Ce lundi, l'humoriste Ameziane a comparé sur France Inter le député RN Jean-Philippe Tanguy à un « rat », en réaction à sa proposition d'amendement pour le port du voile. L'élu a aussitôt appelé à saisir l'Arcom, tandis que Jordan Bardella dénonçait une « succursale de la France insoumise » financée par le contribuable. Une fois de plus, l'usage politique du service public audiovisuel est au centre du débat.
Le parlementaire saisit l’Arcom. Jordan Bardella dénonce une succursale de la France insoumise financée par l’impôt.
Une chronique qui franchit une ligne
Lundi, sur France Inter, Ameziane a consacré une partie de sa chronique aux déclarations de Jean-Philippe Tanguy. Le député avait affirmé la veille, sur BFMTV, que le RN souhaitait sanctionner le voile islamique par une amende pour « protéger la France » et combattre une « idéologie islamiste », sans viser les femmes musulmanes respectueuses des lois.
Je découvre cette séquence ignoble.
— Jean-Philippe Tanguy Ⓜ️ (@JphTanguy) August 31, 2026
Ces attaques indignes d’Ameziane sur le physique et cette animalisation sont des méthodes dignes des pires idéologies haineuses sans aucune trace d’humour.
Je déplore qu’aucun membre du « service public » de @franceinter ne soit intervenu… https://t.co/3dG0Wi8Bwa
En réaction, Ameziane a enchaîné les remarques sur l’apparence et l’orientation sexuelle de Tanguy, ouvertement homosexuel. « Vous ne trouvez pas qu’il a la tête d’un rat qui se serait transformé en humain… », a-t-il lancé, avant d’ajouter que le député « aurait pu utiliser son côté rat pour sentir le piège ». Et de conclure, ironique : « S’il n’est pas content, il n’avait qu’à se cacher sous un voile. » . Le parlementaire a confirmé mardi sur France Info assumer cette proposition, qu’il présente comme un moyen de lutter contre l’islamisme.
L’Arcom au centre du duel
Jean-Philippe Tanguy a appelé ses soutiens à saisir l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, dénonçant une « séquence indigne ». Jordan Bardella a accusé de son côté le service public audiovisuel d’être devenu une « succursale de la France insoumise ». Éric Ciotti a également condamné une attaque qu’il juge incompatible avec les exigences du service public.

Au-delà de la polémique, le conflit révèle surtout une fracture devenue structurelle. Le RN conteste depuis longtemps la ligne éditoriale de l’audiovisuel public et souhaite sa privatisation s’il accède au pouvoir. France Inter se retrouve ainsi au cœur d’un affrontement où l’humour, la liberté éditoriale et l’exigence d’impartialité servent aussi de marqueurs politiques.
France Inter, financée par la redevance et désormais par le budget de l’État, diffuse sans filtre une chronique qui mêle attaque physique, orientation sexuelle et politique. Le paradoxe est frappant : un service public qui se prétend garant du pluralisme tolère ce que l’Arcom sanctionne ailleurs. Les contribuables paient. Les éditorialistes de la maison, eux, choisissent leurs cibles.
Dans cette guerre de tranchées, chacun accuse l’autre de dérive. Mais une chose est certaine : lorsque l’audiovisuel public devient lui-même un enjeu électoral, ce n’est plus seulement une chronique humoristique qui est en cause, c’est la légitimité même du modèle.
