La sécurité sociale peut-elle survivre au choc du coronavirus et de la crise ?

La sécurité sociale peut-elle survivre au choc du coronavirus et de la crise ?


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La sécurité sociale devrait subir de plein front les conséquences du coronavirus et du confinement. En l’état des chiffres transmis par l’ACOSS, l’agence centrale des organismes de sécurité sociale qui chapeaute les URSSAF, la dégringolade devrait être terrible et confirme les annonces que nous avions faites sur la dégradation accélérée des comptes publics. On imagine mal que le gouvernement ne réagisse pas fortement face à la catastrophe qui peu à peu se dessine.

La sécurité sociale sera-t-elle la grande victime du coronavirus et de la crise qui le suit ? Rien ne l’exclut, bien au contraire, puisque, selon les chiffres donnés par l’ACOSS, la situation de la masse salariale est catastrophique et probablement prise dans une spirale baissière inconnue jusqu’ici. En l’état, cette masse devrait baisser d’au moins 16% sur l’ensemble de l’année. Autrement dit, les employeurs ont versé 16% de salaires en moins que d’habitude. Excusez-les du peu !

La sécurité sociale victime d’une masse salariale en baisse ?

La baisse de la masse salariale pour la sécurité sociale pourrait constituer un dangereux poison. Certes, les cotisations  qui pèsent sur cette masse ne représentent plus que 50% (environ) du financement de la sécurité sociale. Mais une baisse de 10% des recettes issues de celles-ci se traduit tout de même par un manque à gagner de 5% pour l’ensemble des régimes, soit un bon 25 milliards à trouver. Ce n’est pas rien !

La difficulté pour la sécurité sociale dans la baisse vertigineuse de la masse salariale est qu’elle traduit une paupérisation générale, qui s’accompagne de fortes baisses dans le produits des autres sources de financement, notamment dans le produit de la contribution sociale généralisée. D’une certaine façon, la baisse de la masse salariale est le symptôme d’une crise générale du financement public, qui impacte fortement (mais dans des proportions encore mal mesurées) les équilibres de la sécurité sociale elle-même.

L’inconnue de la CSG

Pour l’instant, on y voit moins clair sur les comptes sociaux que sur les comptes de l’État. C’est en partie pour cette raison que Jean Castex a demandé au Conseil d’Orientation des Retraites (COR) d’estimer les dégâts sur les régimes de retraites en fin d’année. Tout le monde s’attend à une saignée dans les dépenses, comme nous le détaillons par ailleurs.

Mais une inconnue pèse sur l’estimation de l’atterrissage : quel sera le comportement de la contribution sociale généralisée, le poumon essentiel de la sécurité sociale, d’ici à la fin de l’année ? Pour l’instant, on manque de chiffres tangibles, mais il ne faut pas oublier que celle-ci représente plus du quart du financement de la sécurité sociale. Une forte baisse du produit de la CSG, jointe à une forte baisse du produit des cotisations, pourrait tout à fait se transformer en machine infernale pour la protection sociale française.

Une crise profonde du salariat

Progressivement, ce qui se dégage de ces grandes lignes de champ, c’est la crise du salariat qui traverse la société française, comme l’ensemble des sociétés occidentales. La question de l’ubérisation l’a bien montré : la forme « salaire » inventée à l’occasion de la révolution industrielle a du plomb dans l’aile, et tous les modèles de société qui ont placé le salariat au coeur de leur organisation traversent un moment difficile.

Au fond, on ne sait plus exactement quelle légitimité, ni quelle pérennité, il peut y avoir pour un modèle qui part du principe que la forme normale du travail est le salariat, dans un univers où de nouvelles formes d’emploi et de rémunération apparaissent. La vrille qui torpille la masse salariale en France en est une illustration parmi d’autres.

Le sujet difficile du montant des prestations

En France, ce phénomène prend un tour social compliqué, puisque nous avons fait le choix de créer un opérateur, un assureur, monopolistique, public, unique, qui concentre sur lui seul l’ensemble du risque et des dépenses. Tout affaiblissement du mécanisme systémique se traduit donc par une remise en cause de la cohésion globale du système et de la société.

Concrètement, on voit mal comment il sera possible de continuer à maintenir un « niveau élevé de solidarité » si les moyens de le financer n’existent plus. Autrement dit, il faut s’attendre, dans les années à venir, à une érosion forte de la protection apportée par la sécurité sociale, sauf à étrangler financièrement le pays pour assurer des revenus de remplacement et des indemnisations insoutenables pour ceux qui cotisent.

On peut évidemment faire de grands mouvements de moulinet pour défendre l’idée que les acquis sociaux sont immuables et que le niveau de protection assuré par une société ne peut jamais descendre. Mais tôt ou tard, il faut regarder la réalité en face…

Violente réaction sociale en vue

Selon toute vraisemblance, les « ajustements » que la France va devoir opérer cette année et en 2021 vont poser des problèmes majeurs de cohésion sociale. Alors que la crise va sévir méchamment (et nous n’avons encore rien vu à ce stade), il va falloir expliquer que l’épaisseur des amortisseurs se réduit. Le réveil sera douloureux pour les Français qui vivent, depuis des années, anesthésiés face à la réalité.

Le populisme des gouvernements qui se succèdent leur laisse croire que l’endettement peut constituer une solution d’avenir à tous leurs problèmes. Vraisemblablement, ce mensonge va s’arrêter, et l’atterrissage sera brutal.

Nous relevons ici une fois de plus notre pronostic d’une réaction « maduriste » qui perturbera le jeu politique français et s’achèvera par une purge thatchérienne.


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