À Commentry, l’inspectrice de l’Allier interdit aux élèves de chanter Lavilliers

À Commentry, l’inspectrice de l’Allier interdit aux élèves de chanter Lavilliers


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La chanson "Les Mains d’Or" de Bernard Lavilliers, hommage aux métallurgistes, devient l’objet d’une censure. À Commentry, petite ville ouvrière de l’Allier, une inspectrice académique s’acharne contre des élèves choristes. Au nom de la "neutralité" de l’Éducation nationale, elle interdit leur participation au concert municipal du 28 mars 2026, en soutien aux forges d’Erasteel menacées de fermeture. Neutralité ou excès bureaucratique ? Cette polémique interroge.

La chorale du collège Emile-Mâle de Commentry se préparait au concert organisé en soutien aux forges de la ville. Les élèves ont  choisi de chanter la chanson « Les Mains d’or » de Bernard Lavilliers, une chanson en hommage aux métallurgistes et au travail manue. Mais apparemment, ce choix n’est pas au goût de l’inspectrice de l’académie de l’Allier. Elle a obligé la principale de l’établissement de publier une note interdisant les enfants de participer à l’évènement et d’interpréter cette chanson. Une polémique dans un contexte social tendu : la quasi-fermeture des forges Erasteel de Commentry, qui menace près de 190 emplois. La direction du collège Émile Mâle invoque « l’obligation de neutralité de l’Éducation nationale », le concert étant présenté comme un soutien aux salariés.

Les élèves de Commentry n’ont pas le droit de chanter « Les Mains d’or »

Le 3 novembre 2025, l’entreprise métallurgiste Erasteel a annoncé la suppression de 190 postes parmi les 240 de « La Forge » de Commentry, une commune d’Allier. Fondée en 1862, l’aciérie est désormais considérée comme un site historique et les 6000 habitants de l’ancienne cité minière de l’Allier ont du mal à accepter sa fermeture. Ils se sont mobilisés pour soutenir les ouvriers qui ont établi « un plan de continuation d’activité » pour leur entreprise.

À Commentry, des élèves empêchés de chanter Lavilliers en soutien aux salariés de l’aciérie promise à la fermeture... au nom de la laïcité - L’Humanité
Les élèves d’une école primaire de Commentry (03) qui avaient prévu de chanter les Mains d’or lors d’un concert de l’Harmonie municipale sur le thème « La Forge en musique »…

Le traditionnel concert annuel « La Forge en musique », le 28 mars, a donc été transformé en un évènement organisé en soutien aux forges de Commentry. Comme à l’accoutumée, la chorale du collège Emile-Mâle, dirigée par la professeure de musique de l’établissement, prévoit d’y prendre part. Les collégiens ont choisi d’interpréter la chanson « Les Mains d’or », de Bernard Lavilliers. Il s’agit d’une œuvre écrite en hommage aux sidérurgistes.

IA : le grand remplacement des cadres par l’ordinateur a-t-il commencé ?
Le rideau se lève enfin sur la grande illusion du progrès technologique “au service de l’humain”. Si vous observez les chiffres de l’emploi américain de ces six derniers mois, le constat est sans appel : le “grand remplacement” des cadres et des diplômés par l’IA n’est plus une dystopie de science-fiction,

Mais au retour des vacances d’hiver, les élèves ont reçu de leur professeure de musique une note leur interdisant de participer au concert. Signée par la principale, elle indique que la participation à cet évènement est contradictoire avec « l’obligation de neutralité de l’éducation nationale » vu qu’il est désormais organisé en « soutien aux forges de la ville ». La cheffe d’établissement a ajouté que les enfants peuvent se rendre au concert avec leurs familles, mais à titre privé. Le Collège ne pourra pas les encadrer. L’ordre vient apparemment de l’inspectrice académique de l’Allier.

Les collégiens du collège Émile Mâle, préparés par leur professeure de musique, se voient frustrés. Derrière cette affaire locale se profile une interrogation majeure : la laïcité, conçue pour écarter le prosélytisme religieux, peut-elle s’étendre à des œuvres artistiques sociales ?

Le juge administratif et l’application du principe de laïcité - Conseil d’État
L’organisation des relations entre l’État et les Églises en France repose sur un principe simple et clair : la religion relève de la sphère privée, l’État affirmant son indépendance et sa neutralité à l’égard des institutions religieuses. Toutefois, la liberté religieuse ne se borne pas à la liberté de croire ou de ne pas croire. Elle implique une certaine extériorisation qu’il s’agisse de l’exercice du culte ou tout simplement de l’expression – individuelle ou collective – d’une croyance religieuse. Il convient dès lors de garantir la conciliation entre l’intérêt général et l’ordre public, d’une part, la liberté de religion et son expression, d’autre part. Le juge administratif est au cœur de la construction et de la pérennisation de cet équilibre qui peut être regardé comme la traduction juridique de ce qu’est la laïcité.

Or, juridiquement, le principe de neutralité du service public vise d’abord les agents publics, non les œuvres artistiques. La jurisprudence administrative distingue en effet la neutralité institutionnelle de la liberté pédagogique et culturelle. Les programmes scolaires eux-mêmes regorgent d’œuvres engagées. Interdire une chanson au motif qu’elle évoque la dignité ouvrière reviendrait à neutraliser une large part du patrimoine culturel français.

L’école peut-elle ignorer la réalité sociale ?

La décision suscite l’incompréhension des familles. Plusieurs parents évoquent la déception des élèves qui avaient répété pendant des semaines. Certains envisagent désormais de les faire participer au concert en dehors du cadre scolaire.Une mère témoigne : "Mon fils est déçu et pense qu’il y a quelque chose de mal à chanter cela."

Le paradoxe est frappant. L’Éducation nationale promeut officiellement un « parcours citoyen » visant à développer l’esprit critique et l’engagement civique des élèves. Mais lorsqu’un événement culturel local célèbre la valeur du travail et la mémoire ouvrière, l’institution préfère invoquer la neutralité.

Pourtant, Les Mains d’or, écrite par Lavilliers en hommage aux métallurgistes, appartient au patrimoine musical populaire. Cette chanson peut parfaitement s’inscrire dans l’enseignement artistique ou dans le parcours citoyen, dispositif officiel de l’Éducation nationale destiné à former l’esprit critique et la culture civique des élèves. La chanson célèbre la valeur du travail manuel et la dignité ouvrière — des thèmes longtemps présents dans la culture scolaire.

En cherchant à éviter toute apparence de position politique, l’administration scolaire risque d’aseptiser l’enseignement artistique lui-même. La question dépasse largement une chorale de collège. Si l’on pousse cette logique jusqu’au bout, combien d’œuvres — de Zola à Ferrat, de Brassens à Lavilliers — devraient disparaître des écoles au nom d’une neutralité devenue hypersensible ?

À force d’élargir la notion de neutralité, l’État pourrait finir par transformer la laïcité en instrument de police culturelle. Un paradoxe pour une République qui prétend former des citoyens libres et éclairés.


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