Le programme du nouveau gouvernement allemand conduit naturellement à une divergence franco-allemande

Le programme du nouveau gouvernement allemand conduit naturellement à une divergence franco-allemande


Partager cet article

Il y a un seul changement à Berlin: la substitution d'un chancelier franc et jouant cartes sur tables à la secrète et retorse Angela Merkel. Pour le reste, nous aurons droit à du "merkelisme sans Merkel". Cela fait longtemps que l'Allemagne a troqué le conservatisme ordo-libéral pour un "ordo-progressisme", l'alliance étrange de l'orthodoxie budgétaire et de la mentalité "bobo". Dans tous les cas, le programme qui se met en place est contraire aux intérêts profonds de notre pays.  Il est temps d'entrer dans une politique de rééquilibrage entre la France et l'Allemagne.

"Si nous voulons que tout reste comme c'est, il faut que tout change"

« Si nous voulons que tout reste comme c’est, il faut que tout change » déclare le neveu du Prince, à la fin du Guépard. On ne pouvait pas s’empêcher d’avoir ce sentiment, quand on assistait, cet après-midi 24 novembre à la présentation du contrat de coalition entre les trois partis – sociaux-démocrates, écologistes et libéraux . Pourquoi? Eh bien parce qu’Olaf Scholz, le presque-chancelier a commencé la séance de présentation du contrat de gouvernement signé avec ses partenaires par un point sur….le COVID-19.  Les gouvernements allemands se suivent et se ressemblent…. Il faut dire qu’Olaf Scholz, qui apparaît comme un homme neuf, était en fait vice-chancelier et ministre des Finances du gouvernement Merkel sortant.

Certes, un homme savoure l’instant, c’est Christian Lindner, le président du FDP, le parti libéral. Il y a quatre ans, il avait refusé de rentrer au gouvernement tant que Madame Merkel serait Chancelière. Sage décision: la Chancelière avait pour habitude de s’approprier les idées des autres partis, jusqu’à les vider, quand elle le pouvait, de leur substance. Lindner a fait l’éloge de la personnalité de Scholz, que l’on pouvait écouter comme l’antithèse de Merkel: l’Allemagne s’apprête à installer à la Chancellerie un homme de dialogue, qui dit ce qu’il veut et joue la franchise avec ses partenaires.

L'ordo-progressisme continue après Merkel

Loin de nous l’idée de sous-estimer l’importance du changement de Chancelier ! La personnalité d’Angela Merkel était – un peu comme celle d’Emmanuel Macron pour notre République – profondément déstabilisatrice pour le système politique allemand.  Son départ est une bonne chose car le « merkelisme » sans Merkel n’aura pas la même nocivité. En particulier parce qu’il est clairement assumé, désormais comme une politique de gauche. Et, du coup, la CDU va pouvoir revenir à son positionnement naturel, celui que Merkel a tellement défait: au centre-droit.

C’est bien un programme « merkelien » qui est mis en place:

+ maintien d’un « semi-enfermisme » pour combattre le COVID;

++ légalisation d’une consommation de cannabis très encadrée;

+++fermeture des centrales à charbon dès 2030;

++++ pilier européen de la défense dans l’Alliance Atlantique;

+++++regroupement familial facilité pour les réfugiés

Certains diront que la présence de Christian Lindner pour veiller sur l’équilibre budgétaire au Ministre des Finances change la donne. Mais en quoi est-ce différent de la période Merkel. L’Allemagne dispose définitivement du logiciel ce que l’on peut appeler « ordo-progressisme ».

Un programme à l'opposé des intérêts français

Evidemment, les Français devraient en tirer tout de suite les leçons. Puisque nous avons un gouvernement allemand qui sait ce qu’il veut, ayons le courage, nous-mêmes de définir nos intérêts et de les affirmer, au besoin en divergence avec l’Allemagne.

+ Nous ne voulons pas d’une Europe sans industrie nucléaire;

++ Nous jugeons qu’il faut choisir entre l’appartenance à l’OTAN  et le développement d’une défense européenne propre.

+++ Nous nous protégerons au besoin contre des politiques d’immigration laxistes menées par notre voisin.

L’illusion d’un alignement franco-allemand  devrait être dissipée par les choix du nouveau gouvernement allemand. Rien de dramatique: il nous faut simplement apprendre à compter plus sur nous-mêmes et à développer des coalitions qui soient les nôtres au sein de l’Union Européenne.

Evidemment, Emmanuel Macron doit frétiller ce soir et rêver d’une convergence entre Paris et Berlin sur la base de « l’ordo-progressisme ».  or rien ne serait plus contraire aux intérêts de notre pays. Et rien ne serait plus illusoire vu que l’absence d’orthodoxie budgétaire en France rendra notre discous inaudible à Berlin. Loin de l’alignement de Paris sur Berlin, il nous faut pratiquer un rééquilibrage entre la France et l’Allemagne.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Jurançon: il gagne 5,8 millions au Loto… et finit criblé de dettes
Photo by Waldemar Brandt / Unsplash

Jurançon: il gagne 5,8 millions au Loto… et finit criblé de dettes

Le 4 avril 2007, un habitant de Jurançon (Pyrénées-Atlantiques) validait une grille au tabac-presse du quartier et empochait 5,8 millions d’euros au Loto. Dix-huit mois plus tard, la fortune avait fondu. Aujourd’hui endetté de quelque 150 000 euros, avec ses deux maisons hypothéquées, il confie à la radio locale Ici Béarn Bigorre une « haine astronomique » envers l’escroc rencontré en chemin et regrette amèrement d’avoir ignoré l’accompagnement proposé par la Française des Jeux. Une histoire ban


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Imbert à l'Élysée, Moulin à la Banque de France : quand le grand jeu des chaises musicales macronistes s’accélère

Imbert à l'Élysée, Moulin à la Banque de France : quand le grand jeu des chaises musicales macronistes s’accélère

Un décret paru au Journal officiel ce 30 avril officialise le retour de Pierre-André Imbert comme secrétaire général de l'Élysée. Son précédent, Emmanuel Moulin, lorgne la Banque de France. Derrière ces nominations techniques se dessine une stratégie de placement institutionnel en cette fin du deuxième mandat de Macron. Pierre-André Imbert, inspecteur général des finances et ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée de 2020 à 2023, deviendra lundi 4 mai le nouveau secrétaire général de la p


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

L'OPEP-monde se meurt, le pétrole s'embrase : vers un Brent à 150$, par Vincent Clairmont

L'OPEP-monde se meurt, le pétrole s'embrase : vers un Brent à 150$, par Vincent Clairmont

Le marché pétrolier n'est plus une mécanique de précision, mais une boucherie à ciel ouvert. Le Brent frôle les 120 dollars le baril et, tandis que les chancelleries s'agitent, les faits, eux, sont têtus : nous assistons à la démolition contrôlée de l'ordre énergétique mondial. Ce n'est pas une simple "crise de volatilité", c'est le grand découplage entre la géopolitique de la force et les illusions d'un marché physique en état de mort cérébrale. Pourquoi l’asphyxie mondiale impose une stratég


Rédaction

Rédaction

La Directive UE sur les rémunérations ou la fin programmée de la liberté contractuelle...

La Directive UE sur les rémunérations ou la fin programmée de la liberté contractuelle...

Plusieurs lecteurs m'ont demandé ce que je pensais de la directive européenne sur les rémunérations, qui va révolutionner ce sujet tabou en France. Voici une première réponse... Sous le vernis moralisateur de l'« égalité femme-homme », la Directive (UE) 2023/970 vient d’achever ce qui restait de l’autonomie de gestion dans nos entreprises. Ce n'est plus du droit social, c'est de l'ingénierie bureaucratique pure, une tentative désespérée de la Caste européenne de substituer le plan à la réalité


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe