Les eurocrates aboient, la caravane sino-arabe passe, par Florent Machabert

Les eurocrates aboient, la caravane sino-arabe passe, par Florent Machabert


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Les Sommets Chine/Etats arabes et Chine/CCG (Conseil de Coopération du Golfe), deux événements inédits dans l'histoire des relations sino-arabes, se sont tenus cette semaine à Riyad. Et le moins que l’on puisse dire est qu’ils ont débouché sur des résultats fructueux pour toutes les parties prenantes. Le président chinois a notamment appelé à « construire une communauté de destin sino-arabe plus solide », c’est-à-dire à approfondir une histoire amicale vieille de 20 siècles  $ et ce, en dépit des milliers de kilomètres qui séparent la Chine des pays arabes

Au fil des ans, la Chine et le monde arabe ont poursuivi ensemble un développement productif commun par le biais d’une coopération mutuellement bénéfique dans de nombreux domaines. Parmi les pays arabes, 20 ont ainsi signé une coopération avec la Chine dans le cadre de l’initiative La Ceinture et la Route, projet que nous évoquons régulièrement dans Finance & Tic et qui vise à revitaliser les anciennes routes de la soie ; 17 ont exprimé leur soutien au projet et 15 sont même devenus membres de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures. Dans le cadre du Forum de coopération Chine/Etats arabes, 17 mécanismes de coopération ont par ailleurs été lancés pour élargir et étoffer le programme d’alliance. Avec ces perspectives, la Chine n’est pas près de se faire détrôner comme premier partenaire commercial du CCG et premier marché d’exportation de produits pétrochimiques… Le président chinois a par ailleurs déclaré que « la plateforme de la bourse du pétrole et du gaz naturel de Shanghai sera pleinement utilisée pour le règlement en renminbi des échanges de pétrole et de gaz » aux pays arabes. Sacré Xi !

Le chiffre de la semaine

Vers une inflation française à deux chiffres en 2023

Cette fois, c’est le ministre de l’économie himself, l’ineffable Bruno Le Maire, qui l’a admis sur la radio cartellisée France Inter :  « le pic inflationniste qui dure déjà depuis plusieurs semaines durera encore quelques mois ». Où est donc passé le plateau promis par Véran ? Et qu’est-ce donc qu’un « pic qui dure » ? Ne serait-ce pas plutôt un cap ? Ou une péninsule ?

Dans son projet de loi de finances tel qu’enregistré le 26 septembre dernier à la présidence de l’Assemblée nationale, le gouvernement anticipait une inflation annuelle moyenne de 5,3 % en 2022 et de 4,2 % en 2023. Or, en novembre dernier, les prix à la consommation avaient déjà bondi de 6,2 % en glissement annuel, soit 7,1 % au sens de l’indice harmonisé établi par Eurostat. Même à 7%, nous avons émis ici de sérieux doutes quant à ces estimations.

Lorsque Bruno dit « quelques mois », il faut en réalité comprendre que l’augmentation des prix risque d’accélérer en Europe, alors qu’elle commence à marquer le pas (on parle de désinflation) outre-Atlantique, du fait de l’agressivité de la FED. Selon les prévisions, en rythme annuel, à l’horizon du printemps prochain, l’inflation harmonisée devrait atteindre 10% en France et 12% en zone euro, niveaux que nous avons en réalité déjà atteints voire dépassés selon nos propres estimations. Mais ce ne peut être Bercy qui se trompe.

La déclaration de la semaine

« La reconnaissance [de la baguette comme symbole de l’UNESCO] ne paie pas les factures. » Jérémy Ferrer, artisan boulanger de Meaux.

Triste constat pour ce boulanger de Meaux en Seine-et-Marne ! Alors que la baguette de pain vient d’être classée au Patrimoine mondial de l’Unesco (on a ainsi vu E Macron sortir de sa poche le long attribut national), de nombreux boulangers français risquent de fermer en 2023. En cause : la hausse des prix de l’électricité et des matières premières, qui met dans une situation plus que délicate quelque 33 000 artisans-boulangers français.

Selon le regroupement Grain de Blé, 80% des artisans-boulangers français ne bénéficient actuellement pas du bouclier tarifaire. Ce sont autant d’entreprises susceptibles de faire faillite. Autre problème pour les boulangers : leur faible marge de manœuvre sur les prix du pain. En augmentant sa baguette tradition de 10 centimes d’euros, Jérémy Ferrer a déjà perdu des clients, ce qui invalide en pratique la théorie économique dite des « biens de Giffen » qui prétend que l’élasticité-prix de la demande des biens de première nécessité (comme le pain, les pâtes, les pommes de terre, etc.) est positive, c’est-à-dire qu’une hausse des prix est censée s’accompagner d’une hausse des quantités consommées. Faut-il en déduire que le pain n’est même plus un produit de base dans la France qui tombe ?

L’actif de la semaine

Mise au point sur l’or

Alors que cela fait un semestre complet que nous vous avons proposé d’acheter de l’or (dossier 2), des esprits chagrins s’émeuvent de ce qu’il « n’a rien fait », alors que depuis le 1er janvier 2022, son cours a tout de même progressé de plus de 5%, soit environ seulement un point de % de moins que l’inflation française (officielle). Certes, par temps de guerre et d’inflation, c’est un peu chiche, mais que voulez-vous, le dollar est fort de la mollesse avec laquelle Christine Lagarde – laquelle porte bien mal ses initiales (« ChLag ») – remonte le taux directeur de la BCE. A peine la FED aura-t-elle « pivoté » (c’est-à-dire mis fin à son resserrement monétaire), que l’or devrait flamber, envoyant au tapis d’un même mouvement euro et dollar. A ce stade, 5%, ce n’est donc pas si mal et l’on peut dire, sans rougir, que le métal jaune a joué son rôle défensif (ou antifragile) au cœur de chacun des trois portefeuilles de sécession dont nous vous avons parlé ici avec Eric.

Je vous propose à présent dans le dossier 12, à paraître dimanche 18/12 dans la boutique, un point d’étape sur les perspectives 2023 et un vademecum complet sur l’entreposage de votre or physique.

Retrouvez nos dossiers bimensuels de sécession patrimoniale dans la boutique :

  • le N°1 consacré aux différentes classes d’actifs pour traverser la stagflation ;
  • le N°2 sur l’or-investissement ;
  • le N°3 sur les métaux blancs ;
  • le N°4 sur les matières premières ;
  • le N°5 sur l’art-investissement ;
  • le N°6 sur le non coté ;
  • le N°7 sur les devises étrangères ;
  • le N°8 sur les actions françaises ;
  • le N°9 sur les cryptoactifs ;
  • le N°10 sur les obligations souveraines étrangères ;
  • le N°11 sur l’assurance-vie.

Le N°12, à paraître le 18/12, fera le point, en complément du dossier N°2, sur le cours de l’or en 2022, les perspectives 2023 et l’entreposage physique.

Un dossier rétrospectif récapitulant les 12 dossiers de l’année 2022 est par ailleurs en préparation.


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