L'humeur de Veerle Daens : l'été sur autorisation préfectoral, ou 2.400€ d'amende

L'humeur de Veerle Daens : l'été sur autorisation préfectoral, ou 2.400€ d'amende

Un barbecue, un arrosoir, deux fusées : jusqu'à 2 385 € d'amendes. 84 départements sur 96 sous restrictions. La France a inventé l'été payant — payable quand on le vit.


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Mes chers libertariens de l'Absurdistan, faites le compte de votre week-end : un barbecue dans le jardin, un arrosoir au crépuscule, deux fusées pour l'anniversaire de la petite. Total : jusqu'à 2 385 euros d'amendes. La France a inventé l'été payant — payable non pas quand on le réserve, mais quand on le vit.

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Les chiffres d'abord, puisque vous aimez les tableurs. Quatre-vingt-quatre départements sur quatre-vingt-seize comptent au moins une commune sous restriction d'eau. Arroser son potager entre 8 heures et 20 heures : interdit. Remplir la piscine des enfants : interdit. Laver sa voiture devant chez soi : interdit. Le barbecue en période de sécheresse : 135 euros d'amende forfaitaire, 750 en cas d'obstination. L'arrêté sécheresse ignoré : 1 500 euros. Les feux d'artifice : confisqués par arrêté préfectoral en Haute-Loire, à Beaune, à Dijon, dans le Lot — la liste s'allonge plus vite que les rivières ne baissent.

Dialoguons avec l'inspecteur absent. — Puis-je arroser mes tomates ? — Après 20 heures, si votre commune est en alerte simple. — Et si elle est en alerte renforcée ? — Consultez l'arrêté modifié jeudi, qui remplace celui de mardi. — Et mes enfants, dans la piscine gonflable ? — Le remplissage des piscines à usage privé est suspendu. Les enfants peuvent transpirer : c'est encore gratuit.

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Amai. On me dira : la sécheresse est réelle. Elle l'est. Mais observez le tableau à l'envers, compagnons d'Absurdistan : le réseau public d'eau potable perd environ un litre sur cinq dans ses canalisations — de l'ordre du milliard de mètres cubes par an, évaporé dans l'indifférence administrative. Aucun préfet ne prend d'arrêté contre les fuites de l'État. L'arrêté, c'est pour votre arrosoir. La République ne corrige que le bas du tuyau ; jamais le haut.

Car le génie du dispositif n'est pas l'interdiction — n'importe quel État sait interdire. C'est la granularité. On n'interdit pas l'été : on le découpe en gestes, et chaque geste reçoit son régime, son horaire, sa dérogation, son amende. Le citoyen consciencieux doit vérifier chaque matin, sur le site de sa préfecture, ce qu'il a le droit de faire dans son propre jardin. Le barbecue devient un acte clandestin, l'arrosoir un objet de contrebande, le pétard un délit saisonnier. C'est le despotisme à jour fixe : doux, hydraté, parfaitement légal.

Mes chers libertariens, une question pour finir, à méditer devant votre pelouse jaune réglementaire : quand chaque geste de l'été aura reçu son autorisation, il ne restera qu'à créer le formulaire unique — la demande préalable de saison estivale, à déposer avant le 31 mars. Rassurez-vous : le formulaire n'existe pas encore. L'amende, elle, existe déjà.

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