L'interdiction des réseaux sociaux aux mineurs : glissement vers le totalitarisme? Par Elise Rochefort

L'interdiction des réseaux sociaux aux mineurs : glissement vers le totalitarisme? Par Elise Rochefort


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En ce début d’année 2026, alors que l’Assemblée nationale et le Sénat s’écharpent pour savoir qui, de la droite sénatoriale ou des macronistes, aura la paternité de la « protection de nos enfants », il est urgent de baisser le son et de lire les petites lignes. La proposition de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, portée par la députée Laure Miller et soutenue par une classe politique en proie à une fièvre hygiéniste, n’est pas seulement une mesure de santé publique. C’est le cheval de Troie d’une surveillance généralisée, un basculement insidieux vers un Internet d’identité où l’anonymat, ce dernier bastion de la liberté digitale, est en passe d'être sacrifié sur l'autel de l'ordre moral.

Le « bouclier de l'enfant » : l'éternel faux nez de la censure

L'histoire des libertés publiques nous enseigne une leçon constante : les mesures les plus liberticides avancent toujours masquées derrière les intentions les plus pures. Qui oserait, en effet, s'opposer à la protection de l'enfance? Qui voudrait voir des adolescents broyés par la cyber-addiction ou le harcèlement? Personne. C'est là toute la perversité du piège qui se referme sur nous. La protection de l'enfance est devenue, dans nos démocraties fatiguées, l'argument d'autorité absolu, le joker qui clôt le débat avant même qu'il ne s'ouvre.

Proposition de loi, n° 2107

Pourtant, cette posture de « protection morale », qui flatte les instincts autoritaires, pour ne pas dire névrotiquement obsessionnels, de ceux qui aiment l'ordre et la hiérarchie, n'est bien souvent que le faux nez de dispositifs de contrôle social d'une ampleur inédite. Sous couvert d'éloigner les mineurs des écrans — objectif sanitaire louable au demeurant — on installe les infrastructures techniques et juridiques de la censure. On ne régule plus les comportements par l'éducation ou la responsabilité parentale ; on les régule par l'interdiction technique et la surveillance administrative.

Interdiction des réseaux sociaux aux mineurs: une dérive liberticide déguisée en protection, par Eric Lemaire
Emmanuel Macron a récemment réaffirmé sa volonté d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ou 16 ans. L’objectif affiché est la protection des enfants face aux effets délétères des plateformes numériques : addiction, anxiété, harcèlement, exposition à des contenus violents ou sexualisés. Le raisonnement

Le glissement est sémantique avant d'être juridique. On parle de « majorité numérique » comme on parlerait de majorité sexuelle ou pénale, instaurant l'idée que l'espace numérique est par nature un lieu de danger dont l'État doit détenir les clés. Ce paternalisme d'État, qui dépossède les familles de leur autorité pour la transférer à des algorithmes et des vérificateurs d'identité, porte en germe une logique totalitaire : celle où l'État s'arroge le droit de décider, techniquement, qui a le droit de voir quoi, et qui a le droit de parler à qui. Comme le soulignent certains observateurs des dérives technocratiques, nous glissons vers une forme de « technofascisme » où la contrainte ne vient plus d'un dictateur, mais de l'architecture même du réseau, rendant la servitude indolore et invisible.

Un rapport inédit du courrier des stratèges
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Le Courrier des Stratèges brise l'omerta sur ce que beaucoup considèrent comme l'une des plus grandes opérations de kompromat (chantage par le dossier) du siècle.

Pourquoi Jeffrey Epstein, "actif stratégique" protégé par une impunité quasi-magique, recevait-il l'élite mondiale dans des résidences truffées de caméras espionnes? Entre l'ombre de Robert Maxwell, le détournement du logiciel PROMIS et les réseaux de renseignement, nous avons réuni les faits pour vous offrir une grille de lecture sans concession.

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Comment l’Union Européenne organise la censure de la presse, par Thibault de Varenne
Emmanuel Macron a évoqué une labellisation de la presse (qui serait confiée à des acteurs privés) à plusieurs reprises. Les médias subventionnés expliquent peu qu’il ne s’agit pas d’une lubie présidentielle... mais d’une déclinaison pur eet simple d’un règlement européen de 2024, passé sous les radars. Nous vous expliquons aujourd’hui

La fin de l'anonymat : la prophétie de la CNIL

La proposition de loi portée par la majorité et discutée en ce mois de janvier 2026 n'échappe pas à cette logique. Elle l'embrasse même avec une ferveur inquiétante. Pour interdire l'accès aux moins de 15 ans, il ne suffit pas de demander poliment leur date de naissance. Il faut la vérifier. Et c'est ici que le piège se referme, non pas sur les enfants, mais sur l'ensemble du corps social.

Avis sur une proposition de loi visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux - Conseil d’État
L’Assemblée nationale a rendu public l’avis du Conseil d’État sur une proposition de loi visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux.

La Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL) n'a eu de cesse de tirer la sonnette d'alarme. Dès les prémices de ces débats sur la vérification d'âge (notamment pour les sites pornographiques, laboratoire de ce qui nous attend aujourd'hui), la CNIL a mis en garde contre le risque d'un « monde numérique fermé ». Si l'on impose une vérification d'âge fiable pour accéder aux réseaux sociaux — c'est-à-dire à l'agora moderne —, on impose de facto la fin de l'anonymat pour tous.

Vérification de l’âge en ligne : la CNIL a rendu son avis sur le référentiel de l’Arcom concernant l’accès aux sites pornographiques
Le contexte Certains sites ou services sur Internet sont réservés aux majeurs, en particulier lorsqu’ils donnent accès à des contenus à caractère pornographique. Pour vérifier l’âge des internautes, la loi visant à sécuriser et à réguler l’espace numérique (SREN) prévoit l’adoption par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) d’un référentiel. Celui-ci détermine les exigences techniques minimales applicables aux systèmes de vérification de l’âge auxquels doivent recourir les sites diffusant des contenus à caractère pornographique.
L'humeur de Veerle Daens : l'État-maman et le grand retour des « exilés » de Dubaï

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Mes chers amis, approchez. Aujourd’hui, nous assistons à une performance artistique d’une rare intensité : le « rapatriement fiscalo-humanitaire ». Il semblerait que le sable doré de Dubaï, si propice aux placements de produits pour des crèmes éclaircissantes et à l'optimisation fiscale décomplexée, soit devenu soudainement... trop brûlant. Face aux bruits de bottes et aux missiles iraniens, nos fiers « sécessionnistes » de la Toile, ces influenceurs qui expliquaient hier encore que la Franc


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Pour qui observe avec un tant soit peu de lucidité la comédie du pouvoir, le spectacle est à la fois fascinant et tragique. Nous assistons, en direct, à l’effondrement moral d’une caste politique qui a tenté de faire du « Droit international » une religion universelle en Ukraine, avant de le transformer en variable d’ajustement, voire en absurdité, au Moyen-Orient. Le Droit international : un totem à géométrie variable Depuis février 2022, on nous explique — à juste titre sur le plan formel —


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Au lendemain de la riposte iranienne, les capitales européennes ont rapidement condamné l’escalade militaire et appelé à la retenue. Toutefois, une divergence notable est apparue dans la qualification des événements : si la majorité des dirigeants ont dénoncé l’attaque iranienne, seul le Premier ministre espagnol a, à ce stade, qualifié d’« illégales » les frappes menées par Israël et les États-Unis. Depuis le déclenchement des frappes conjointes d'Israël et des États-Unis contre l'Iran le 28 f


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Rédaction

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