Espionnage américain, intelligence danoise et hypocrisie franco-allemande

Espionnage américain, intelligence danoise et hypocrisie franco-allemande


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L'indignation surjouée de Madame Merkel et Monsieur Macron face à  un reportage des médias danois qui établit la coopération entre le Danemark et la NSA, montre une fois de plus comme nos dirigeants prennent leurs concitoyens pour des imbéciles à distraire avec des polémiques qui détournent des questions politiques essentielles. Cependant, Macron et Merkel en révèlent beaucoup plus qu'ils ne le pensent sur leur propre état d'esprit, leur inaptitude à gouverner et les enjeux essentiels du monde contemporain.

C’est du mauvais Guignol que nous ont offert la Chancelière allemande et le Président français, hier, sur le sujet de la contribution danoise aux écoutes américaines en Europe.

Selon une enquête de la télévision publique danoise Danmarks Radio (DR),  Washington s’est servie au moins jusqu’en 2014 du réseau de câbles sous-marins danois pour écouter des personnalités de quatre pays (Allemagne, Suède, Norvège, France).

“Si l’information est juste, ce n’est pas acceptable entre alliés, et encore moins entre alliés et partenaires européens”, a réagi Emmanuel Macron à l’issue du conseil des ministres franco-allemand de lundi 31 mai. Et Angela Merkel de surenchérir:  “Je ne peux que m’associer aux propos d’Emmanuel Macron”, a répondu Angela Merkel. “J’ai été rassurée par le fait que le gouvernement danois, dont la ministre de la Défense, a également fait savoir très clairement ce qu’il pense de ces choses. C’est une bonne base non seulement pour clarifier les faits mais aussi pour établir des relations de confiance”.

Mais de qui se moque-t-on?

Ce monde impitoyable: quand les services allemands espionnaient Laurent Fabius ministre des Afaires étrangères

On se rappelle ce dessin humoristique après une première « révélation dans la presse »  sur l’espionnage de l’I-phone d’Angela Merkel, en 2014: on voyait la Chancelière en « petit chaperon bleu » européen, demander à Obama, dans le rôle de la « grand-mère »  (Grandbama), pourquoi il avait d’aussi grandes oreilles.

Dès cette époque, on était en droit de supposer que la Chancelière, venue de RDA, n’était pas naïve au point de découvrir ce monde impitoyable qu’était la « mondialisation heureuse »; et que le troc d’un I-Phone pour un Blackberry. On ne fera pas à nos dirigeants l’insulte de supposer qu’ils puissent ignorer que nos « meilleurs amis » nous espionnent. On ne peut que souhaiter que les services français ou allemands en fassent autant. Les journalistes ont d’ailleurs manqué totalement d’audace lors de la conférence de presse d’hier. Il fallait demander si la France et l’Allemagne faisaient la même chose avec les Américains.

Et, histoire de mettre de l’ambiance, on aurait pu aussi poser la question de savoir si Paris a mis Berlin sur écoute ou l’inverse. En 2015, le magazine allemand Der Spiegel avait révélé que les services allemands avaient mis Laurent Fabius, quand il était ministre des Affaires étrangères, sur écoute. A l’époque, Paris et Berlin avaient tâché d’éviter que l’affaire s’ébruite trop, tant elle venait gâcher le tableau idyllique de la relation franco-allemande.

On ose espérer qu’Emmanuel Macron a vérifié ce qu’il en est six ans plus tard des activités du Bundesnachrichtendienst en France.  Et serait-il scandaleux d’ajouter que l’on espère que Paris fait ce qu’il faut pour vérifier que les propos officiels tenus à Berlin sur la relation franco-allemande et l’avenir de l’UE correspondent bien au comportement réel des dirigeants allemands.

Ce que nous révèle le comportement de Copenhague

En fait, le comportement de Copenhague nous révèle des évidences que Paris et Berlin ne veulent pas voir:

  • les « petits pays » n’aiment pas la condescendance dont font preuve, souvent, la France et l’Allemagne à leur égard au sein de l’UE.
  • Pour faire contrepoids, ils se tournent vers les Etats-Unis – et ils ne sont pas les seuls.  L’UE continue à être largement régulée par la présence américaine, militaire ou culturelle, en Europe.
  • En tout cas, le Danemark se comporte astucieusement pour maintenir sa souveraineté face à une Union Européenne toujours plus bureaucratique et envahissante et qui n’avait accordé qu’à regret, en 1992, une clause d’opting-out au Danemark qui voulait rester en dehors de la zone euro.
  • Les USA, en faisant écouter leurs alliés, ont un comportement tout ce qu’il y a de plus habituel dans les relations internationales. Il serait temps que politiques et médias cessent de vouloir faire prendre à leurs concitoyens des vessies pour des lanternes. L’UE, ce n’est pas le pays des bisounours isolé dans un environnement mondial vraiment trop méchant.

En tout cas, la manière dont l’espionnage entre alliés s’est invité au sommet franco-allemand devrait nous rappeler la célèbre formule de Lord Palmerston (1784-1865), le grand ministre des Affaires Etrangères britannique du milieu du XIXè siècle: «

« We have no eternal allies, and we have no perpetual enemies. Our interests are eternal and perpetual, and those interests it is our duty to follow  » (Nous n’avons pas d’alliés éternels et nous n’avons pas d’ennemis perpétuels. Nos intérêts sont éternels et il est de notre devoir de les suivre »).

Charles de Gaulle le disait encore plus sobrement: «  »Les nations n’ont pas d’amis, elles n’ont que des intérêts »


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