À 75 ans, Gérard Jugnot, figure du cinéma français, confie sans fard son soulagement de ne plus élever d’enfants aujourd’hui. Dans un entretien au média Lou, l’ancien Bronzé pointe une société où réseaux sociaux, écrans, drogue, fake news et règne de l’argent rendent la paternité particulièrement ardue. Un constat qui révèle les fractures de l’éducation contemporaine.

Gérard Jugnot n’a jamais cultivé l’image du père autoritaire. Avec autodérision, le comédien reconnaît avoir été “un papa qui voudrait être strict mais qui est une loque et qui laisse faire les choses”. Une confession légère en apparence, mais qui révèle une réalité plus profonde : le sentiment de désarmement d’une génération face aux mutations culturelles et technologiques.
Un père « loque » et des mères piliers
Gérard Jugnot ne fait pas dans la langue de bois. Père d'Arthur Jugnot acteur, metteur en scène et producteur , né en 1980 de sa relation avec la costumière Cécile Magnan, il est aussi grand-père de Célestin, né en 2013 de la relation entre Arthur et la chanteuse Cécilia Cara.
Jugnot observe la même dynamique : « Pour Arthur, il y avait sa mère qui était très importante. Et par rapport à mon petit-fils, sa grand-mère est très très présente. Plus que moi d’ailleurs. », soit deux générations d’hommes relégués au second plan, faute de modèle clair.

Avec humour, il se décrit comme « un papa qui voudrait être strict mais qui est une loque et qui laisse faire les choses ». Cette franchise met en lumière une réalité persistante : dans de nombreuses familles recomposées, les femmes portent encore l’essentiel de la charge éducative, tandis que les pères naviguent entre affection et autorité diluée.
"Je suis content de ne pas être un papa à notre époque"
Mais c’est surtout la suite de l’entretien qui frappe. Gérard Jugnot affirme être “content de ne pas être un papa à notre époque”. En cause : une accumulation de facteurs qu’il juge déstabilisants écrans omniprésents, drogue, réseaux sociaux et manipulation de l’information.

“Nous, on pouvait dire qu’il y avait une vérité, et là il n’y a plus de vérité.” Une phrase qui dépasse largement le cadre familial. Il dénonce une époque où les algorithmes formatent l'opinion, où les plateformes monétisent l'attention des enfants, et où les gouvernements peinent à réguler des géants numériques plus puissants qu'eux, le constat de Jugnot rejoint celui de nombreux sociologues et économistes : nous avons laissé le marché coloniser l'éducation.

Jugnot pointe aussi un autre phénomène : la domination de “l’argent roi”. Il déplore que les écoles valorisent la compétition, les médias célèbrent la fortune, et les pouvoirs publics financent des startups plutôt que des arts.

Selon lui, le rapport à l'argent complique la transmission de valeurs simples comme le goût du métier ou l’épanouissement personnel. Dans une société où l’influence numérique devient parfois plus rentable que le travail qualifié, le discours parental traditionnel perd toute sa crédibilité.
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Ce que dit Jugnot entre les lignes, c'est que les élites culturelles et politiques ont abandonné la question éducative aux forces du marché. Actuellement, les parents sont seuls, les enfants livrés aux écrans, et la "vérité" appartient désormais à celui qui paie le meilleur algorithme. Un acteur dit tout ça avec humour et pudeur. Dommage que ceux qui nous gouvernent, eux, ne le disent plus du tout.
