Fillon bis : l’affaire Benalla peut-elle empêcher Macron de se présenter ?

Fillon bis : l’affaire Benalla peut-elle empêcher Macron de se présenter ?


Partager cet article

L’affaire Benalla vient de rebondir, avec une mise en garde à vue qui tombe à pic et qui fleure bon le remake de l’opération de déstabilisation dont François Fillon fut victime en 2017. Après trois ans de « sommeil », le dossier tordu du contrat entre Benalla et un oligarque russe proche de Poutine vient d’être exhumé. Il met aussi en cause Vincent Crase, « ancien » des services secrets devenu premier salarié d’En Marche, qui avait présenté Benalla à Macron et lui avait donné sa caution morale. Quand la justice déterre un dossier qui pue le barbouze quelques semaines avant une élection présidentielle, on s’interroge forcément sur l’arrière-fond du dossier… et sur les arrière-pensées des magistrats.

La mise en garde à vue d’Alexandre Benalla, quelques jours après la conférence de presse d’Emmanuel Macron sur la Présidence Française de l’Union Européenne, et dans la foulée des premières opérations électorales, sonne forcément avec des accents très particuliers. On ne peut ici s’empêcher de rapprocher le timing de ces opérations avec l’affaire Fillon, où les accusations avaient plu au bon moment pour discréditer le candidat républicain et ouvrir la voie à Emmanuel Macron.

Garde à vue de Benalla : une odeur de barbouze

Resituons d’abord l’affaire dans son contexte. Du temps où Alexandre Benalla était chargé de mission (mais personne n’a jamais exactement su de quelle mission il s’agissait) à l’Élysée, un autre chargé de mission, Vincent Crase, dont nous avons détaillé le CV en son temps, avait créé une société de « conseil », spécialisée dans les gros contrats de sécurité.

Personne ne sait exactement combien de temps cette société a agi dans l’ombre de l’Elysée, semble-t-il. Mais il est étonnant qu’un barbouze proche du Président ait proposé à Alexandre Benalla de fortes sommes pour protéger un oligarque russe. L’affaire est d’autant plus surprenante que, selon Alexandre Benalla, le contrat n’aurait duré que trois mois et aurait permis le paiement… d’une somme importante sans qu’aucune prestation ne soit délivrée, puisque le dit milliardaire n’a pas mis les pieds en France durant cette période.

Tout cela est trouble, et il est un peu surprenant, tout de même, que les proches d’un Président à la tête de l’un des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU aient des relations si proches et si lucratives avec un proche d’un autre chef d’Etat détenteur d’un siège. Autrement dit, qu’un proche de Macron soit employé par un proche de Poutine pose quand même une sacrée question diplomatique, voire de sécurite nationale.

L’étrange calendrier de la justice

Mais, ce qui intrigue dans ce dossier, ce n’est pas seulement le fond des relations entre Crase, Benalla, et l’entourage de Poutine. C’est surtout le calendrier que la justice choisit pour « faire parler » Benalla à l’occasion d’une garde à vue. Comme l’indique la presse subventionnée, en effet, le dossier donne lieu à enquête depuis près de trois ans. C’est au début de l’année 2019 que le Parquet s’est ému d’un contrat aussi étrange, conclu en juin 2018. Et, pendant toute cette période, le dossier semble avoir moisi au fond d’un placard.

Et hop ! les élections approchent, Emmanuel Macron devrait être candidat… et le dossier ressort subitement. Il est difficile de ne pas imaginer qu’au minimum depuis le début du mois de février 2019 où ils se sont intéressés au dossier, les juges n’aient pas eu à l’esprit que les élections présidentielles auraient lieu au printemps 2022. Choisir l’inaction pendant près de trois ans, et l’excitation cinq mois avant l’échéance soulève question.

Les habituelles malchances d’Emmanuel Macron

Les semaines qui viennent nous diront si le Président fera l’objet des mêmes manoeuvres indélicates que François Fillon (et quelques autres), avec une transmission à la presse, en temps quasi-immédiat, des procès-verbaux d’audition. Mais, dans tous les cas, on remarquera une étrange récurrence dans les malheurs hivernaux d’Emmanuel Macron.

Ainsi, l’interpellation de Benalla intervient-elle quelques jours après la conférence de presse où le Président a remis le couvert, une fois de plus, sur la nécessité d’une défense européenne. Accessoirement, lors de cette conférence de presse, Emmanuel Macron a déçu les partisans d’un renforcement de l’Europe.

En 2019, à la même époque, Emmanuel Macron avait aussi abordé la question de la défense européenne indépendante. Quelques jours plus tard, les syndicats de salariés avaient lancé la plus longue grève depuis la fin de la guerre.

En novembre 2018, Macron avait proposé la création d’une « vraie armée européenne ». Quelques jours plus tard, la crise des Gilets Jaunes éclataient.

On verra si 2022 interrompt le cycle de la malédiction de l’armée européenne. Face à lui, Macron compte désormais Valérie Pécresse, candidate plausible à l’Elysée… Rien n’exclut que la caste mondialisée préférerait s’appuyer sur elle plutôt que sur le turbulent élève Macron.

Participez au combat !

Rejoignez les actions de shaming de Rester libre !
L’association qui lutte pour nos libertés.
Donnez 5 min de votre temps pour les faire reculer.

Je rejoins le combat


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Libertarisme : la taxe Shein et la présomption fatale de nos élites

Libertarisme : la taxe Shein et la présomption fatale de nos élites

L'aéroport de Vatry, dans la Marne, fonctionnait à 90% grâce à Shein. La mise en place d'une taxe sur les petits colis devrait provoquer sa fermeture prochaine et la disparition de 1.400 emplois. La présomption fatale de nos députés qui se croient capables de gérer le pays en imposant des règles contre l'ordre spontané du marché a encore frappé... pour le plus grand bénéfice de l'aéroport de Liège. On se souvient de la campagne véhémente contre Shein, contre son rayon au BHV, et contre sa préte


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Jack Lang, l’homme qui ne payait jamais

Jack Lang, l’homme qui ne payait jamais

Alors que l'affaire Epstein continue d'alourdir son casier réputationnel, Jack Lang se retrouve rattrapé par une autre controverse, celle d'un homme de pouvoir qui n'a jamais sorti son portefeuille. Des témoignages concordants, remontant jusqu'aux années 1970, dressent le portrait d’un homme qui ne sort jamais son portefeuille, même pour un café ou un taxi. Depuis la publication des documents affirmant ses liens à l’affaire Epstein qui l’a poussé à quitter l’Institut du monde arabe (IMA), Jack


Rédaction

Rédaction

Sondages 2027 : Bardella favori , vague irrésistible ou illusion statistique ?

Sondages 2027 : Bardella favori , vague irrésistible ou illusion statistique ?

À douze mois de l’élection présidentielle, un homme fait trembler le système : Jordan Bardella, crédité de 34 à 38 % des voix. Un niveau jamais vu à ce stade par les futurs présidents Mitterrand ou Sarkozy. En tête dans toutes les enquêtes, le patron du RN semble intouchable. Mais à un an du scrutin, pour les observateurs, ces chiffres traduisent davantage une colère électorale qu’une victoire acquise. À un an de la présidentielle de 2027, Jordan Bardella domine les sondages avec 34 à 38 % des


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Face à la concurrence chinoise, Renault se déleste de 2 000 ingénieurs

Face à la concurrence chinoise, Renault se déleste de 2 000 ingénieurs

Le constructeur au losange va réduire de 15 à 20 % ses effectifs d’ingénierie mondiale, soit 2 000 postes en moins. Décision actée mardi par François Provost dans le cadre du plan stratégique FutuReady. Alors que la conception reste en France, Renault externalise une partie croissante de son intelligence technique vers des pays à moindre coût. Officiellement pour "rester compétitif face à la Chine", ce choix révèle surtout les faiblesses structurelles et réglementaires imposées par l'UE. Renaul


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany