Pendant cinq ans, un fonctionnaire wallon chargé de l’encodage des certificats verts aurait utilisé son accès administratif pour détourner 121 609 euros d’aides énergétiques vers son propre compte bancaire. Condamné en juillet 2026 par le tribunal de Namur, il avait notamment consacré une partie de l’argent à un scooter Yamaha de 9 699 euros et effectué 28 771 euros de virements à des proches.
Le tribunal correctionnel de Namur a condamné, jeudi 17 juillet, un fonctionnaire né en 1987 à une peine de travail de 250 heures. L'homme, agent au sein de la DG Marché régional de l'énergie du Service public de Wallonie (SPW), était chargé de l'encodage des certificats verts , ces titres délivrés aux producteurs d'énergie renouvelable, rachetés ensuite par les fournisseurs sous obligation de quotas fixés par le gouvernement wallon depuis 2006. Entre janvier 2019 et janvier 2024, il a modifié les données de comptes d'utilisateurs dont il avait la charge, détournant à son profit 121 609 € au préjudice de la SA Power Online Mega, d'Elia Transmission Belgium et de Finenergy SRL, toutes trois constituées parties civiles.
Cinq ans pour transformer un guichet public en caisse personnelle
Selon L’Avenir, le fonctionnaire de la Région wallonne de 39 ans, officiait à la DG Marché régional de l’énergie du Service public de Wallonie. Sa mission : encoder les données liées aux certificats verts, ces titres négociables destinés à soutenir la production d’électricité renouvelable.

Il a profité de cette fonction pour modifier les données de comptes d’utilisateurs et orienter progressivement des paiements vers son propre compte. Le mécanisme aurait fonctionné pendant environ cinq ans, pour un préjudice total de 121 609 euros. La fraude a été découverte fin 2023, a donné lieu à une information judiciaire pour faux, usage de faux, fraude informatique, escroquerie et blanchiment.

Le tribunal correctionnel de Namur l’a condamné en juillet 2026. Il est étonnant qu'aucun signalement interne, aucun audit croisé n'a permis de détecter l'anomalie avant fin 2023. L'argent détourné a financé un scooter Yamaha Tricity 300 à 9 699 €, ainsi que 28 771 € de virements vers des comptes de proches. Le tribunal a retenu, à décharge, une addiction aux jeux d'argent et la perte totale de la situation familiale et professionnelle du prévenu. Au civil, il devra rembourser près de 19 000 € à Power Online et 1 500 € à la Région wallonne pour atteinte à son image.
Le vrai scandale : cinq ans avant le contrôle
Ce fait divers namurois dit peu de choses sur un homme et beaucoup sur un système. La politique énergétique wallonne repose depuis vingt ans sur une architecture de subventions croisées, financée in fine par le consommateur via sa facture d'électricité, et gérée par une administration dont les mécanismes de contrôle interne restent, comme souvent, proportionnés au budget de communication plutôt qu'à celui de la vérification. Les certificats verts wallons ont longtemps constitué un levier coûteux de la transition énergétique, avec des flux financiers importants gérés en interne.

Pendant cinq ans, un seul agent a pu modifier les données sans déclencher d’alerte informatique ou hiérarchique efficace. Un seul homme, cinq ans, un guichet : voilà le résumé comptable de la gouvernance verte à la wallonne. Cette affaire rappelle surtout une réalité que les bureaucraties préfèrent souvent oublier : la multiplication des guichets publics ne supprime pas les intérêts privés ; elle peut créer de nouvelles opportunités de les satisfaire.
Le contribuable paie alors deux fois : d’abord pour financer la politique de subvention, ensuite pour réparer les failles du système chargé de la distribuer. La condamnation pénale sanctionne l’agent. Mais elle ne répond pas à la question institutionnelle : comment un détournement de cette durée a-t-il pu passer sous les radars ?


