On connaissait le "Big Mac" diplomatique, voici venu le temps du TACO. Non, il ne s'agit pas d'une nouvelle franchise de fast-food s'installant dans les Grisons, mais de l'acronyme qui fait désormais trembler (de rire ou d'effroi) les chancelleries : Trump Always Chickens Out (Trump se dégonfle toujours).

Le scénario est devenu aussi prévisible qu’un épisode de téléréalité des années 2000. Acte I : La menace nucléaire commerciale. Acte II : Le chantage surréaliste. Acte III : La pirouette finale où l’on fait mine de n’avoir jamais voulu ce qu'on exigeait hier. Cette semaine, à Davos, le président américain a offert une performance de haut vol, renonçant à sa guerre commerciale totale contre l’Union européenne pour se concentrer sur son nouveau caprice : l’achat du Groenland. Ou de l'Islande. Enfin, de "quelque part où il y a de la glace".
La géographie selon "Daddy"
C’est là que le vernis craque. Dans son discours fleuve, celui qu’il prétendait être le protecteur des nations a confondu à quatre reprises le Groenland avec l’Islande. Pour Donald Trump, la souveraineté n’est manifestement pas une question de peuple ou d’histoire, mais une simple étiquette sur un catalogue de foncier international.
"Ils ne sont pas là pour nous sur l'Islande", a-t-il pesté, alors que l'Islande, nation souveraine et membre de l'OTAN, n'avait rien demandé à personne.
La réponse de la Maison-Blanche ? Un chef-d'œuvre de sémantique : il ne se serait pas trompé de pays, il aurait simplement décrit le Groenland comme une "piece of ice" (un morceau de glace), d'où le mot "Ice-land". À ce niveau de mauvaise foi, on n'est plus dans la diplomatie, on est dans le patinage artistique sans patins.
Le miroir aux alouettes des souverainistes
Mais le plus piquant reste le message envoyé aux souverainistes européens, ces "patriotes" qui voient en Trump leur champion. Quelle ironie de voir l’idole des défenseurs de l’identité nationale traiter le Danemark — une des plus vieilles monarchies au monde — comme un vendeur de tapis récalcitrant.

Le message est pourtant limpide : pour Trump, l'État-Nation n'est qu'un concept jetable. Il flatte la souveraineté des Européens quand elle sert à diviser l’UE, mais il la piétine dès qu’elle fait obstacle à ses intérêts territoriaux ou commerciaux. Les souverainistes ne sont pas ses alliés ; ils sont ses leviers. En voulant "protéger" les nations contre Bruxelles, il cherche surtout à s'assurer qu'aucune d'entre elles ne soit assez forte pour lui dire "non" quand il décide de racheter leur arrière-cour.

Le retrait est la nouvelle victoire
Le principe TACO nous rappelle une vérité fondamentale : chez Trump, l'aboiement est la seule finalité. En menaçant l'UE de tarifs douaniers punitifs pour obtenir un territoire qui n'est pas à vendre, il a une fois de plus prouvé que sa stratégie de "pression maximale" finit toujours en "retrait minimal".
L'Europe peut souffler, pour l'instant. Mais elle devrait surtout méditer sur cette confusion géographique : quand on ne fait pas la différence entre Reykjavik et Nuuk, il est peu probable qu’on se soucie réellement de la différence entre la souveraineté d’un peuple et un simple investissement de prestige.


