Introduction du droit à l’IVG dans la Constitution, par Jean-Frédéric Poisson (*)

Introduction du droit à l’IVG dans la Constitution, par Jean-Frédéric Poisson (*)


Partager cet article

La République En Marche souhaite proposer l’introduction du droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Constitution. La NUPES va plus loin puisqu’elle veut introduire également l’accès à la contraception comme droit constitutionnel (1). Du côté des Républicains comme du Rassemblement national, la résistance se limite à vouloir sanctuariser les dispositions actuelles de la loi sur l’IVG dans la Constitution afin d’entraver toute évolution dans l’avenir.

L’opposition malheureuse aux élections législatives s’empare de ce sujet polémique, avec l’espoir qu’il soit porté jusque dans les sphères délibératives. À ceux qui ne voient dans notre combat qu’une énième « réaction » aux tentatives de destruction de notre socle anthropologique, nous répondons que nous sommes, au contraire, plus que jamais concentrés sur notre avenir. Ce futur que nous voulons créer pour notre pays, est un monde dans lequel l’enfant à naître cessera d’être considéré comme un amas de cellules, mais pourra être, au contraire, comme cela devrait l’être dans toute civilisation moderne, considéré comme digne de respect. Après l’abolition de l’esclavage, la mise en place de la démocratie et le droit de vote des femmes et des militaires, la protection des enfants à naître constitue un progrès vers lequel toute société saine devrait se diriger.

Cette vision est pleinement écologique

Elle est celle d’un monde dans lequel le bébé à naître n’a pas moins de valeur – c’est tout de même le minimum – qu’une espèce animale ou végétale. Pourquoi devrait-on protéger les baleines, les pandas, et même les arbres, mais détruire les embryons humains porteurs de notre passé, de par l’héritage qu’ils reçoivent de leurs parents, et de notre avenir du fait de l’espoir qu’ils représentent ? Pour sauver la planète ? Mais à quoi servirait-il de sauver la planète si on ne préserve pas l’humanité ? Au nom de la dénatalité ? Ce mensonge qui nous fait croire qu’en stérilisant notre avenir nous sauverions une Humanité qui n’existera plus, faute d’individus pour la porter. Il faudrait d’ailleurs, au passage, que les tenants d’une politique massive de réduction de la natalité nous indiquent quels êtres humains, à leurs yeux, sont en trop…

Ces embryons sont également de futures consciences : ils seront, demain, des êtres humains capables du pire peut-être, mais sûrement du meilleur. Ils transmettront notre héritage, et le perfectionneront. Dans ces conditions, faire de l’interruption de grossesse un droit constitutionnel représenterait un immense bond en arrière : cette mesure nous ramènerait à une époque pas si lointaine où l’on prônait l’exploitation de la nature par l’Homme quitte à détruire les biotopes qui s’y étaient constitués, et les vies qui s’y épanouissaient. Le tout au nom de la « liberté de choix ».

Enfin, l’on peut s’interroger sur cette manie qui consiste à vouloir instrumentaliser la Constitution à ses propres fins en y introduisant tout et n’importe quoi

La Constitution n’a comme autre but que de « déterminer la forme du gouvernement d’un pays ». Elle devrait ne servir qu’à fixer les règles de répartition des pouvoirs ainsi que l’étendue possible de leur action. « Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution », indique

la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen

(article 16), montrant ainsi quelle est la nature d’une Constitution, et sa seule utilité. La France a pris depuis longtemps la très mauvaise habitude d’en faire au contraire un programme politique, un catalogue du prêt-à-penser, dont beaucoup des ajouts récents n’ont rien à faire dans un tel texte : la charte de l’environnement et le principe de précaution, par exemple.

Pourtant, le Conseil constitutionnel voudrait nous faire croire que ce n’est pas son unique objet, qu’elle est également un « acte fondateur par lequel une société se constitue une identité et décide de l’ordre sociétal voulu ». Cette affirmation est hautement contestable : elle donne à la Constitution un rôle qui tend à la confondre avec les lois ordinaires, et place de fait le Conseil constitutionnel dans le rôle d’un contrôleur des décisions parlementaires. Comment ne pas voir que de telles propositions de loi rabotent un peu davantage le rôle d’une Assemblée nationale qui se saborde en fait ?

La Constitution est donc peu à peu dénaturée par ces calculs politiciens et ces stratégies idéologiques. Elle doit cesser d’être un « sac à revendications ». L’IVG n’a pas sa place dans la Constitution. Il est impératif que nos députés, tout comme nos sénateurs, s’opposent à cette régression inacceptable.

(*) Président de VIA | la voie du peuple

(1) Assemblée nationale, le 07/10/2022


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
La France s'effondre dans le chaos mondial, mais les conservateurs se passionnent pour les querelles d'Alloncle...

La France s'effondre dans le chaos mondial, mais les conservateurs se passionnent pour les querelles d'Alloncle...

L'issue du vote sur la publication ou non du rapport de Charles Alloncle sur l'audiovisuel public semble la première des préoccupations d'une certaine droite... pendant que le destin de la France se joue ailleurs, loin de l'hémicycle. Décidément, l'avachissement a contaminé tout le monde. Impossible d'échapper aujourd'hui à cette information, placée en "une" de tous les journaux : la commission parlementaire sur l'audiovisuel, à l'issue de sa réunion à huis clos de 14h, votera ou non la publica


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Lutte contre le blanchiment: les galeries parisiennes, nouveaux refuges des capitaux sales?

Lutte contre le blanchiment: les galeries parisiennes, nouveaux refuges des capitaux sales?

La Commission nationale des sanctions frappe fort et nomme les coupables. La Galerie Maeght, fleuron du marché français, est condamnée à 100 000 euros d’amende et à une interdiction d’un an avec sursis pour huit manquements graves à la lutte anti-blanchiment. Ses dirigeants subissent des sanctions personnelles. Un avertissement clair pour tout un écosystème. Pour la première fois, la Commission nationale des sanctions (CNS) publie des décisions nominatives contre des galeries d’art. La prestigi


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Tchernobyl 40 ans après : ces régions françaises où la radioactivité reste élevée

Tchernobyl 40 ans après : ces régions françaises où la radioactivité reste élevée

Quarante ans après le passage du nuage radioactif, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) admet enfin la persistance de zones contaminées sur le territoire national. En 1986, Pierre Pellerin assurait que le nuage radioactif s'était "arrêté à la frontière". Quarante ans plus tard, l'ASNR confirme l'inverse, des régions françaises restent contaminées avec une rémanence durable du césium 137 et du strontium 90. Quarante ans plus tard, les effets de l’accident de Tchernobyl son


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

L'humeur de Veerle D. : Bardella à la Sorbonne - 1,8/20 en géo, 20/20 en foutage de gueule?

L'humeur de Veerle D. : Bardella à la Sorbonne - 1,8/20 en géo, 20/20 en foutage de gueule?

Mes chers amis de la presse subventionnée et adorateurs du tampon étatique, l'heure est grave. Le "microcosme" est en PLS. Le crime? Jordan Bardella n'a pas fini sa licence de géographie. Pire : il a collectionné les 1,8/20 et les 5/20 comme d'autres collectionnent les points fidélité chez l'opticien. On crie à l’imposture, on s’étouffe avec son croissant bio. Mais au lieu de pleurnicher sur les bancs vides de la Sorbonne, si on regardait pourquoi la moitié de la France s’en tamponne le coquill


CDS

CDS