Obtenir un créneau pour un passeport prend jusqu’à huit semaines dans les grandes villes, tandis que les cartes grises s’accumulent à l’l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) avec des délais réels de trois à huit semaines. Véhicules invendables, vacances compromises : le Défenseur des droits documente un naufrage généralisé, avec 61 % des usagers en difficulté contre 39 % en 2016. Malheureusement, la dématérialisation, censée simplifier la vie, a même supprimé le dernier recours : le guichet.
Cet été, obtenez un rendez-vous pour un passeport prend jusqu'à huit semaines dans les grandes agglomérations(Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux), quand les petites communes traitent encore les dossiers en une à deux semaines. Pour les cartes grises, l'ANTS affiche des délais officiels de trois à cinq jours ouvrés, mais la réalité constatée par les usagers oscille entre trois et huit semaines dès qu'un dossier sort de l'automatisation. Résultat concret : des véhicules invendables faute de certificat, des voyages compromis faute de titre valide.
Le papier d’identité devient un parcours du combattant
Dans les grandes villes, les délais pour obtenir un rendez-vous de passeport peuvent atteindre plusieurs semaines en période estivale. Service-Public reconnaît lui-même que les délais de fabrication varient selon le lieu et la période, avec des allongements à l’approche des vacances.

Le problème dépasse toutefois le simple désagrément saisonnier. Pour vendre une voiture, l’immatriculation doit être régularisée ; pour voyager hors de l’espace concerné, le titre d’identité doit être disponible. Or la procédure passe désormais largement par France Titres-ANTS. L’agence précise que le traitement d’une demande de carte grise peut prendre « quelques jours, voire plusieurs semaines » selon la complexité et l’affluence.
165 011 réclamations en 2025
Le constat du Défenseur des droits est autrement plus préoccupant. En 2025, l’institution a reçu 165 011 réclamations, demandes d’information et orientations, soit 17 % de plus qu’en 2024 et près de 70 % de plus qu’en 2020. Les relations avec les services publics concentrent une hausse de 20 %.

Son enquête sur l’accès aux droits révèle surtout que 61 % des usagers rencontrent des difficultés dans leurs démarches, contre 39 % en 2016. Le premier problème cité est désormais la difficulté à contacter quelqu’un pour obtenir une information ou un rendez-vous. Près d’un quart des personnes interrogées déclarent même avoir renoncé à faire valoir un droit.
Alors que la dématérialisation devait réduire les coûts et accélérer les démarches. Elle risque au contraire de transformer une administration inaccessible physiquement en administration inaccessible numériquement. Le problème n’est donc plus seulement celui de quelques semaines d’attente : c’est celui d’un monopole public dont les défaillances peuvent immobiliser un patrimoine, compromettre un déplacement et compliquer l’exercice d’un droit. Dorénavant, la question est : si l’État exige le document, peut-il encore se permettre de rendre son obtention si difficile ?

