En janvier 2026, Emmanuel Macron arborait à Davos une paire de lunettes miroir à 659 euros dont les verres sortaient d'une usine jurassienne. Six mois plus tard, cette usine, Dalloz Creations, est en liquidation judiciaire. Vingt-neuf emplois supprimés, un savoir-faire centenaire liquidé et une image qui en dit long sur l'état réel de la « réindustrialisation ».

Saint-Claude, fleuron du verre solaire européen, met la clé sous la porte. Les verres miroir bleutés arborés par Emmanuel Macron à Davos en janvier dernier, issus du modèle Pacific S01 d’Henry Jullien, étaient fabriqués par Dalloz Creations. Quelques mois plus tard, l’entreprise est placée en liquidation judiciaire. 29 salariés vont perdre leur emploi. Symbole cruel d’une France qui produit du luxe pour les élites mondiales pendant que son industrie réelle s’effondre.
Une vitrine mondiale sans effet économique
La paire de lunettes que le président Emmanuel Macron a portées à Davos lors du Forum économique mondial a fait le buzz sur les réseaux sociaux. Il s’agit du modèle Pacific S01 de la maison Henry Jullien située à Jura, vendue à plus de 650 euros.

L’accessoire en question était équipé de verres aux reflets bleutés d’une beauté incomparable. Malheureusement, leur fabricant, Dalloz Creations, une société basée à Saint-Claude dans le Jura, a été placé en liquidation judiciaire.
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Selon BFM Business, le Tribunal de Commerce de Lons-le-Saunier a fixé la date de cessation des paiements au 20 mars 2026. 29 salariés vont bientôt perdre leurs emplois suite à la fermeture de l’entreprise.
Un pionnier du polycarbonate mis en liquidation
Fondée en 1957 par Christian Dalloz à Saint-Claude, dans le berceau historique de la lunetterie française, Dalloz Creations s’était imposée comme un spécialiste européen du verre solaire en polycarbonate. Pionnière de l’injection de ce matériau léger et résistant, l’entreprise avait recentré son activité sur le haut de gamme et la relocalisation : premiers verres bio-circulaires entièrement produits en Europe, intégration de métaux précieux comme l’or ou le platine.

En janvier, la société s’était même réjouie publiquement de la visibilité offerte par les lunettes du président. Cette exposition n’aura pas suffi. Selon les documents du greffe du Tribunal de Commerce de Lons-le-Saunier, le chiffre d’affaires est tombé de 3,8 millions d’euros en 2023 à 2,5 millions en 2025. La date de cessation des paiements a été fixée au 20 mars 2026. Le fonds de commerce est à vendre.

Derrière les discours sur la « réindustrialisation » et le « made in France », on retrouve les mêmes maux structurels : coûts énergétiques et fiscaux élevés, concurrence asiatique massive, normes européennes contraignantes et absence de véritable protection du marché intérieur. Dalloz Creations avait pourtant tenté la montée en gamme. Le marché, lui, a tranché.
En même temps que l’on célèbre des lunettes à plus de 650 euros réservées à une caste, il suffit de consulter les plateformes chinoises pour découvrir des produits aux qualités techniques très proches à une fraction du prix. C’est toute l’histoire de la désindustrialisation française en une paire de verres : nous avons gardé le prestige, abandonné la production, et sacrifié les emplois.

