Le marché automobile russe est devenu méconnaissable, par Olga Samofalova

Le marché automobile russe est devenu méconnaissable, par Olga Samofalova


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Le choix de voitures en Russie s'est réduit aux marques de trois pays - la Russie, la Chine et la Corée. La part d'AvtoVAZ est revenue à des valeurs record - plus de 40 % - ce qui n'avait pas été vu depuis 2005. Certes, les fabricants chinois marchent sur les talons du constructeur russe. Cependant, cette année, il est inutile d’espérer des promotions avant le Nouvel An. Pourquoi les prix des voitures continuent-ils d'augmenter et les importations parallèles ne sauvent-elles pas la mise ?

Cet article initialement publié en russe sur Politika-ru n’engage pas la ligne éditoriale du Courrier.

Le marché automobile russe a radicalement changé au cours de l’année écoulée. La part d’AvtoVAZ continue de croître, et en novembre, elle a atteint un niveau record. Selon le constructeur, la part de Lada est passée à 42 % du marché total au cours de la semaine du 7 au 13 novembre. La part de Lada pour la première fois depuis 2006 a dépassé 40 % en septembre de cette année, mais surtout faut-il le souligner, sa croissance se poursuit. La dernière fois que la part de la marque russe a dépassé 40 %, c’était en 2005, mais elle est retombée à 36,9 % en 2006. Après 2007, la part de Lada sur le marché russe était constamment inférieure à la barre des 30 %, et en 2014, elle a même chuté 15 %.

Les marques européennes ont pratiquement disparu du marché

Mais revenons à novembre 2022. Les marques européennes familières ne figurent désormais presque plus dans les évaluations des ventes. Après Lada, qui s’est vendue à plus de 4.600 véhicules la semaine dernière, il y a trois marques chinoises qui se tiennent à égalité : Haval (992 voitures vendues), Chery (946) et Geely (783).  Les Coréens Kia (682) et Hyundai (564) occupent les cinquième et sixième positions, selon Avtostat. À la septième place se trouve la marque chinoise EXEED (290), légèrement derrière la française Renault (287). Dans le top 10 figuraient également la japonaise Toyota (276) et la russe UAZ (233). Le marché automobile russe est donc désormais partagé entre trois principaux concurrents : russe, chinois et coréen. Le classement des Français et des Japonais s’explique par la liquidation des stocks des concessionnaires.

Grâce aux importations parallèles, les concessionnaires sont en mesure de maintenir leur approvisionnement en modèles populaires. Cependant, les volumes ne répondent pas encore à la demande de voitures neuves du marché. Jusqu’à présent, les voitures de marques étrangères sont importées pièce par pièce et la logistique que prend en charge le concessionnaire augmente le coût des voitures. Un représentant du service de presse du groupe d’entreprises AvtoSpetsTsentr soulève un autre problème : « depuis le 1er octobre, il y a également la contrainte pour les voitures importées d’installer obligatoirement un bouton du système ERA-GLONASS ».

La faible performance des Coréens réside dans la hausse des prix des véhicules qui étaient auparavant déjà chers, avec, en particulier le coût élevé des équipements. Par conséquent, pas une seule voiture coréenne ne figure dans le top 10 des voitures les plus vendues. « Les marques coréennes ont perdu une partie de leurs clients russes. Les constructeurs perdent du terrain sur fond d’offre élargie des marques chinoises », note AvtoSpetsTsentr.

Le top 10 des voitures les plus vendues se compose exclusivement de modèles nationaux et chinois

Selon AUTOSTAT, les voitures les plus achetées en Russie sont actuellement la Lada « Granta », suivie par les voitures tout-terrain Lada « Niva Travel » et Lada « Niva Legend ». Ce n’est qu’ensuite qu’apparaissent dans le classement les véhicules Chinois avec les modèles « Chery Tiggo 7 PRO », « Haval Jolion » et « Geely Coolray ». La Lada « Vesta », inférieure aux chinoises, n’occupe que la septième place. Viennent ensuite les crossover « Haval F7 » et « Geely Atlas Pro ». C’est la voiture UAZ « Patriot » qui se classe à la fin du top 10 des ventes.

La part de l’industrie automobile russe sur le marché intérieur augmente pour des raisons évidentes. Le premier est le départ de Russie des constructeurs occidentaux et la hausse des prix des voitures de leurs marques qui s’en est suivie. Les concessionnaires automobiles ont vendu les voitures qu’ils avaient en stocks et désormais ceux-ci sont presque vides. Vient ensuite la hausse des prix des voitures produites dans l’UE, aux États-Unis et au Japon : plus de 50 % depuis le début de l’année ! Enfin, à cause des changements économiques dans le pays, beaucoup d’acheteurs potentiels ont renoncé à leurs achats. En outre, rappelle l’expert Fedor Sidorov, « au premier semestre de l’année, les taux des prêts sont passés à 22-24 % par an, dans un contexte de hausse du taux directeur à 20 % ». Sidorov souligne également un autre point : « si les Russes ont fait le choix de privilégier des voitures de constructeurs restés sur le marché au lieu d’une marque occidentale, c’est par crainte de ne pas trouver par la suite de pièces de rechange et de se retrouver ainsi pénalisés pour l’entretien de leur véhicule, alors qu’avec les marques russes, il est plus facile de procéder aux réparations ».

Depuis le début de l’année, la part des voitures chinoises en Russie a déjà triplé. « Au cours des dernières années, l’industrie automobile chinoise a considérablement changé non seulement dans la conception, mais aussi dans les technologies de pointe en termes d’agrégats et d’équipements. En termes de configuration et d’équipement, les voitures chinoises sont déjà supérieures aux modèles coréens, japonais et européens en raison des options de confort et de sécurité incluses », précise un porte-parole du groupe d’entreprises Avtodom. Cependant, plusieurs experts estiment que les marques chinoises n’ont pas révélé tout leur potentiel en Russie. « À l’avenir, nous verrons une augmentation de la part des marques chinoises. Il a fallu du temps aux fabricants chinois pour résoudre les problèmes de logistique et s’implanter sur de nouveaux sites. Il est peu probable que la Chine rate l’occasion d’entrer sur un marché presque vide », estime pour sa part Sidorov.

De sérieuses difficultés d’approvisionnement pour l’industrie automobile russe

La hausse des prix peut ralentir les ventes d’une marque nationale. « La croissance des prix des voitures Lada cette année a déjà atteint environ 70 %. Il est difficile de juger dans quelle mesure cela est justifié. Mais il y a au moins un facteur qui peux l’expliquer : les problèmes de logistique pour l’approvisionnement des composants occidentaux qui s’avèrent nécessaires à la production. Comme vous le savez, dans l’industrie automobile russe, la dépendance aux importations (principalement de l’électronique) est de 80 % », note Sidorov. L’autre jour, même Vladimir Poutine a interdit d’augmenter les prix des voitures de façon déraisonnable, malgré cette contrainte de logistique. Dans le même temps, le chef d’AvtoVAZ, Maxim Sokolov, a déclaré que la situation, concernant l’approvisionnement en composants de l’étranger pour la production de voitures Lada, restait difficile et avait même tendance à s’aggraver. Il a notamment reconnu que les fournisseurs mondiaux avaient récemment refusé de coopérer avec les fabricants russes. Par conséquent, les risques de défauts d’approvisionnement augmentent, même pour les composants qui ne figurent pas sur la liste des sanctions. Le constructeur se retrouve ainsi littéralement « sur les dents ».

Par conséquent, il ne vaut guère la peine d’attendre les ventes traditionnelles du Nouvel An auxquelles les Russes sont habitués pour l’achat de leur automobile. Il n’y a pas de surstockage dans les entrepôts, et personne ne peut garantir l’approvisionnement des modèles des nouvelles séries. Cependant, si l’on en croit Sidorov, « cela ne vaut pas non plus la peine d’attendre des augmentations de prix… ». L’expert poursuit son analyse : « toute augmentation des prix pèse sur le pouvoir d’achat et les prêts automobiles se réduisent également, si bien que le volume total des achats de voitures dans le pays est en baisse. Les Russes sont passés en fait à un modèle de consommation de crise : les achats importants sont reportés à l’avenir. Et toute augmentation supplémentaire du coût d’une voiture réduira encore la demande, ce que les fabricants et les vendeurs ont bien compris ». Un représentant du service de presse du groupe d’entreprises Avtodom abonde en ce sens : « il n’y a pas de conditions permettant d’envisager une baisse des prix des voitures neuves d’ici la fin de l’année. Par conséquent, il n’y a pas de plan de promotion pour les ventes du Nouvel An ».


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