un "partenariat stratégique global" avec le Vietnam. Bruxelles se hisse au rang des grandes puissances à Hanoï. Une opération de communication diplomatique qui cache mal une fuite en avant pour tenter de peser dans un monde multipolaire. Alors que les projecteurs étaient braqués sur les tensions commerciales entre Washington et Pékin, l'Union européenne a discrètement procédé, jeudi, à une mise à niveau majeure de ses relations avec le Vietnam.  Le Vietnam et l’


Rédaction

Rédaction

Chronique des craquements dans la caste : les pompiers lillois et les CRS

Chronique des craquements dans la caste : les pompiers lillois et les CRS

Le jeudi 29 janvier 2026, les rues de Lille n'étaient pas le théâtre d'une énième manifestation citoyenne, mais d'une collision frontale entre deux piliers du régime : les soldats du feu et les forces de l'ordre. Plus de 700 pompiers ont forcé les lignes, rappelant une vérité que le pouvoir central feint d'ignorer : lorsque la base n'a plus les moyens de sa mission, c'est l'ordre public qui s'effondre. Le jeudi 29 janvier, plus de 700 pompiers du département du Nord se sont réunis à Lille pour


Rédaction

Rédaction