La caste ne sait plus quoi inventer:  Attali évoque une guerre entre la France et l’Allemagne pour nous faire peur
The president of the French Commission for the Liberation of Growth (CLCF) Jacques Attali (L), heads the firt meeting of the commission, flanked by then assistant rapporteur of the commission Emmanuel Macron (R), at the Senate in Paris on September 10, 2007. President of the / AFP PHOTO / JACQUES DEMARTHON

La caste ne sait plus quoi inventer: Attali évoque une guerre entre la France et l’Allemagne pour nous faire peur


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J'avais manqué l'article, scandaleux, où Jacques Attali, évoque le spectre d'une guerre franco-allemande. L'ancien conseiller de François Mitterrand joue à nous faire peur. Alors il faut le dire bien clairement: non, la France et l'Allemagne, n'ont aucune raison de "se faire la guerre". Elles se connaissent moins bien qu'il y a un demi-siècle, on apprend moins dans les deux pays la langue de l'autre et les deux sociétés ont développé une forme d'indifférence l'une envers l'autre? Cela veut dire que la réconciliation des années 1960 a fait son effet; la relation entre les deux pays est devenue mature. On n'a plus besoin d'invoquer à toute occasion "le couple franco-allemand" du côté français. Et si Jacques Attali veut à tout prix infantiliser nos dirigeants, cela le regarde, mais qu'il garde ses radotages pour lui.

Le papier publié par Jacques Attali dans les Echos le 27 octobre dernier est une vaste fumisterie. Evoquer le spectre d’une « guerre franco-allemande » si Emmanuel Macron et Olaf Scholz n’arrivaient pas à surmlonter leurs différends, est d’un ridicule achevé. Mais c’est aussi une mauvaise action! L’autorité de l’ancien conseiller de Mitterrand est encore suffisante pour qu’il détourne nos actuels dirigeants de suivre leur instinct: il est grand temps de banaliser les relations entre la France et l’Allemagne. 

Le pathos de Jacques Attali

Quel pathos! Je cite quelques extraits: 

« Rien n’est plus grave, pour l’avenir de la France, que ce qui se passe en ce moment avec l’Allemagne. Rien n’est plus grave, pour l’Allemagne, que ce qui se passe en ce moment avec la France« . C’est du mauvais Mitterrand. Et Mitterrand, déjà, ce n’était pas très bon. 

« Pour la France, qui dispose de l’arme nucléaire, la question de la défense ultime de son territoire ne se pose pas. Et celle de son accès à l’énergie se pose en termes moins extrêmes que pour d’autres, en raison des formidables efforts des générations précédentes pour doter le pays d’une véritable puissance nucléaire civile. Mais la compétitivité du pays est trop faible pour lui permettre de survivre seul dans un monde ultra-compétitif : la France a absolument besoin de l’euro pour ne pas s’enfoncer dans la spirale mortelle qu’elle a connue dans le passé (…). »

On aimerait bien que Jacques Attali nous explique comment la Corée ou Israël font pour survivre seules « dans un monde ultra-compétitif ». La France est très mal gérée, en particulier du fait de tous ceux qui ont poussé  Emmanuel Macron vers la fonction suprême – dont Jacques Attali! L’euro a été une machine à paresse française, l’Etat s’endettant sans douleur à l’abri des taux allemands et l’économie se désindustrialisant. On en tirera donc des conséquences opposées: il serait bon pour notre pays de cesser de d’abriter derrière l’Allemagne pour ne pas gérer son économie! 

« [La France] dispose donc d’une souveraineté stratégique mais pas d’une souveraineté économique. Et aujourd’hui, elle est inquiète : elle n’a plus d’autonomie énergétique ; son armée est très faible ; elle sent bien qu’à terme, elle est perdue. Pour elle, qui ne veut pas faire dépendre sa souveraineté du bon-vouloir d’un allié dominateur, il n’y a pas d’autre avenir qu’une Europe intégrée et stratégiquement autonome« . 

On remarquera la capacité des milieux dirigeants français à affirmer une chose et son contraire: à présent la France doit être inquiète militairement et du point de vue de l’indépendance énergétique.  Il se peut que Jacques Attali, qui ne sait pas décrocher pour prendre une retraite méritée, ait passé l’âge de lma cohérence sans s’en rendre compte. A moins que l’on soit dans un « ern même temps », un double bind qui vise à la domination contre les intérêts de la société gouvernée. 

« Pour l’Allemagne« , continue notre mage fatigué, « dont la compétitivité reste exceptionnelle, la question de la puissance économique ne se posait pas, aussi longtemps qu’elle pouvait exporter ses voitures et ses machines-outils en Chine, et importer son énergie de Russie. Cependant, pour sa défense, elle ne peut que s’en remettre aux Etats-Unis. Elle dispose d’une souveraineté économique ; pas d’une souveraineté stratégique. Et aujourd’hui, elle est inquiète : elle n’a plus accès à l’énergie russe ; et le marché chinois est en train de se fermer à ses produits ; elle sent bien qu’à terme, elle est perdue. »

Une souveraineté économique sans souveraineté stratégique, cela ne veut rien dire. On est souverain ou on ne l’est pas. 

« Et pour elle, qui ne peut compter sur un appui inconditionnel de la France pour défendre son intégrité territoriale, il n’y a pas d’autre avenir que de se jeter plus encore dans les bras des Américains. Ce que Berlin vient d’entreprendre, en projetant de se doter d’une protection antimissile américaine, sans concertation avec la France. »

Jacques Attali présente tout comme une fatalité! Et cela en dit long sur la mentalité de nos dirigeants. Il fait comme si les difficultés actuelles de l’Allemagne ne dépendaient pas d’une décision libre: le choix de se soumettre à la puissance américaine au lieu de préserver ses intérêts fondamentaux, en particulier l’accès au gaz russe. 

L’aveu

Ensuite surgit un extraordinaire aveu: 

« Cette divergence dans les intérêts fondamentaux des deux nations n’est pas nouvelle. Elle a toujours été présente, dans toutes les discussions entre les dirigeants français et allemands. De plus, ces deux pays n’ont jamais réussi à s’intégrer culturellement, démographiquement, socialement : ces deux nations se connaissent encore très mal. 

Ce qui a empêché, pendant soixante ans, ces divergences de devenir des sources de rupture, c’est que les hommes et femmes politiques de ces deux pays avaient, dans leur chair, la marque de ce à quoi avait conduit une rupture franco-allemande : trois guerres en un siècle. Trois guerres de plus en plus abominables. Et ils savaient faire les concessions nécessaires pour que jamais cela ne recommence. Ils n’oubliaient pas les leçons de leurs vies, si bien résumées par François Mitterrand dans son dernier discours au Parlement européen : « Le nationalisme, c’est la guerre. » »

Quel aveu! On nous a sorti l’histoire du « couple » mais en fait, c’était un mariage de raison pour éviter de se taper dessus! Tout cela est parfaitement ridicule. La coopération franco-allemande est née du souci de ne jamais recommencer à se faire la guerre, elle a prospéré d’intérêts bien compris des deux nations, entre 1959 et 1989.

C’est ensuite, avec la réunification allemande, que les choses se sont mal emmanchées. L’Allemagne a voulu sa réunification, ce qui est tout à fait normal. Il aurait juste fallu qu’on la laissât faire, qu’on ne lui permît pas d’attirer la majeure partie des capitaux investis en Europe en liant notre monnaie à la sienne en pleine réunification. Il aurait fallu que la France défende tranquillement ses propres intérêts tandis que l’Allemagne vaquait aux siens. Ce sont des gens comme Monsieur Attali qui nous ont « infantilisés » sur le thème: il faut absolument l’euro pour compenser la puissance allemande retrouvée. Ou bien François Mitterrand, avec son très simpliste « Le nationalisme, c’est la guerre ». Alors que nous le voyons, trente ans plus tard, c’est le supranationalisme de l’OTAN, de l’UE, du great Reset qui a ramené la guerre en Europe.  

Je m’arrête là dans la citation de ce texte insipide mais dangereux. On comprend bien le mécanisme. Agiter le spectre de l’URSS derrière la Russie d’aujourd’hui; agiter le fantôme d’une « guerre franco-allemande », c’est empêcher les sociétés européennes de regarder leurs intérêts du moment, et de les suivre. C’est vouloir les garder enfermées dans des représentations du passé, pour les empêcher de décider librement. 

Pas sûr que cela marche encore longtemps ! 


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