À Davos, Donald Trump a emmené une délégation américaine fournie pour marquer son territoire, et annoncer un renversement complet. Nous sommes passés du Great Reset technocratique professé en 2020 par Klaus Schwab, le fondateur du Forum, à un Reset national aux accents très différents. Mais est-ce mieux ?


La 56ème réunion annuelle du Forum Économique Mondial (WEF) à Davos, en janvier 2026, restera gravée dans l'histoire diplomatique et économique comme le moment précis où l'ordre libéral international, patiemment tissé depuis 1945, a cessé d'être la référence normative de l'Occident. Alors que le thème officiel de la conférence, "Un esprit de dialogue", tentait désespérément de maintenir une apparence de cohésion multilatérale, l'intervention du Président des États-Unis, Donald J. Trump, a fracassé ce consensus de façade. Un an après son retour à la Maison Blanche, fort d'une économie américaine affichant une croissance insolente de 5,4 %, le président américain n'est pas venu à Davos pour dialoguer, mais pour dicter les termes d'une nouvelle hégémonie.

Cette chronique se propose d'analyser en profondeur la nature de cette intervention et de répondre à la question centrale : Donald Trump a-t-il annoncé un "nouveau Great Reset"? Si l'on entend par "Reset" une réinitialisation fondamentale du système d'exploitation mondial, la réponse est affirmative. Cependant, ce "Reset National" est l'antithèse absolue du "Grand Reset" proposé par Klaus Schwab en 2020. Là où Schwab envisageait une gouvernance technocratique, verte et inclusive fondée sur la coopération multilatérale, Trump impose une architecture fondée sur le bilatéralisme coercitif, le réalisme énergétique (fossile et nucléaire) et la préservation civilisationnelle de l'Occident.
L'analyse détaillée des discours, des réactions internationales et des données économiques révèle que le projet de Trump, bien que plus immédiatement puissant grâce à la force de frappe économique américaine, souffre de vulnérabilités structurelles majeures qui compromettent sa durabilité à long terme, contrairement au projet de Schwab qui, bien qu'idéologiquement cohérent, s'est fracassé sur le mur du réel politique.
I. Contexte de la rupture : Davos 2026, théâtre d'une collision historique
1.1. L'atmosphère de la 56ème réunion annuelle
Il est impossible de comprendre la portée de l'annonce de Donald Trump sans saisir l'atmosphère crépusculaire qui régnait à Davos en ce mois de janvier 2026. Le Forum, fondé par Klaus Schwab en 1971 pour promouvoir le management américain en Europe, s'était transformé au fil des décennies en cathédrale de la mondialisation heureuse. Pourtant, l'édition 2026 a marqué la fin de cette innocence. L'absence notable de Klaus Schwab lui-même, écarté suite à des controverses internes et remplacé par un interim dominé par Larry Fink de BlackRock, symbolisait déjà la fin d'une époque.

L'arrivée de Donald Trump, à la tête de la plus grande délégation américaine jamais envoyée au Forum, a été perçue non comme une visite d'État, mais comme une inspection de propriétaire hostile. Le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, présent sur place, a comparé le président à un "T-Rex" avec lequel toute diplomatie est impossible : "soit vous vous accouplez avec lui, soit il vous dévore". Cette métaphore résume parfaitement la dynamique de la conférence : la peur et la sidération ont remplacé le réseautage poli habituel.

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1.2. La fin de l'ordre ancien
Les leaders européens présents ont, de manière surprenante, validé la prémisse trumpienne d'une rupture systémique. Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne, a admis dans son allocution que "l'ancien ordre ne reviendra pas" et que la nostalgie n'était "pas une stratégie". Emmanuel Macron a renchéri en mettant en garde contre un "nouvel impérialisme", reconnaissant implicitement que les règles du jeu avaient changé.

Cette convergence dans le constat — que le monde d'avant 2020 est mort — est le point de départ du "Reset" de Trump. Cependant, là où les Européens voient cette rupture comme une tragédie à gérer par plus d'intégration (l'appel de Von der Leyen à une "indépendance européenne"), Trump la voit comme une opportunité de marché pour rétablir la primauté américaine sans les coûts de maintenance du leadership mondial traditionnel.

II. Anatomie du "Reset National" de Donald Trump
Le projet dévoilé par Donald Trump à Davos ne se limite pas à une série de mesures protectionnistes ; il s'agit d'une doctrine cohérente que nous qualifierons de "Reset National". Ce modèle repose sur quatre piliers fondamentaux qui restructurent l'ordre mondial autour de l'intérêt national américain.

2.1. Le pilier économique : la prospérité comme arme de guerre
Le fondement de la légitimité du "Reset" trumpien est la performance économique brute. Contrairement au "Grand Reset" de Schwab qui cherchait à mesurer la prospérité par des métriques inclusives (ESG), Trump revient à une métrique unique et impitoyable : la croissance du PIB et la performance boursière.
2.1.1. Les chiffres du "Miracle" américain
Dans son discours, le Président Trump a martelé sans nuance les statistiques de son "renouveau économique", présentant l'Amérique non plus comme le consommateur en dernier ressort du monde, mais comme son moteur de production exclusif :
● Croissance du PIB : une croissance annualisée de 5,4 % au quatrième trimestre 2025. Ce chiffre, confirmé par le modèle GDPNow de la Fed d'Atlanta, dépasse largement les prévisions des économistes standards qui tablaient sur 2,1 %.
● Inflation : Une inflation "vaincue", ramenée à 1,6 % (Core Inflation), contredisant les craintes de stagflation.
● Marchés financiers : 52 records historiques battus en un an, avec une prévision d'un Dow Jones atteignant les 50 000 points.
● Balance commerciale : Une réduction spectaculaire de 77 % du déficit commercial mensuel, signalant un découplage effectif d'avec les exportateurs traditionnels (Chine, UE).

2.1.2. Le mécanisme : dérégulation et "OBBBA"
Ce boom n'est pas accidentel ; il est le fruit d'une politique d'offre agressive. Trump a cité un ratio de dérégulation sans précédent de "129 régulations supprimées pour une nouvelle", libérant ainsi le capital. De plus, la référence à la législation "OBBBA" et au rétablissement des avantages fiscaux du TCJA (Tax Cuts and Jobs Act) indique une relance budgétaire massive. Le message aux élites de Davos est clair : le modèle américain de capitalisme débridé a triomphé du modèle rhénan ou du capitalisme d'État chinois.

2.2. Le pilier énergétique : le réalisme au service de l'IA
C'est sur la question énergétique que la rupture avec le "Grand Reset" de Schwab est la plus violente. Trump a explicitement lié la politique énergétique à la suprématie technologique, en particulier dans le domaine de l'Intelligence Artificielle.
2.2.1. L'équation Énergie = IA
Le Président a déclaré : "Nous avions besoin de plus du double de l'énergie actuelle du pays, juste pour alimenter les usines d'IA". Cette déclaration marque un tournant conceptuel. L'énergie n'est plus une commodité dont il faut réduire l'empreinte carbone, mais une ressource stratégique dont il faut maximiser la production pour gagner la course technologique.
● Le pivot nucléaire et fossile : pour satisfaire cette demande vorace, Trump a signé des ordres exécutifs pour de "nombreux nouveaux réacteurs nucléaires", louant leur sécurité et leur coût. Simultanément, il a ridiculisé l'énergie éolienne, affirmant (faussement, comme l'a noté la Chine) ne pas avoir trouvé de parcs éoliens fonctionnels.

● Le prix de l'énergie : avec un gallon d'essence à 1,95 $, Trump utilise l'énergie bon marché comme un avantage comparatif pour réindustrialiser l'Amérique, forçant les entreprises européennes, plombées par des coûts énergétiques élevés (64 % plus chers au Royaume-Uni selon Trump), à se délocaliser aux USA.
2.3. Le pilier culturel : la civilisation contre le "Wokisme"
Le "Reset" de Trump possède une dimension culturelle explicite. Là où Schwab prônait l'inclusion et la diversité mondiale, Trump défend l'héritage culturel occidental comme facteur de production économique.






