En ce 21 janvier 2026, anniversaire de la décapitation de Louis Capet, la France se recueille, ou plutôt, elle s'interroge. Sous la grisaille d'un hiver incertain, aussi mou du genou que le Bloc Central, le souvenir de la place de la Révolution et du couperet tombant sur le cou de Louis XVI n'est plus une simple image d'Épinal pour manuels scolaires en déshérence. C’est une interrogation ouverte, un pivot que nous n'en finissons pas d'interroger.

Pourquoi, deux siècles plus tard, la figure du « Roi » — et surtout celle de son exécution — sature-t-elle encore notre imaginaire politique ? Pourquoi le désespoir social actuel semble-t-il puiser sa source dans cette incapacité chronique à « liquider » symboliquement un pouvoir qui nous écrase ? Pour comprendre le malaise français, il faut cesser de regarder les courbes du chômage ou les indices de la consommation et plonger dans les eaux sombres de l'anthropologie du sacré.

I. Le mécanisme du bouc émissaire : la leçon oubliée de René Girard
Pour comprendre ce qui se joue aujourd'hui, il faut revenir à l'œuvre monumentale de René Girard. Dans La Violence et le Sacré, Girard nous explique que toute société humaine est traversée par le désir mimétique. Nous désirons ce que l'autre désire. Cette rivalité permanente crée une tension insupportable, une « crise d'indifférenciation » où tout le monde devient le rival de tout le monde. Si rien ne vient purger cette violence, la société s'autodétruit dans une guerre civile perpétuelle.
Le remède archaïque, mais terriblement efficace, est le mécanisme du bouc émissaire. Pour que la paix revienne, la communauté doit canaliser toute sa violence vers une victime unique, désignée comme responsable du chaos. Cette victime doit être à la fois « dans » et « hors » de la société. Le Roi était, par définition, la victime idéale.
En 1793, en décapitant Louis XVI, la Révolution n'a pas seulement commis un acte politique ; elle a accompli un rite de régénération par le sang. En tuant le Roi, les Français de l'époque ont évacué leur propre violence interne sur un corps unique. La tête tombée a permis au corps social de se ressouder. La tragédie de 2026, c'est que nous avons conservé la violence, mais nous avons perdu le mécanisme de sa purgation.
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II. De l'incarnation à l'abstraction : la trahison de la "Caste"
Le 21 janvier a marqué le début d'un processus de dévitalisation du pouvoir. Sous l'Ancien Régime, le pouvoir était incarné. Comme l'a magistralement analysé l'historien Ernst Kantorowicz dans Les deux corps du Roi, le souverain possédait un corps physique (mortel) et un corps mystique (immortel, représentant l'État). Cette dualité permettait une responsabilité absolue : si le Roi échouait, son corps physique pouvait être sacrifié pour sauver le corps mystique de la Nation.
Depuis lors, nous sommes passés du règne de l'Homme au règne de la Procédure. La « Caste » — cette noblesse de diplôme et de réseaux qui a remplacé la noblesse de sang — a réussi le coup d'État parfait : elle exerce le pouvoir sans jamais l'incarner.
Aujourd'hui, lorsque vous manifestez contre une réforme injuste, vous ne faites pas face à un homme, mais à une structure. La Caste est une hydre technocratique : coupez une tête administrative, dix autres repoussent à Bruxelles, à Davos ou dans les conseils d'administration. Le pouvoir est devenu insaisissable, et donc insacrifiable.

III. Le "Canada Dry" de monarque : l'illusion macronienne
C’est ici qu’apparaît la figure d’Emmanuel Macron, point d'orgue de cette dérive. On a beaucoup parlé de son style "jupitérien", de sa volonté de renouer avec la verticalité de la Ve République. Mais c’est une illusion d'optique. Macron n'est pas un monarque ; il est ce que j'appelle un "Canada Dry" de monarque.
Le 21 janvier doit nous rappeler que le pouvoir est une chose sérieuse qui finit toujours par se payer. La Caste croit avoir aboli cette loi d'airain par la technocratie. Elle se trompe. Une société qui ne sait plus sacrifier ses chefs pour se réconcilier finit par se sacrifier elle-même.
Eric Verhaeghe


