La présidente de l'Assemblée Nationale, Yaël Braun-Pivet, qui n'a pas caché son soutien à Israël, s'oppose à la création d'une commission d'enquête sur les ramifications françaises de l'affaire Epstein... Mais pour qui roule-t-elle ?

L’histoire politique de votre Cinquième République traverse une phase de décomposition où les institutions, censées protéger le citoyen, semblent s’être muées en une forteresse dédiée à la survie d’une caste. À l'un des poumons de ce dispositif de défense se trouve Yaël Braun-Pivet. Première femme à accéder au « Perchoir », elle incarne, sous une apparence de respectabilité républicaine, le verrouillage le plus sophistiqué du pouvoir législatif par l’exécutif et les réseaux d’influence. Ce 10 février 2026, le masque de neutralité s'est définitivement fissuré sous le poids des révélations entourant les ramifications françaises de l'affaire Jeffrey Epstein.

Pour un observateur attaché aux libertés individuelles, l’État n'est pas une entité bienveillante, mais un mécanisme de prédation et de protection mutuelle des élites. Dans cette perspective, le parcours de Yaël Braun-Pivet n'est pas le fruit du hasard. C'est une trajectoire méticuleusement construite au sein des réseaux de défense pénale les plus puissants, transposée au sommet de l'appareil d'État pour servir de bouclier ultime. En s’opposant frontalement à la création d’une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Epstein, elle a désigné son camp : celui de l’omertà institutionnelle.
La matrice Temime : l'école de la protection des puissants
L'ascension de Yaël Braun-Pivet est un cas d'école de cooptation technocratique. Avant la politique, il y a le barreau. Et pas n'importe lequel : celui d'Hervé Temime. Pendant sept ans, elle a fait ses armes dans ce cabinet, véritable carrefour de la défense des « puissants de ce monde ». Temime était l'avocat spécialisé dans la protection des réputations face à la machine judiciaire.

C'est ici que l'on touche au cœur du réacteur. Le cabinet Temime a géré les intérêts de figures comme Roman Polanski ou encore Jean-Luc Brunel. Ce dernier, agent de mannequins et pivot central du réseau Epstein en Europe, est mort en prison en 2022, emportant des secrets qui auraient pu faire vaciller tout le Paris mondain. Braun-Pivet n'est pas une politique venue de la base ; elle est une experte de la protection juridique des sommets, propulsée à l'Assemblée pour y appliquer les mêmes méthodes de verrouillage procédural.

L'affaire Benalla : le crash-test de l'obstruction
Pour comprendre sa mission en 2026, il faut se souvenir de son rôle en 2018 lors de l'affaire Benalla. Présidente de la commission des Lois, elle a alors offert une démonstration éclatante de ce que nous appelons la « capture institutionnelle ». Alors que le Parlement devait faire la lumière sur les dérives d'un proche d'Emmanuel Macron, Braun-Pivet a multiplié les manœuvres pour limiter les auditions et protéger l'entourage présidentiel.

Elle a utilisé le règlement de l'Assemblée non comme un cadre pour la vérité, mais comme une arme de dissimulation. Accusée de sabotage par l'ensemble des oppositions, elle a prouvé que la loyauté envers le Chef de l’État primait sur la souveraineté parlementaire. Ce fut son acte de naissance politique : le pouvoir savait désormais qu'il pouvait compter sur elle pour filtrer les scandales.


2026 : le mur du silence face au dossier Epstein
Début 2026, la publication par la justice américaine de plus de trois millions de documents a révélé des connexions françaises jusqu'ici occultées. Le nom de Jack Lang apparaît plus de 700 fois dans ces dossiers, entraînant sa démission forcée de l'Institut du Monde Arabe (IMA) suite à l'ouverture d'une enquête pour fraude fiscale liée à ses liens avec le pédocriminel.

Le 10 février 2026, face à l'urgence d'une commission d'enquête réclamée par l'opposition pour investiguer sur ces "ramifications françaises", la réponse de Yaël Braun-Pivet fut cinglante : c'est un « non » catégorique. Son argument? Une telle commission viendrait « concurrencer le système judiciaire ». C'est le sommet du sophisme étatique : on invoque l'indépendance de la justice pour paralyser le contrôle politique, tout en sachant que le parquet reste structurellement lié à l'exécutif.

En saluant malgré tout « la qualité de l'engagement » de Jack Lang au moment de sa chute, elle a envoyé un signal clair : l'appartenance à la caste des serviteurs de l'État offre une immunité morale, même face à des révélations terrifiantes. Pour elle, la transparence est un « carburant pour les théories du complot ». En réalité, c'est le secret d'État qui produit la méfiance.

La « sanctionnite » : transformer l'Assemblée en caserne
Cette gestion du silence s'accompagne d'une dérive autoritaire que nous qualifions de « sanctionnite aiguë ». Sous prétexte de garantir la « dignité des débats », Yaël Braun-Pivet a instauré un régime disciplinaire d'une sévérité inédite. Les exclusions temporaires et les privations d'indemnités pleuvent sur ceux qui contestent l'ordre établi.
Qu'il s'agisse de couper le micro d'un député rendant hommage à des naufragés en Méditerranée ou de sanctionner lourdement les voix dissidentes, la méthode est la même : policer le langage pour vider la fonction législative de sa substance. Le Parlement n'est plus le lieu de la parole libre, mais une chambre d'enregistrement surveillée par un "Perchoir-commissariat".
Pour QUI roule-t-elle vraiment?
Au terme de cette analyse, le constat est sans appel. Yaël Braun-Pivet ne roule ni pour ses électeurs, ni pour l'idéal de transparence qu'exige une société libre. Elle roule pour un triumvirat d'intérêts :
- Le Prince (Emmanuel Macron) : Elle est son paravent ultime, s'assurant que les scandales s'arrêtent aux portes de l'hémicycle et que le 49.3 passe sans trop de heurts.
- La Caste (le réseau Temime et consorts) : Elle protège l'entre-soi des puissants, garantissant que les enquêtes sur les réseaux d'influence — comme celui d'Epstein — ne débouchent jamais sur une remise en cause du système global.
- L'Institution (son propre pouvoir) : Prête à des alliances de revers pour conserver son poste, elle a fait de la survie administrative sa seule boussole.
Tant que des figures comme Braun-Pivet trôneront au Perchoir, le Parlement restera une citadelle assiégée. La lumière ne viendra pas de l'intérieur. Elle devra venir de la pression des individus souverains, bien décidés à ne plus se laisser gouverner par l'obscurité institutionnelle.









