La sécession, l’arme libertarienne pour changer le système pacifiquement, par Eric Verhaeghe

La sécession, l’arme libertarienne pour changer le système pacifiquement, par Eric Verhaeghe


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Au cours de notre semaine libertarienne, nous avons interrogé la capacité du libertarisme à répondre aux sujets de notre temps. Reste une question à poser : par quel mode opératoire le libertarisme peut-il modifier la société en profondeur ? Nous revenons ici sur la question de la démocratie et de ses institutions, de la révolution, et de la sécession, cette troisième voie qui nous paraît la seule aujourd'hui capable de changer le cours des choses sans violence.

Au cours de notre « semaine libertarienne », nous avons passé l’actualité au crible de la pensée libertarienne, y compris en proposant un programme cohérent. Reste un point que nous n’avons pas assez abordé : quelle méthode d’action politique devons-nous adopter pour changer le cours des choses ?

Je voulais aujourd’hui m’attarder sur cette question délicate du mode politique opératoire pour changer la réalité sans sombrer dans le chaos.

Les 3 modes politiques pour changer le réel

D’une manière « théorique », il existe deux méthodes bien connues pour changer le réel.

La première passe par l’action politique légale et par la revendication institutionnelle. L’aspiration à une VIè République exprimée par la France Insoumise, ou encore la demande d’instauration d’un Référendum d’Initiative Citoyenne (le RIC), sont quelques-unes des variantes de ce mode d’action. On en connaît les ressorts : il faut dégager une majorité parlementaire suffisante, grâce au processus électoral, pour voir aboutir son programme.

Une deuxième méthode consiste à agir par la force, en pratiquant l’insurrection, aussi appelée révolution selon les cas. Dans cette hypothèse, le changement de régime n’obéit plus à une logique juridique et résulte d’un rapport de force qui peut déboucher sur de nombreux excès. Le pouvoir appartient à la rue, et toutes les manipulations sont possibles.

Une troisième méthode peut exister : la sécession, qui constitue une forme préparatoire à la désobéissance civile. La sécession consiste, pour les citoyens, à se retrancher de la vie collective, à la boycotter, à ne plus participer activement aux processus sociaux, et à vivre de la manière la plus autonome possible. Dans ce cadre, il n’y a pas violation de l’état de droit, il y a simplement abstention vis-à-vis du régime politique.

Inconvénients de la voie électorale

Les inconvénients de l’action politique légale sont bien connus : les institutions en place verrouillent tout changement. Dans le cas de la Vè République, cet inconvénient est bien connu : l’élection présidentielle oppose un candidat « respectable » et un populiste qui n’a que très peu de chances d’être élu, et subit, dans tous les cas, les foudres de l’establishment. Les élections législatives confirment globalement le choix contraint opéré à la présidentielle.

Ces recettes permettent de bloquer toute évolution, et instillent un pourrissement politique, traversé de soubresauts comme la création d’un Comité National de la Refondation, qui n’est qu’un leurre pour justifier l’immobilisme et la mise entre parenthèses des revendications émanant des classes sociales tenues à l’écart du pouvoir.

Inconvénients de la révolution

Inversement, la révolution pose d’importants problèmes d’équilibre social. Lorsqu’une révolution survient, le corps social et le corps politique sont gravement perturbés, et nul ne sait vers quelle issue il penche. Ce phénomène peut initier un chaos à l’origine de toutes les aventures imaginables. La révolution est souvent porteuse de violence physique, ce qui explique la détestation dont elle fait majoritairement l’objet, et la crainte qu’elle inspire.

Au fond, la révolution pose plus de problèmes qu’elle n’en résout.

Les avantages de la sécession

La gestion de la folie covidienne a fait émerger un autre mode d’action : la sécession.

Ainsi, pendant le COVID, la minorité dont les droits fondamentaux ont été foulés au pied par la majorité adepte des méthodes liberticides a très largement organisé sa résistance en se soustrayant concrètement à la tyrannie majoritaire. Des méthodes alternatives de vie collective sont apparues, fondée sur une plus large autonomie des individus, une moindre dépendance vis-à-vis de la caste et, au besoin, des stratégie de contournement pour échapper aux règles tyranniques en vigueur.

Des réseaux autonomes se sont mis en place, fondés sur des valeurs démocratiques et souvent de partage, imperméables aux tourments causés par l’autoritarisme en vigueur.

Grâce à cette épisode, de nombreux Français ont compris l’importance d’une vie sans l’Etat, voire contre l’Etat, et contre la subordination imposée par la caste.

Ce système de sécession, que je décris dans mon livre consacré à cette question, me paraît la méthode la plus efficace et la moins dangereuse pour rompre avec le régime actuel. La sécession ne passe par aucune violence, elle peut avoir la puissance de la désobéissance civile, et elle prépare activement, par l’initiative individuelle, une société alternative efficace.

Comment concrètement pratiquer la sécession ?

Le livre que j’ai consacré au sujet (éditions Culture & Racines) constitue avant tout un mode d’emploi pratique pour réussir sa sécession dans tous les domaines : spirituel, culturel, patrimonial, familial, éducatif. Le plus dur est de passer à l’action et de se sentir à l’aise avec un nouveau mode de vie.

Bien entendu, ces pistes sont loin d’être exhaustives et figées. Dans tous les cas, il faut se souvenir que la sécession est un sport collectif, et qu’elle fonctionne mieux quand ceux qui la pratiquent ou veulent la pratiquer se rassemblent pour échanger et s’entraider sans l’aide toxique de l’Etat.

C’est par la fédération des initiatives individuelles que notre monde s’améliorera.


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